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Compte rendu

La bande dessinée en Pologne, un marché en pleine croissance

mai 2018

"Nous vivons une très bonne période avec de plus en plus de maisons de BD publiant tout type de BD. Il y a également beaucoup d’événements consacrés à la BD. Vous en trouvez pratiquement tous les week-ends", se réjouit Szymon Holcman, fondateur de la maison Kultura Gniewu. Créée il y a 18 ans, elle était, avec les éditions Egmont, l’une des pionnières de la BD en Pologne. À partir de 2000, une myriade de petits éditeurs a vu le jour.

 

"La bande dessinée est devenue un genre normal"

"Au début, la communauté de lecteurs de BD était toute petite, les libraires ne voulaient pas en vendre, mais depuis trois, quatre ans, les médias en parlent et elle est devenue un genre ‘normal’", pense Szymon Holcman. Spécialisé dans la BD franco-belge, il a dès le départ misé également sur les auteurs polonais qui constituent maintenant la moitié de son catalogue. "Pour moi, il est très important de publier nos propres auteurs et dans le domaine de la BD pour enfants, ils se vendent même mieux que les auteurs étrangers."

 

D’après les chiffres (non officiels) présentés par Paweł Timofiejuk, fondateur des éditions Timof et président de l’association de la BD polonaise, le marché national a progressé de 30 % depuis 2014, chiffre qui pour certains éditeurs présents se situe plutôt autour de 25 %.

Les ventes de bandes dessinées sont constituées pour 20 % de BD polonaises, 25 % de mangas, 30 % de BD américaines et 25 % de BD françaises. En 2017, selon les chiffres du SNE/BIEF, les éditeurs français ont cédé les droits de 150 bandes dessinées aux éditeurs polonais.

 

Concernant les lecteurs, Tomasz Kołodziejczak des éditions Egmont remarque un changement générationnel. D’un côté, il y a les quadragénaires - la première génération qui a grandi en lisant des BD et qui est aujourd'hui nostalgique de la BD franco-belge des années 1980-1990 - et de l’autre, les jeunes de 20 ans, fans de mangas et de culture pop, "qu’il faudrait davantage intéresser à la BD alternative."

 

La série Irena, un immense succès en Pologne

Le Warsaw Comics Festival, un des plus grands festivals de BD en Europe centrale, organisé au Salon du livre de Varsovie, témoigne de la richesse et de la vivacité du secteur. Le public est au rendez-vous pour voir des expos et assister aux séances de dédicaces dont celle de Jean-David Morvan et David Evrard, scénariste et dessinateur de la série Irena, sur la résistante polonaise Irena Sendlerowa qui a sauvé de nombreux orphelins juifs du ghetto de Varsovie. Publiée en trois albums chez Glénat à partir de 2017, sa traduction polonaise est un immense succès en Pologne.

 

Pour les responsables des droits français, la progression du marché polonais se traduit par une nette augmentation des cessions, explique Nolwenn Lebret chez Casterman. "Le nombre des titres que j’ai vendus en Pologne a augmenté d’environ 20 % par rapport à 2015, c’est un beau résultat, on travaille avec huit à dix maisons, les grandes, les petites, c’est un très bon signe." Les éditeurs polonais "restent pourtant un peu frileux" devant la BD du réel qui s’est beaucoup développée ces dernières années en France.

 

En effet, en Pologne les bandes dessinées documentaires et éducatives sont souvent des commandes d'institutions comme le Musée de l’Insurrection, l’Institut de la Mémoire nationale ou la fondation Fundacja Animacja qui a publié la série documentaire Praga Gada ("Praga raconte") sur les habitants du quartier Praga à Varsovie, le seul à n’avoir pas été détruit pendant la guerre. "Les gens connaissent l’Histoire telle qu’elle est écrite dans les manuels scolaires, mais cette série offre un regard sur la vraie vie des habitants de Varsovie", explique Przemysław Olszewski, l’éditeur de Praga Gada dont les droits ont été récemment vendus en France.

 

Le Salon du livre de Varsovie sous le signe de l’Histoire

L’Histoire polonaise était le thème du Salon du livre de Varsovie cette année, qui fêtait le centenaire de l'indépendance de la Pologne. De son côté, l'Institut français de Pologne, partenaire du BIEF depuis de nombreuses années, proposait une exposition sur la Première Guerre mondiale et l'amitié franco-polonaise.

 

Malheureusement, un des grands sujets discuté l’an dernier dans les tribunes du Stade national où se tient le Salon depuis 2013, a perdu de son actualité : l’adoption du prix fixe qui était presque entérinée n’a finalement pas été votée.


Katja Petrovic
mai 2018
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