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Compte rendu

Journées franco-coréennes, Cafés Pro, Fellowship à Livre Paris 2016

avril 2016

Rencontres professionnelles franco-coréennes : des vues communes sur le rôle majeur du livre et le métier d’éditeur

15 et 16 mars 2016

 

Partant du constat que les échanges de droits entre les deux pays est déséquilibré - plus de cessions de titres français vers la Corée que l’inverse, avec un écart mois marqué dans le secteur de la jeunesse -, mais infiniment curieux de la culture l’un de l’autre, les participants au séminaire ont pu rentrer dans une réalité plus affinée que les habituels clichés. D’autant qu’ils ne se rencontrent pas si souvent, distance oblige…
Les interventions croisées particulièrement riches (éditeurs, libraires, formateurs, responsables institutionnels se sont succédé à la tribune), à l’image du dynamisme des deux marchés du livre, ont  favorisé une meilleure compréhension et ont fourni à l’auditoire matière à réflexion sur le développement possible de ces échanges dans des secteurs traditionnels - l’amour des Coréens pour la poésie est unique - ou plus innovants comme les webtoons - en rapport avec le pays qui a la réputation d’être le plus connecté au monde. Une palette on ne peut plus large dans ce pays surprenant à plus d’un titre qui a en commun avec la France d’accorder un rôle majeur au livre.

 

Du point de vue des éditeurs coréens interrogés, le programme de ces rencontres s’est donc avéré particulièrement dense. À peine remis de leur long voyage et du décalage horaire, les 20 éditeurs invités ont eu à cœur de suivre l’intégralité des tables rondes proposées, quand bien même la thématique abordée ne les concernait pas directement. Comme l’indique KIM Taeheon des éditions Hanbit, au-delà de "l’utilité pratique de ce séminaire, permettant de bien comprendre le marché français pour pouvoir ensuite mieux rencontrer les éditeurs", c’est aussi un certain état d’esprit dont ils ont pu prendre la mesure, "une philosophie qui sous-tend le travail de l’éditeur en France", soulignée notamment à propos de l’édition jeunesse par la directrice des éditions Maumsanchaeck, JEONG Eunsuk. Une véritable immersion dans le "système du livre en France", selon certains éditeurs, précédant leur découverte du Salon du livre de Paris - la plupart venaient pour la première fois, du moins dans un cadre professionnel. Les rencontres franco-coréennes leur ont offert une opportunité de contact et d’échanges avec leurs homologues français, qui semblent s’être faits plus rares ensuite, durant les quatre jours de Livre Paris.

 

Si certains éditeurs coréens ont donc pu le regretter, ils n’en ont pas moins été très impressionnés par la manifestation elle-même : qu’il s’agisse de la venue du président de la République au Salon du livre et de la marque d’attention en faveur des ouvrages de personnalités politiques pour KIM Taehon ou, pour KIM Hongmin des éditions Booksfear, de "l’affluence des lecteurs faisant la queue dans le froid, signe de leur passion". Nombreux sont les éditeurs coréens à avoir été saisis par la dimension populaire du salon mais aussi la qualité de sa programmation. Et de souligner également la place accordée à la Corée du Sud, à travers ses auteurs et ses éditeurs, avec un pavillon coréen "beau et bien situé" (JEONG Eunsik).

 

 

Les Cafés pro s’ouvrent aux libraires

17 et 18 mars 2016

 

Tout d’abord le jeudi 17 mars se sont tenus deux Cafés pro sur l’Inde et sur l’édition dans le monde arabe.

Pour Laurence Rondinet (CERF), qui s’était rendue à la dernière Foire du livre de New Delhi, très attentive à ce marché, "le Café indien a été l’occasion d’échanger sur les moyens de mieux travailler ensemble, tant sur les obstacles à franchir que sur le potentiel de nos échanges commerciaux. L’exposé de Pranav Johri des éditions Rajpal and Sons a été très instructif. L’intervention de R. Sivapriya des éditions Juggernaut, créées en début d’année pour présenter une offre culturelle sur téléphonie mobile, a souligné l’importance donnée au développement numérique par la campagne Digital India". La présence de Bertrand de Hartingh, directeur de l’Institut français, à ce moment d’échange a souligné tout l’intérêt porté par la France à cette coopération avec l’Inde, qu’il juge "un pays d’innovation et d’avenir pour le marché international du livre".

