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Portrait et entretien de professionnels

Comment vendre des droits étrangers pendant la crise actuelle ? Questions à Maylis Vauterin

avril 2020

L’édition peut-elle maintenir une activité à l’international et poursuivre la cession et l’acquisition des droits pendant la crise du COVID-19 ? Pour compléter son tour d’horizon des professionnels, le BIEF sonde également les responsables de droits français. Maylis Vauterin, directrice des droits chez Stock ouvre cette nouvelle série de témoignages. 


"Il y a un mouvement de pensée qui nourrira les livres à venir."

 

La vente des droits étant immatérielle, ce service est un des rares qui continue à être actif pendant le confinement. Manque de visibilité, beaucoup d’éditeurs étrangers ne sont tout de même pas prêts à se lancer dans de nouvelles acquisitions. Puis, "le rapport au temps s’est modifié", souligne Maylis Vauterin, directrice des droits chez Stock.

 

"En termes de business c’est très compliqué, notre activité continue mais elle est extrêmement réduite. J’ai fait des contrats jusqu’à il y a deux semaines pour les livres que j’avais retenus pour Londres : Juvenia de Nathalie Azoulai et Dans les geôles de Sibérie de Yoann Barbereau que j’ai vendus en langues anglaise et chinoise mais à des montants bien moindres qu’espérés. Ensuite, j’ai commencé à faire mes offres mais j’ai vu que le marché ne répondait pas et j’ai donc arrêté de soumettre des nouveautés. Les éditeurs ne sont pas disponibles psychologiquement, ils ne vont pas se lancer dans de nouvelles acquisitions, c’est normal, le rapport au temps s’est modifié.

 

Pour le moment, je fais des contrats sur le fonds. Soit des sciences humaines, soit des livres sublimes parfois parus il y a dix ans comme Sursis pour l’orchestre de Fania Fénelon, sur un orchestre de femmes qui s’était constitué à Auschwitz.

 

En revanche, en ce qui concerne la vente des droits audiovisuels c’est une période assez active. Les producteurs ont envie d’acheter, les tournages sont à l’arrêt donc ils se concentrent sur le développement, ils lancent des projets qui sortiront dans 18 mois, ce n’est pas du tout la même chose que pour les éditeurs qui doivent engager des frais de traduction tout de suite.

 

En Asie, le marché est en train de repartir. Je ne sais pas si l’Europe aura cette même capacité de rebond. Pour l’instant, en France, les libraires nous demandent de publier moins et nous ne cessons de reporter nos programmes. La plupart des maisons ont reprogrammé une première fois et sont en train de reprogrammer à nouveau, personne n’a de visibilité. Les festivals continuent à être annulés et il paraît que les Américains ne participeront pas à Francfort.

 

Je dirais que nous ne monétisons pas, mais que nos échanges restent très forts. Il y a une solidarité incroyable sur les réseaux sociaux, je pense par exemple au groupe Facebook "Publishers without borders". Et il y a un mouvement de pensée qui nourrira les livres à venir. Je suis passionnée par les rapports que nos scouts m'envoient. Il est évident que le système dans lequel nous vivons est à bout de souffle, les logiques sont à réinventer et cela aura un impact sur l’édition également. Je pense que tout le monde est en train de réfléchir à la fois aux solutions pour continuer l’activité éditoriale, mais aussi aux livres à venir. Il y a certes un temps d’arrêt mais qui pour moi est un temps de mûrissement nécessaire pour passer à l’étape d’après. Je ne pense pas que nous allons recentrer notre production sur les auteurs nationaux. Nous continuerons les acquisitions mais il y aura une grande attention aux prix auxquels les livres seront achetés et je pense qu’il y aura une volonté de publier des livres vraiment importants. Ce n’est pas un temps pour les livres tièdes."


Propos recueillis par Katja Petrovic

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