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Portrait et entretien de professionnels

Comment vendre des droits étrangers pendant la crise actuelle ? Le témoignage de Ieva Vaitkeviciute

mai 2020

Suite à l’annulation de la Foire du livre de Bologne, la vente des droits jeunesse s'avère compliquée. Les organisateurs ont mis en place une plateforme d’échanges où les éditeurs mettent en avant leurs ouvrages, visitent les profils d’autres éditeurs, les contactent et communiquent avec eux par visioconférence. "Une initiative à féliciter mais qui ne remplace pas les vraies rencontres, au cœur de notre métier", témoigne Ieva Vaitkeviciute, responsable des cessions de droits chez Didier Jeunesse.


Ieva Vaitkeviciute, responsable des cessions de droits chez Didier Jeunesse : "La communication avec les clients deviendra plus personnelle, plus authentique, plus créative."

 

"Le 16 mars nous nous sommes retrouvées au bureau juste pour prendre nos ordinateurs portables et nous dire "à bientôt, j’espère !". Il était évident que la Foire du livre de jeunesse de Bologne, le moment le plus important de l’année pour les éditeurs et vendeurs de droits jeunesse en termes humains et financiers allait être annulée. J’ai donc dû renoncer à mon impatience de mettre des visages sur les noms des personnes que je n’avais pas rencontrées depuis mon arrivée chez Didier Jeunesse. Pour "atténuer" le manque de cet événement phare, ses organisateurs ont mis en place une plateforme d’échanges de droits via laquelle nous pouvons mettre en avant nos ouvrages, visiter les profils d’autres éditeurs, les contacter et communiquer avec eux en visioconférence. Une initiative à féliciter mais qui ne remplace pas les vraies rencontres qui sont au cœur de notre métier.

 

En ce qui me concerne, j’avais déjà fait un point avec mes clients habituels soit par téléphone, soit par mail avant la mise en place de cette plateforme. Mais elle m’a permis de "rencontrer" quelques petits éditeurs indépendants que je ne connaissais pas et avec lesquels les échanges ont été très amicaux malgré la distance. J’ai également profité de conférences intéressantes en ligne, chose qui n’arrive jamais quand nous sommes sur place et enchaînons les rendez-vous. Le plus grand inconvénient de cette foire virtuelle est que la plupart des professionnels inscrits sont des vendeurs de droits. J’avais donc l’impression que nous bouillions tous dans la même soupe mais qu’il n’y avait pas grand monde pour la déguster…

 

Notre activité persiste malgré tous les empêchements créés par cette crise sanitaire. Ces dernières semaines, je consacre plus de temps à la réflexion sur ma façon de travailler dans l’avenir et notre communication externe (compte Instagram @didierjeunesse foreignrights). Je tâte le terrain. Je suis particulièrement ravie que les éditeurs de nos petits livres à puces sonores sur la musique classique viennent d’exprimer leur volonté de continuer à publier cette série dans leurs pays. Ils sont en train de concocter leurs programmes de l’année prochaine et nous prévoyons donc une coédition pour 2021. Je suis aussi très heureuse du succès à l’étranger des aventures du blaireau Barnabé et ses amis, qui ont continué de se vendre pendant le confinement. J’essaie également de donner un coup de pouce à des titres parus juste avant la fermeture des librairies et que je voulais mettre en avant à Bologne, notamment Un nouveau printemps pour Pépé Ours d’Élodie Balandras et La Fée sous mon lit de Rosalinde Bonnet. Enfin, je me réjouis de l’intérêt accru des producteurs pour nos romans Young Adult.

 

Il est certain que les moyens de la prospection vont évoluer. Étant donné que la plupart des éditeurs réduisent leur production sauf, pour l’instant, les Chinois, ce qui est une bonne nouvelle pour tous les vendeurs de droits, les achats seront plus réfléchis et ne se concentreront pas forcément sur les nouveautés, mais aussi sur les titres du fonds. Quant au contenu, il paraît que le temps des livres "bon enfant" et "bons sentiments" est passé. Les éditeurs jeunesse ont envie de montrer la vraie vie, de vraies émotions, y compris les plus dures. Il n’y a pas que du bonheur dans le monde, nous avons pu le constater ce printemps, et cela doit se refléter dans les livres pour les enfants.

 

À mon avis, la communication avec les clients deviendra plus personnelle, plus authentique, plus créative (vidéos, podcasts, etc.) ; je m’en réjouis ! Nous devrons chouchouter encore plus nos partenaires actuels, car tisser de nouveaux liens à distance est compliqué. Nous serons également obligés de soutenir davantage nos livres en fournissant plus de matériel promotionnel aux éditeurs étrangers pour assurer leur succès dans les librairies locales. L’étroite collaboration avec nos co-agents, est plus que jamais indispensable."


Propos recueillis par Katja Petrovic

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