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Portrait et entretien de professionnels

Témoignages de libraires francophones du Moyen-Orient et du Maghreb

mai 2020

La fermeture des établissements scolaires aux Émirats Arabes Unis a fortement impacté le fonctionnement de la librairie francophone Culture & Co à Dubaï. Depuis sa réouverture fin avril, Michel Choueiri et son équipe essaient de s’adapter au mieux aux nouvelles règles de sécurité dans les commerces.


Michel Choueiri, directeur de la librairie Culture & Co à Dubaï : "Nous essayons de nous adapter et de gérer au mieux."

 

"Aux Émirats Arabes Unis, le gouvernement a commencé à réagir au COVID-19 fin février en imposant la fermeture des crèches et en interdisant les rencontres extra-scolaires. À partir du 8 mars, le Ministère de l’Éducation a décidé de la fermeture des écoles et des universités pendant un mois, et depuis, elles le sont toujours. Ceci a marqué le début du manque à gagner de la librairie Culture & Co Bookstore à Dubaï, qui appartient au groupe de la Librairie Antoine au Liban. À partir de la dernière semaine de février jusqu’à fin mai, nous organisons chaque année beaucoup d’expo-ventes dans les écoles et cette année nous avions réussi à convaincre davantage d’écoles d’y participer. Des rencontres et dédicaces d’auteurs pour lesquelles nous avions déjà reçu les livres ont également été annulées. Par la suite, le gouvernement a ordonné la fermeture des lieux publics et privés. Nous avons pu garder la librairie ouverte jusqu’au 24 mars, puis nous avons dû fermer. Nous avons réorganisé nos ventes en ligne et proposons sur notre site uniquement les livres en stock.

 

Nous avons eu l’autorisation d’ouvrir à nouveau le 28 avril, de 12 h à 18 h avec quelques restrictions, comme la constitution de deux équipes pour le personnel, présentes en alternance un jour sur deux à la librairie, la présence d’au maximum dix clients, l’interdiction des enfants de moins de 12 ans et des seniors de plus de 60 ans, le port du masque et des gants pour le personnel, l’installation d’un désinfectant à la porte de la librairie et la prise de température des clients qui doivent eux aussi porter des masques.

 

En parallèle, nous travaillons beaucoup sur les réseaux sociaux pour proposer des livres et des jeux afin d'aider nos clients à occuper leurs enfants. Nous donnons aussi un coup de main à l’Alliance française de Dubaï pour encourager ses cours de français en ligne.

 

En ce qui concerne notre approvisionnement de France, nous avons préféré arrêter les commandes clients, n’ayant aucune visibilité sur leur date de réception. Puis il y a un risque que les clients qui ont commandé des livres quittent définitivement les Émirats Arabes Unis, sachant que ce sont pour la grande majorité des expatriés. Nous nous contentons de faire des réassorts. La dernière expédition reçue date du 7 avril. Malheureusement les frais de transport ont augmenté et nous ne pouvons pas les répercuter sur les prix des livres, donc, en plus de nos ventes, nos marges aussi diminuent. Certains éditeurs ont bien voulu reporter les échéances, mais d’autres ont refusé. Nous essayons de nous adapter à cette situation financière et de gérer au mieux.

 

Pour ce qui est de l’avenir, nous n’avons aucune visibilité, les lycées non plus. Il est fort probable que la rentrée n’ait pas lieu en septembre aux Émirats Arabes Unis."

 

Librairie Culture & Co, Dubaï

www.culturecodubai.com

 

 

Selma Jabbes, directrice de la librairie Al Kitab à Tunis : "La vente en ligne a vu un réel démarrage avec cette crise."

 

Après six semaines d’enfermement, la Tunisie a commencé son déconfinement le 4 mai. Les librairies ont enfin pu rouvrir, seulement le public n’est pas encore au rendez-vous. Selma Jabbes, gérante de la librairie Al Kitab à Tunis, a donc tout mis en œuvre pour renforcer ses ventes en ligne, avec succès. Mais cet engouement va-t-il perdurer ? 