 

Laurence Rondinet a ensuite pu présenter le groupe Inde de la commission internationale du SNE, présidée par Rebecca Byers, auquel elle participe en compagnie de Stefanie Drews (Stock), Louise Quantin (Place des Editeurs), Magalie Delobelle (Agence SFSG), Jenny Dorny (Seuil) et Benita Edzard (Robert Laffont). "Nous avons eu besoin sur ce marché de regrouper nos forces pour en comprendre les rouages et ainsi favoriser la diffusion de la pensée française tant en fiction qu’en non fiction. Notre prochaine étape est d’organiser à Francfort une rencontre entre éditeurs, de renforcer les échanges en cours, d’en développer de nouveaux sans écarter les difficultés à franchir en particulier sur les traductions hors anglais. Ces rencontres se feront avec le soutien du BIEF et, nous l’espérons, le partenariat de l’Institut français."

 

Le Café arabe qui s’est tenu l’après-midi avait pour objectif de rendre compte des évolutions positives tout autant que des difficultés croissantes dans cette zone, liées aux évolutions politiques.

Comment a évolué le marché égyptien ? s’est demandé Mohammed El Baaly, directeur des éditions Sefsafa, jeune maison créée en 2009, qui publie de la fiction et de la non-fiction arabe et en traduction (de l’anglais, du français, de l’allemand, entre autres…)

À la suite de la révolution égyptienne de 2011, l’édition elle aussi en mouvement s’est orientée vers de nouvelles tendances, en rapport avec de nouvelles demandes des lecteurs, comme leur intérêt plus marqué pour la non-fiction (notamment autour des questions soulevées par les printemps arabes). Des festivals se sont créés autour de la BD (Egypt Comix Week) et de la littérature (Cairo Literature Festival). "Le marché égyptien devient un marché normal, avec sa part de fiction, de SF, de romance" et, dans ce contexte, "il y a aussi un besoin d’échanger sur les cultures", précise Mohammed El Baaly, dont c’est l’un des "engagements" : "les gens sont intéressés à savoir…" Le tirage moyen, entraîné par un lectorat qui dispose de plus de temps et d’argent, peut passer de 2 000 à 12 000 exemplaires. La plus grande partie de la production est vendue en Égypte même.

 

À la différence du Liban, "source importante et prestigieuse de l’édition de livres mais pour qui le marché est surtout ailleurs", comme l’a rappelé Rania Moallem, directrice éditoriale de l’importante maison libanaise Dar Al Saqi, où les traductions du français occupent une place importante. Elle a surtout insisté sur la difficulté de la promotion et de la distribution des livres traduits "boycottés", la lenteur de la distribution, la fermeture de certains marchés, le piratage, les traductions illégales et la censure. "Je pense toutefois, précise-t-elle, qu’une nouvelle génération d’éditeurs est consciente de l’importance de la propriété intellectuelle." Et l’éditrice libanaise de conclure, comme en écho au besoin d’ouverture des lecteurs égyptiens mentionné par Mohammed El Baaly, par une incitation au lecteur européen à combler ses lacunes sur la culture arabe…

Présente pour la première fois au Salon du livre de Paris, Rania Moallem juge les rencontres "très fructueuses" et en est repartie avec quatre projets de traductions vers l’arabe en fiction et non-fiction.

 

Le lendemain, le vendredi 18 mars, ce fut au tour des libraires de se rassembler. Tout d’abord, lors d’un Café européen et autour du catalogue l’Europe en livres, réalisé par le BIEF avec les libraires francophones d’Europe, qui propose une sélection de titres d’auteurs européens choisis pour ce qu’ils évoquent de l’idée d’Europe.

Pour en parler mais aussi pour souligner leur rôle comme libraire européen et francophone, Montse Porta de la librairie Jaime à Barcelone et Isabelle Lemarchand de la librairie La Page à Londres sont venues échanger avec deux éditeurs choisis par chacune d’entre elles : Josep Lluch de Grup 62 (qui appartient au groupe Planeta) et Viviane Hamy des éditions éponymes. L’occasion d’évoquer les liens privilégiés qui ont pu se créer entre eux au fil du temps, à travers un catalogue que le libraire se plaît à défendre, mais aussi des lectures ou des rencontres organisées dans les librairies. Viviane Hamy a ainsi été invitée à Londres, en septembre dernier, pour une rencontre à la librairie La Page à l’occasion des 25 ans de la maison d’édition ; Josep Lluch est aussi régulièrement l’hôte de la librairie Jaime à Barcelone et s’est donc retrouvé cette fois-ci invité à Paris… par une libraire catalane. La librairie comme lieu d’échange mais aussi comme vitrine de la diversité culturelle européenne, et à l’heure où l’on ne cesse de débattre de l’Europe, c’est bien le sens de l’appel des 20 libraires réunis au sein du catalogue l’Europe en livres. De ce Café européen, bien des idées ont surgi comme par exemple le projet de Montse Porta de fêter les 75 ans de sa librairie en organisant en lien avec une librairie parisienne un cycle de rencontres autour d’auteurs européens.

