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Compte rendu

Le programme Goldschmidt s’ouvre aux éditeurs suisses

mai 2017

Le programme Goldschmidt, organisé par le BIEF, la Foire du livre de Francfort et financé par l’OFAJ et la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia, est destiné aux jeunes traducteurs littéraires en début de carrière. Il leur permet de rencontrer des professionnels du livre et de travailler leurs textes sous la houlette de traducteurs expérimentés pendant deux ateliers de traduction qui se déroulent à Arles et à Berlin.

 

Depuis 16 ans, le programme a permis à plus de 150 jeunes traducteurs allemands, français et suisses de vivre une expérience unique.

 

Unique d’abord par sa durée - avec ses dix semaines de séminaires, visites de maisons d’édition et ateliers de traduction, le programme Goldschmidt s’inscrit dans le temps, avec pour objectif une pleine immersion dans le monde éditorial et la langue de chaque pays.

 

Un accueil chaleureux à Zurich

Unique ensuite par son intensité - les dix jeunes traducteurs sélectionnés chaque année accomplissent un véritable périple géographique et linguistique qui requiert un engagement total de leur part. Jusqu’ici, Paris, Francfort et une autre ville allemande formaient les différentes étapes du programme. Grâce à l’excellente collaboration avec Pro Helvetia, un séjour en Suisse a pu être ajouté : trois journées intenses à Zurich, remplies de rencontres avec de grands et petits éditeurs suisses germanophones, tels Diogenes, Kein & Aber ou Nagel & Kimche, mais aussi une rencontre avec la responsable du Literaturhaus et un séjour dans le fameux Collège des traducteurs à Looren qui offre des conditions idéales pour travailler et pour échanger autour de la traduction. "C’était passionnant de découvrir l’édition suisse, tous ces éditeurs que l’on pourra démarcher par la suite en leur proposant des traductions", remarque Yvonne Eglinger qui a choisi comme projet de traduction Un repas en hiver d’Hubert Mingarelli, sorti chez Stock en 2012. L’histoire de trois soldats polonais qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, trouvent un prisonnier juif, échappé d’un camp, et qui doivent décider s’ils vont le dénoncer ou non. "Un petit livre qui a eu un grand succès en France, mais qui est pourtant difficile à placer en Allemagne, tant le sujet y a déjà été traité sous différentes formes", constate la jeune traductrice.

 

Comment présenter un livre à un éditeur ?

La question de la recherche du bon éditeur pour le livre que l’on souhaite traduire occupe beaucoup de place, notamment au début du programme, lorsque les jeunes traducteurs rencontrent les éditeurs et responsables de droits dans les maisons d’édition. "Pitcher des livres, ce n’est pas facile, même pour les professionnels", les rassure Maylis Vauterin, directrice des droits étrangers chez Stock et fidèle intervenante du programme Goldschmidt. "Puis, il faut bien faire son choix initialement, toujours se poser la question pourquoi tel ou tel titre français par exemple pourrait intéresser un public allemand." Parmi les choix des participants se trouve, du côté français, le très impressionnant roman policier Sophia de l’auteur syrien Rafik Shami. Installé en Allemagne depuis 40 ans, l’auteur revient, pour la première fois, sur son passé en Syrie. Côté allemand, N’appartenir, l’autobiographie de Karim Miské, fils d’un diplomate mauritanien et d’une mère française qui témoigne de sa difficile quête d’identité, figure sur la liste des auteurs choisis.

L’auteur et sa traductrice, Elena Stingl étaient invités sur le stand d’Arte à la Foire du livre de Leipzig pour lire un extrait de cette traduction. Deux autres lectures publiques avec tous les participants ont eu lieu au CITL à Arles et à la Maison Heinrich-Heine à Paris.

 

Si pour l’heure aucun contrat de traduction n’a été signé, les traducteurs ont désormais, grâce au programme Goldschmidt, toutes les clés en main pour pouvoir percer dans le difficile milieu de la traduction.

