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Compte rendu

Les éditeurs de retour de la Foire du livre de Taipei

février 2019

Martine Bertéa, CNRS Éditions

"Dans un pays où les ventes de non-fiction arrivent en tête (14,5 % des ventes) devant la littérature et la fiction (9,3 %), venir vendre des droits de livres de sciences humaines est très prometteur. J’ai rencontré treize maisons d’édition et un agent local. Le plus important pour nous fut la qualité des échanges : ils étaient de très bon niveau car mes interlocuteurs étaient précis, réceptifs et sélectifs. En sciences humaines, les matières ou les sujets possibles à creuser pour nos prochains échanges sont nombreux : histoire, histoire de l’Europe, philosophie, politique et société, écologie, philosophie et science avec notamment les questions d’éthique."

 

Yan Dong, Mediatoon (Dargaud Shanghai)

"Pour l’instant, la bande dessinée franco-belge est très peu introduite sur le marché taïwanais. De par leur culture, plus tournée vers le Japon, les lecteurs ont plus l’habitude de lire des mangas.

Il y a quelques éditeurs qui tentent d’introduire la bande dessinée auprès du public taïwanais en commençant par publier des romans graphiques dont le format et les visuels sont souvent plus modernes que la BD classique. Côté tendances, un éditeur taïwanais nous a signalé qu’il était en recherche de bandes dessinées abordant le thème des LGBT, vrai sujet social. Pour les livres de jeunesse, nous trouvons que la demande des éditeurs de Taïwan ressemble beaucoup à celle des éditeurs de la Chine continentale : ils cherchent tous des livres illustrés, de préférence sous forme de séries, avec sens éducatif dans chacune des histoires racontées."

 

Julie Finidori, Albin Michel

"D’après les discussions avec les éditeurs taïwanais, il y a eu une baisse significative sur le marché ces dernières années et les éditeurs deviennent plus sélectifs sur les titres qu’ils achètent à l’étranger, notamment en fiction. En outre, la littérature japonaise connaît un véritable essor sur le territoire et les langues qui sont maintenant les plus traduites sont le japonais suivi de près par les langues anglo-saxonnes. Malgré cela, le français garde une place importante dans les langues européennes traduites et par exemple Pierre Lemaitre est publié avec succès par China Times depuis quelques années."

 

Christine Bonnard Legrand, Libella

"Cette troisième participation à la Foire de Taipei m’a permis de renforcer les contacts existants, d’élargir ma connaissance des éditeurs, surtout indépendants, et d’assister sur place au lancement ambitieux par les éditions Linking des ouvrages de notre auteur de romans dessinés, Frédéric Pajak. Invité par le Bureau du livre de Taipei, il a pu bénéficier du grand professionnalisme de son éditeur qui, outre une réalisation très soignée de ses romans dessinés, lui avait préparé un programme de rencontres, de débats et de signatures qui lui ont permis d’aller à la rencontre des lecteurs taïwanais."

 

Questions à Lily Salter (Fayard)

 

Quelles sont les attentes des éditeurs taïwanais en matière d’achats de droits de littérature et sciences humaines ?

De manière générale mon voyage à Taipei m’a confirmé que les éditeurs taïwanais cherchent avant tout de la non-fiction en traduction, et pendant mes rendez-vous j’ai eu principalement des demandes pour des titres de philosophie et d’histoire, mais aussi de psychologie. Cela étant dit, j’ai proposé aussi bien des œuvres littéraires, allant des auteurs contemporains aux classiques comme Albertine Sarrazin et Boris Vian, que des romans grand public, et toutes ont suscité un grand intérêt auprès de mes confrères taïwanais. Par ailleurs, d’après un article publié sur le site Lettres de Taiwan, le livre qui s’est le plus vendu à Taïwan en 2018 (toutes catégories confondues) est Origine de Dan Brown, ce qui montre que la fiction reste néanmoins un genre très important pour les traductions. 

 

Quels sont les sujets recherchés ?

J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec Eugenia Chen de Delight Press qui m’a expliqué que les éditeurs taïwanais s’intéressent particulièrement à la philosophie et aux grands penseurs français, car la façon d’étudier, de penser et de s’exprimer en France, de manière générale, est plus "libre" qu’à Taïwan.

Cela étant dit, les éditeurs taïwanais recherchent des histoires et des sujets universels. Par exemple, Eugenia Chen a acquis les droits taïwanais du livre publié chez Fayard, Le Tout dernier été d’Anne Bert, sur le sujet de l’euthanasie, non pas parce que ça venait de France, mais à cause de l’écriture, du style et du message du livre.

 

Ce séjour vous a-t-il permis de rencontrer de nouveaux partenaires ?

À Taipei j’ai eu la chance de rencontrer énormément d’éditeurs taïwanais, venant aussi bien des maisons d’édition avec qui on a l’habitude de travailler que des maisons nouvelles (pour nous). Voici quelques exemples non-exhaustifs d’éditeurs avec qui j’ai noué des liens lors de ce voyage : Sun Color, National Taiwan University Press et Emily Publishing Company. Nous n’avons pas encore signé de contrats suite à mon voyage, mais nous avons plusieurs pistes pour la non-fiction (philosophie, histoire, psychologie), ainsi que pour les romans (littéraires et grand public).

 

Je conseille vivement à tout le monde ayant la possibilité de se rendre à la Foire de Taipei de le faire, car ça a été une expérience inoubliable pour moi, tant sur le plan professionnel que personnel.


Propos recueillis par Christine Karavias
févr. 2019
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