 

"Les librairies étant de nouveau ouvertes, cette première semaine de déconfinement nous a permis d’assurer les livraisons en attente et de renforcer la vente en ligne qui a vu un réel démarrage avec cette crise. Nous avons assuré un service de livraison gratuite sur le grand Tunis, et les ventes sur notre site, sur Facebook et sur Instagram ont été multipliées par quatre ou cinq. Il y a donc désormais une équipe de trois personnes dédiée à cette activité, le temps de voir si cet engouement perdure, une fois la liberté de mouvement rétablie. En attendant, nous espérons arriver à nous positionner sur ce nouveau marché. Le public en revanche n’est pas au rendez-vous à la librairie, puisque ne peuvent se déplacer que ceux qui ont été autorisés à travailler.

 

Durant les six semaines de fermeture, toutes les livraisons de l’étranger sont restées bloquées sous douane et quand nous avons pu enfin faire les déclarations nécessaires pour récupérer nos colis, nous avons eu la surprise de devoir payer des amendes pour le retard à la douane et les frais de magasinage.

 

Nous n’avons pas passé de nouvelles commandes puisque nous savions que tout serait coincé à l’arrivée, et comme la Foire du livre devait avoir lieu au mois d’avril, nos stocks sont au plus haut. Les sorties des nouveautés ont été pour la plupart reportées, et nous allons maintenant faire de petits réassorts pour les titres les plus importants. Les éditeurs français ont été dans l’ensemble compréhensifs pour les demandes de report d’échéances ou les annulations de commandes. Nous espérons qu’ils le seront toujours pour les demandes de retours que nous allons probablement devoir faire après l’annulation de la Foire du livre et l’arrêt de toute activité durant deux mois.

 

La crise malheureusement touche essentiellement l’économie du pays et ne dépend pas de nous. La Tunisie n’est pas un pays riche et l’État n’a pas les moyens de soutenir les entreprises. Au contraire, nous sommes continuellement sollicités pour payer toutes les charges, avancer les salaires même si nos employés sont en arrêt de travail, et donner des aides à l’État et aux collectivités.

 

Le Centre national du livre a mis en place une aide exceptionnelle au profit des libraires francophones qui sera la bienvenue pour nous aider à surmonter cette période.

 

La sortie de crise pourrait se faire avec la rentrée scolaire, même si nous pensons qu’il n’y aura pas de changement des programmes cette année. Les ventes de livres d’occasion entre particuliers, nouvelle tendance ces dernières années, va probablement continuer à se développer.

 

Je ne pense pas que nous pourrons parler de sortie de crise avant deux ans, sauf si on réussit à se réorganiser autour de nouvelles activités."

 

Librairie Al Kitab, Tunis

www.alkitab.tn

 

 

Librairies francophones (liste non exhaustive)

du Maghreb et du Proche et Moyen-Orient 

  • Algérie, Alger > El Biar
  • Algérie, Alger > L’Arbre à dire
  • Algérie, Alger > Librairie du Tiers monde
  • Algérie, Alger > Librairie Les mots Kalimat
  • Algérie, Tizi Ouzou > Multilivres
  • Égypte, Le Caire > Oum El Dounia
  • Israël, Jérusalem > Vice-Versa
  • Liban, Beyrouth > librairies Antoine
  • Liban, Beyrouth > librairie La Phénicie
  • Liban, Beyrouth > librairie L’orientale
  • Liban, Beyrouth > librairie Stéphan
  • Liban, Beyrouth > Librairie Le Point
  • Maroc, Agadir > Librairie Al Mouggar
  • Maroc, Casablanca > Carrefour des livres
  • Maroc, Rabat > Kalila Wa Dimna
  • Maroc, Tanger > Librairie des Colonnes
  • Syrie, Alep > Librairie Saïd
  • Syrie, Damas > Atlas Books
  • Tunisie, La Marsa > Mille feuilles
  • Tunisie, Tunis > La Maison du livre

 


Propos recueillis par Pierre Myszkowski

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