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Compte rendu

Retour sur les premiers Ateliers de la librairie francophone

septembre 2018

Prévus pour se tenir tous les deux ans en alternance avec le traditionnel Séminaire des libraires francophones, les Ateliers de la librairie francophone ont réuni au Centre national du livre, pour leur première édition, douze libraires issus des horizons les plus larges de la francophonie : Shanghai, Taipei, Singapour, Le Caire, Jérusalem, Abidjan, Kigali, Port-au-Prince, Antananarivo, Berlin, Buenos Aires, San José. Des dirigeants ou responsables de points de vente conviés non pas à une simple formation mais à une véritable démarche prospective sur leur métier, leur permettant en tant que libraires francophones de se situer face aux bouleversements dans le secteur du livre, au même titre que leurs homologues français.

 

Organisé en collaboration avec l’Association internationale des libraires francophones (AILF), ce programme a voulu traiter ces questions de manière à la fois théorique et pratique, en croisant à chaque fois les regards des professionnels sollicités. Des tables rondes associant éditeurs et libraires ont alterné avec des interventions d’experts, des visites in situ ou des ateliers de travail avec des éditeurs. Ainsi, les participants ont suivi un débat entre un jeune éditeur en ligne (Guillaume Vissac de Publie.net), un éditeur plus "traditionnel" (David Meulemans, des éditions Aux Forges de Vulcain) et une consultante spécialisée en autoédition (Elisabeth Sutton, cofondatrice d’Idboox.com). Ils ont pu participer à la journée de présentation de la rentrée en sciences humaines, organisée par Pages des libraires, mais aussi entendre un sociologue (Vincent Chabaud, de l’Université Paris Descartes) livrer son analyse du commerce du livre en France. Une visite des éditions Sarbacane en présence de l’auteure "maison", Anne Schmauch, et une discussion autour de la métamorphose du métier de médiathécaire avec Philippe Colomb, directeur adjoint de la médiathèque Françoise Sagan ont complété le programme.

 

Au final, ce fut donc une semaine "dense et riche en découvertes" selon Marwa Adel de la librairie Renaissance au Caire. Si l’approche de certains sujets a pu sembler parfois un peu ardue (comme l’ont illustré les échanges autour du livre numérique), ce fut aussi l’occasion pour Voahirana Ramalanjaona, libraire à Madagascar, "de prendre conscience de l’urgence de faire évoluer nos pratiques pour tenir compte des nouveaux comportements des lecteurs". Les libraires francophones ont aussi beaucoup échangé entre eux et partagé réflexions et… astuces. "Le manque de temps et la charge de travail empêche hélas de faire fructifier les idées. Ces ateliers ont permis justement de se détacher des problématiques quotidiennes. J’ai pu ainsi prendre le temps de réfléchir à de nouvelles idées et de repenser mon travail", témoigne Leslie Billon de la librairie Zadig à Berlin.

 

En attendant les prochains Ateliers de la librairie francophone, annoncés pour 2020, les libraires intéressés pourront participer en juin 2019 au traditionnel Séminaire des libraires francophones avec à la clé, un séjour dans une librairie française.

 

Pierre Myszkowski

 

 

Questions à Philippe Goffe, président de l'Association internationale des libraires francophones

 

Philippe Goffe a créé la librairie Graffiti, aujourd’hui l’une des plus anciennes librairies indépendantes de Belgique, située à Waterloo. Sociologue de formation, il a également exercé comme maître de conférences à l’Université de Louvain. Membre fondateur et président de l’AILF (Association internationale des libraires francophones), il a participé à l’élaboration du programme de ces premiers Ateliers de la librairie francophone, avec le BIEF.

 

BIEF : Quelles étaient les principales idées que vous vouliez aborder lors des Ateliers de la librairie francophone ?

Philippe Goffe : Ce programme s’est constitué sur l’idée qu’un libraire est toujours un témoin de son temps, et qu’il se forme en permanence, par l’acuité de son regard, sur son métier et ses évolutions. Beaucoup se dit aujourd’hui des changements à l’œuvre dans le secteur du livre : nouveaux acteurs, nouveaux modes d’accès au livre, vente en ligne, numérique, nouvelles stratégies éditoriales, concentration de l’édition et en même temps explosion de l’autoédition, etc. Où se situe la librairie dans ces réflexions, sachant qu’elle est le lieu final où se cristallisent, en positif ou en négatif, toutes ces tendances ?

 

BIEF : Ces questions concernent non seulement les libraires français mais aussi leurs collègues francophones dont la voix est pourtant moins audible en France.

P. G. : Bien évidemment la librairie francophone, présente sur toute la planète, ne peut pas rester à l’écart de ces réflexions. Ces rencontres ont voulu raccourcir la distance entre les libraires francophones et leurs homologues français.

 

BIEF : Quels sont, selon vous, les principaux défis pour un libraire face aux mutations de son métier et du monde de l’édition ?

P. G. : De tout ce qui se fait ou se dit autour du livre aujourd’hui, le libraire doit comprendre et retenir ce qui peut alimenter ou enrichir le cœur de son métier. Comment faire se rencontrer ce métier et les mutations en cours, et comment agir pour rappeler à tous le rôle d’acteur essentiel que tient le libraire dans la transmission du savoir et de la culture ? Ce sont de beaux défis, tant par rapport à soi que collectivement. C’est cela que nous avons voulu proposer aux libraires francophones au cours de ces ateliers qui parlaient moins de formation que d’un travail de découverte et de réflexion.

 

Propos recueillis par Pierre Myszkowski

 



sept. 2018
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