 

C’est à l’initiative de l’ambassade des Pays-Bas à Paris et de sa représentante Margot Dijkgraaf qu’a été organisé en lien avec le BIEF ce Café néerlandais sur le thème de la librairie. Modérée par Marc Guillard, du Centre national du livre, cette table ronde a été l’occasion d’un échange d’expériences sur la situation de la librairie aux Pays-Bas, en France… et en Belgique flamande. Si Matthieu de Montchalin, en tant que président du Syndicat de la librairie française, a pu délivrer un message plutôt encourageant quant à la situation de la librairie en France, en soulignant notamment la bonne résistance d’un réseau de librairies "indépendantes", Michael van Everdingen, de l’Association des libraires hollandais s’est montré plus inquiet quant à la situation pour les libraires aux Pays-Bas.

Bien que disposant d’un système de prix unique depuis 2005, les libraires néerlandais ont été particulièrement fragilisés par la concurrence d’Amazon et de la vente en ligne, très présente dans les habitudes de consommation aux Pays-Bas, mais aussi par la baisse de la lecture. C’est d’ailleurs sur ce point que les pouvoirs publics néerlandais se sont récemment mobilisés en mettant en œuvre des moyens pour le réseau des bibliothèques. En Flandre, ce sont les discussions autour d’une probable loi sur le prix unique du livre pour la Belgique qui occupent les esprits. Geert Heylen pour l’association Boek.be a fait état du débat en cours, en soulignant la complexité de la situation du fait de l’organisation politique, administrative et linguistique du pays. Philippe Goffe, qui dirige la librairie Graffiti à Waterloo, est lui-même intervenu pour témoigner de ses efforts pour faire aboutir un projet à l’échelle de la Belgique et que "l’on attend depuis plus de 25 ans". Au-delà des considérations sur les mérites d’une loi sur le prix unique du livre, tous les intervenants se sont entendus pour souligner la nécessité pour la librairie de se moderniser sans cesse… et d’être à l’écoute des évolutions des clientèles du livre.

 

 

6e édition du Fellowship à Paris

18 au 24 mars 2016

 

Depuis son lancement en 2011, le programme Fellowship, organisé par le BIEF avec le soutien de la Sofia et du CNL et qui s’adresse à de jeunes éditeurs du monde entier, spécialisés en littérature et non-fiction n’a cessé d’évoluer. Après avoir fêté ses 5 ans l’année dernière, il a encore connu quelques évolutions en 2016. À commencer par les deux matinées réservées aux rendez-vous en B to B entre Fellows, éditeurs et responsables de droits français. "J’avais beaucoup de rendez-vous au Salon du livre", explique Yuanyuan Zhang de la maison chinoise Yilin, "mais là c’était plus tranquille et plus agréable".

 

Autre nouveauté : des rencontres au MOTif avec une dizaine d'éditeurs franciliens sous forme de speed dating. Chaque éditeur avait 10 minutes pour présenter sa maison : son historique, son équipe, sa ligne éditoriale et un titre phare. Puis libre choix aux Fellows et aux éditeurs présents de poursuivre la rencontre. "C’était très efficace et l’ambiance était sympathique. J’ai trouvé plusieurs titres intéressants", témoigne István Láng, éditeur chez Magvetö Publishing à Budapest.

 

En outre le programme était comme tous les ans constitué de visites dans des grandes maisons d’édition comme Flammarion ou Actes Sud, choisies en amont par les participants en fonction de leurs intérêts et leurs catalogues. Pour les deux tables rondes également leurs souhaits ont été pris en compte : ainsi le BIEF en a organisé une sur la relation entre auteur et éditeur et une autre sur la publication de livres étrangers. "Un beau moment. Le plaisir d'apprendre encore et toujours des choses sur ce métier", a déclaré Olivier Mannoni, directeur de l’École de la traduction littéraire du CNL, qui était intervenu notamment sur les aspects pratiques, subventions, formation et statut du traducteur en France.

"Un programme riche et équilibré", telle était la réaction de nombreux participants qui avaient pourtant encore de nouvelles propositions pour les années à venir…


Pierre Myszkowski, Catherine Fel, Katja Petrovic
avr. 2016
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