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Compte rendu

Le Paris-Francfort Fellowship, un programme alliant "passion pour le livre et pour le franco-allemand"

juin 2018

Si tout le monde s’accorde sur le fait que les échanges en matière de livre et de traduction entre la France et l’Allemagne sont très bons, il faut également constater qu’il y a de moins en moins de jeunes professionnels du livre français qui maîtrisent l’allemand.

"On se sent un peu seule en tant que Française intéressée par l’Allemagne dans l’édition mais grâce à ce programme j’étais dans un groupe de 14 personnes partageant à la fois la passion pour le franco-allemand et la passion pour l’édition", s’enthousiasme Pauline Florenville, 24 ans, en dernière année de master à Villetaneuse et qui travaille actuellement en alternance au département des droits étrangers chez Denoël.

 

Un programme interprofessionnel

 

Organisé par le BIEF, la Foire du livre de Francfort et l’OFAJ, le Paris-Francfort Fellowship permet aux professionnels de moins de 35 ans de se faire un réseau et de se familiariser avec toute la chaîne éditoriale, le programme étant ouvert aux jeunes travaillant dans différents secteurs et métiers du livre. Cette année, le groupe, entièrement féminin, était constitué de libraires, d’éditrices spécialisées en jeunesse, scolaire et littérature, de responsables de presse et de marketing, d’une cessionnaire de droits et d’une bibliothécaire. Les rendez-vous avec les professionnels du livre français et allemands organisés par le BIEF et la Foire du livre de Francfort étaient aussi variés que les profils des participantes. Au programme : d’abord un voyage d’étude en Allemagne à Francfort, Hambourg et Cologne proposant des rencontres chez Suhrkamp, Carlsen, Bastei-Lübbe et Rowohlt, mais aussi avec de petits éditeurs comme Nautilus. Des rendez-vous avec des libraires et des bloggeurs littéraires figuraient également au programme.

 

Entre flop et bestseller

 

Deuxième étape, un voyage d’étude à Paris, l’occasion pour le groupe de rencontrer l’auteur et éditeur Joachim Schnerf (Grasset) ainsi que Jean-Baptiste Bourrat des Arènes qui a expliqué comment La vie secrète des arbres, l’énorme bestseller de l’auteur allemand Peter Wohlleben, est également devenu un grand succès en France. "Nous avons acheté les droits parce qu’on cherchait un livre sur la forêt. On avait quelques réserves à cause du côté anthropomorphiste, mais finalement nous avons pris ce risque. Puis, nous avons rencontré l’équipe marketing de Random House pour connaître sa stratégie de vente, bien qu’elle n’ait rien fait pour ce livre. Du coup, nous n’avons rien fait non plus pour créer le succès, nous l’avons juste accompagné." Jean-Baptiste Bourrat reconnaît aussi avoir échoué dans le passé avec un autre bestseller allemand qui s’est très peu vendu en France. "2,5 millions d’exemplaires vendus en Allemagne - 5 000 en France… c’est ça l’édition aussi et heureusement."

 

Le rôle des agents en France et en Allemagne

 

La rencontre avec l’ancienne agente franco-allemande Christine Scholz a permis de comprendre les différences de pratiques et de statut des agents entre les deux pays. "En Allemagne ce sont souvent d’anciens éditeurs qui deviennent agents. Ils représentent des auteurs et font également un travail sur le texte avant de le présenter aux éditeurs allemands. En France, les agents sont des intermédiaires entre les éditeurs étrangers et français. Ils aident à faire circuler les textes mais n’y touchent surtout pas", explique-t-elle.

 

"Si on pouvait faire pareil chez nous…"

 

Autre différence majeure, bien connue de la plupart des professionnels du livre, entre la France et l’Allemagne : le système de distribution-diffusion dont les participantes ont parlé tout au long du programme et dont elles ont pu se rendre compte de manière pratique en visitant la Sodis. "Je ne savais pas que distributeurs et diffuseurs sont rattachés à un groupe d’édition en France. En Allemagne chaque éditeur a ses propres diffuseurs qui ne passent que deux fois par an en librairie pour présenter les programmes", explique Yvonne Holzmeier, jeune attachée de presse chez DTV. "Cela m’impressionne beaucoup", commente Pauline Florenville qui a découvert le système des Vorschauen en Allemagne. "Ce sont de très beaux programmes en papier glacé qui paraissent deux fois par an et qui permettent aux éditeurs allemands de présenter leurs nouveautés très longtemps en avance." "Ce serait bien si on pouvait faire pareil en France", admet Isabelle Schulmann, directrice-adjointe de la librairie Les Traversées qui à son tour impressionne beaucoup la jeune libraire allemande Anna Anzulewicz. "C’est tellement beau ici et je vois qu’il y a encore beaucoup de rayons classiques, organisés par ordre alphabétique et dans lesquels on ne voit que le dos des livres. En Allemagne nous avons beaucoup plus de tables pour attirer le regard sur les bestsellers." "Et ces rayons de BD…, je pense que les Allemands devraient s’ouvrir davantage à ce genre", ajoute Yvonne Holzmeier…

 

La force des programmes Fellowship

 

De tels échanges sont caractéristiques des programmes Fellowship qui existent aujourd’hui partout dans le monde et qui ont souvent une forte influence sur la vie professionnelle et personnelle des participants. "J’ai l’impression de ne plus être la même personne après avoir rencontré tous ces gens qui partagent les mêmes passions que moi", explique Alice Billard qui envisage de travailler dans un service de droits en Allemagne après avoir rendu son mémoire de master. Et elle n’est pas la seule à vouloir s’installer dans le pays voisin.


Katja Petrovic
juin 2018
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