 

- Katja Petrovic

 

 

Questions à Anna Schlossbauer, Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia.
 

Afin de promouvoir les auteurs suisses, Pro Helvetia s’engage dans le soutien à la traduction. Le programme Goldschmidt, destiné à la formation des jeunes traducteurs allemands, français et suisses rentre parfaitement dans cette mission.

 

Pro Helvetia est partenaire du programme Goldschmidt depuis 2012. Cette année, vous avez organisé une série de rencontres avec des éditeurs suisses germanophones à Zurich. Pourquoi avoir ouvert le programme davantage à la Suisse ?

Le programme Georges-Arthur Goldschmidt représente pour nous un modèle dont nous soutenons le développement en encourageant la participation de nombreux traducteurs suisses. Avec l’invitation à Zurich, nous avons voulu offrir aux participants de ce programme tri-national la possibilité de se confronter à une autre réalité, d’éveiller leur curiosité avec des présentations d’œuvres suisses, et de se familiariser avec notre système éditorial. Nous avons voulu mettre en avant à la fois des éditeurs importants sur le marché, comme Diogenes, ou d’autres plus indépendants et pointus comme Rotpunkt, sans oublier les éditeurs de Suisse romande, que nous avons invités à nous rejoindre à Zurich, avec les éditions Zoé notamment.

 

Quelles étaient les réactions des éditeurs suisses par rapport à ces rencontres ?

Les réactions a posteriori ont été extrêmement positives, les éditeurs se sont dit impressionnés par le sérieux des présentations des jeunes traducteurs. La plupart des maisons d’édition avaient déjà entendu parler du programme, mais aucune ne savait en quoi il consistait vraiment. La réputation a-t-elle joué en faveur du programme Goldschmidt ? Certainement, mais les éditeurs suisses ont fait leur part en laissant une très bonne image d’eux.

 

Un mot sur le marché du livre suisse qui peine à avoir de la visibilité en France et en Allemagne. Quelles sont ces difficultés ?

La difficulté des éditeurs suisses dans leur accès aux marchés français et allemand tient à plusieurs facteurs, allant d’un prosaïque problème de prix du livre jusqu’à celui de la taille critique des maisons d’édition. Pour qu’un éditeur suisse soit visible dans les pays voisins, il doit avant tout compter sur un certain nombre de titres susceptibles de s’imposer dans la profusion éditoriale. Il faut ensuite un bon travail de diffusion pour rendre les titres disponibles, puis vient la question du prix : l’éditeur suisse se voit obligé, pour rester compétitif, de revoir à la baisse ses prix en France, alors que les coûts en Suisse sont souvent supérieurs.

 

Le séjour au Collège des traducteurs à Looren a beaucoup plu aux participants. Quel était le retour de la part des responsables du collège ?

Gabi Stöckli et Florence Widmer du Collège des traducteurs Looren étaient partantes dès le début et elles ont tout mis en œuvre pour faire de ce séjour un moment inoubliable pour les participants : paysages fraîchement enneigés, lasagnes bio avec les ingrédients de la ferme voisine, rencontre littéraire au bord de la cheminée qui crépite…  Looren est un lieu de résidence et de workshops dédié exclusivement à la traduction, pour qui l’encouragement de la relève est central. Looren a manifesté sa volonté de renouveler cette collaboration.

 

Qu’avez-vous prévu en Suisse pour la prochaine édition du programme Goldschmidt ?

Nous avons beaucoup d’idées, le défi étant de proposer un programme alléchant, mais pas étouffant pour les jeunes traducteurs qui accumulent beaucoup de rencontres tout au long du programme. On essayera de réduire les activités tout en proposant des moments d’échanges informels, entre eux, ainsi qu’avec les gens du secteur.

Pour 2018, notre souhait est de les inviter, au terme du programme, pour une lecture scénique de leurs textes en Suisse.

 

- Propos recueillis par Katja Petrovic



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