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Compte rendu

28e Foire internationale du livre de Guadalajara

décembre 2014

Pays invité d’honneur : l’Argentine

 

Les professionnels français font l’éloge de leurs confrères mexicains
C’est toujours impressionnant de voir à quel point le stand France, sur cette gigantesque foire, est fréquenté par le public. Les visiteurs n’hésitent pas à faire de longues distances pour être présents à cette fête du livre.


Près de 1 400 titres de 75 maisons d’édition étaient exposés, sans compter le complément de sélection apportée par la librairie française partenaire du BIEF, dirigée par Julieta Salgado, pour satisfaire les attentes du public. Plus des deux tiers de l’ensemble des livres exposés ont été vendus.


Côté professionnel, même satisfaction pour les éditeurs qui se sont déplacés, qu’ils représentent la jeunesse, la bande dessinée, la littérature ou les sciences humaines et sociales : Natalie Vock-Verley (Éditions du Ricochet) est enchantée de sa venue : "Notre première participation a été très positive. En plus de la douzaine de rendez-vous pris avant le départ, j'ai pu rencontrer une dizaine de responsables éditoriaux de petites maisons d'édition indépendantes ou de grands groupes, essentiellement du Mexique et d'Argentine. L'accueil est toujours très chaleureux, ouvert sur nos productions avec un regard sélectif et professionnel. Nous sentons une culture et des références communes. Dans une perspective de ventes de droits sans l'intermédiaire d'agent, j'envisage de participer à la FIL une année sur deux."

 

Une ouverture sur l’Amérique latine
Même avis de la part de Laurence Faron (Talents Hauts), qui s’y rendait également pour la première fois : "J’ai pu doubler le nombre des rendez-vous sur place par rapport à ceux organisés depuis la France." Elle a également apprécié "la convivialité et la simplicité des rendez-vous qui n’en restaient pas moins très professionnels".


Sophie Castille (Mediatoon) a également été très sollicitée par les éditeurs latino-américains et particulièrement par les Mexicains. Ximena Renjifo, agent littéraire qui représente plusieurs maisons d’édition françaises, a remarqué cette année que "les éditeurs mexicains souhaitent faire évoluer leur catalogue en proposant de nouveaux types de publications pour leur lectorat. La bande dessinée n’est pas très développée en Amérique latine pour le moment, il y a donc des choses à faire dans ce secteur".

 

Martine Heissat (Le Seuil), qui connaît bien cette foire, la juge très importante pour son catalogue de droits, tant pour la littérature que pour les sciences humaines. "Cette manifestation me permet de travailler avec les éditeurs mexicains, mais également avec des professionnels d’autres pays d’Amérique latine. La présence de deux auteurs, Antoine Volodine et Thomas Piketty, offrait aux éditions du Seuil une belle couverture médiatique qui ont entraîné de nombreux contacts professionnels".

 

La partie export n’est pas en reste. Salvador Garzon, qui s’occupe de diffusion de livres français en Amérique latine, considère cette foire comme incontournable : "On peut rencontrer et travailler avec tous les professionnels du livre du continent latino-américain, voire américain, car de nombreux professionnels des États-Unis se rendent à cette foire", qui accueillait d’ailleurs pour la première fois cette année un stand collectif d’éditeurs états-uniens.

 

Si les échanges avec le Mexique sont toujours aussi dynamiques, le rapprochement entre les deux industries du livre est aussi toujours d’actualité, puisque la France a de nouveau été sollicitée par les professionnels mexicains pour participer à une réunion sur le prix unique du livre. Le lundi 1er décembre, Blanca Alcalá Ruiz, présidente de la commission des Affaires culturelles du Sénat mexicain, a mené une réunion dans le cadre de la foire pour présenter les grandes lignes du futur projet de loi relatif au prix fixe du livre, qui devrait être adopté au printemps prochain.
Ce dispositif a été consacré par une loi en 2008. Aujourd’hui, le projet est de préciser la durée d’application du système de prix unique pour le livre papier (24 mois après la dernière impression), ce qui n’est pas le cas actuellement et conduit à des discounts nombreux. D’autre part, le projet de loi étendrait le prix fixe au livre numérique.


Les Mexicains s’appuient sur les expériences allemande et française, cette dernière ayant été présentée par Jean-Guy Boin, directeur général du BIEF, lors de cette table ronde qui réunissait plus de 100 participants, dont une majorité d’éditeurs.


Une éditrice française à l’honneur
Chaque année, la Foire internationale du livre de Guadalajara décerne un prix récompensant le travail d’un éditeur. Cette année, le mérite éditorial a été remis à Anne-Marie Métailié. Créée en 1979, sa maison d’édition éponyme publiait essentiellement des ouvrages de sciences humaines et sociales. En 1983, Anne-Marie Métailié décide d’élargir son champ de publication à la littérature étrangère. Aujourd’hui, son catalogue compte près de 1 000 titres de quelque 200 auteurs dont bon nombre sont latino-américains. À propos de la "collection hispano-américaine" de son catalogue, Anne-Marie Métailié déclarait dans le numéro de mars 2014 de La Lettre du BIEF : "Ce qui me semble important n’est pas tant leur appartenance à tel ou tel pays que la langue que ces écrivains partagent et la façon dont elle circule avec leurs œuvres et enrichit leurs styles respectifs."

 

Le Royaume-Uni sera le pays mis à l’honneur par la Foire internationale du livre de Guadalajara, dont la prochaine édition se tiendra du 28 novembre au 6 décembre 2015.

 

- Christine Karavias

 


"De regreso de Guadalajara",
par Laurence Faron, directrice des éditions Talents Hauts

 

"C’était ma première participation à la FIL de Guadalajara. J’y suis allée dans le but de rencontrer les éditeurs latino-américains en plus grand nombre qu’à Francfort et à Bologne. J’ai surtout eu des contacts avec des Mexicains (pays hôte), des Argentins (pays invité), des Colombiens et des Chiliens.
La première chose qui m’a frappée lors de mes entretiens avec mes confrères et consœurs est leur facilité à manifester leur enthousiasme. Pas de calcul en vue d’une négociation : si on aime, on le dit, le chante, on l’affiche.
La flexibilité des relations de travail m’a également surprise. J’ai pu doubler le nombre des rendez-vous sur place par rapport à ceux organisés depuis la France. On improvise quand c’est possible, y compris chez les plus gros éditeurs. Une simplicité appréciable !

 

Sur le fond, j’ai pu vérifier nos affinités culturelles : les illustrations de type pictural sooo French ! plaisent beaucoup, l’humour est bien partagé et les illustrateurs et auteurs français sont bien connus.
J’ai également perdu quelques a priori : le sexisme sévit sans aucun doute sur le continent, mais c’est une raison de plus pour les éditeurs de jouer pleinement leur rôle d’avant-gardes. L’attention particulière à la question des discriminations, qui est la spécificité de Talents Hauts, tombait donc à pic.


Je suis revenue avec de nombreux contacts prometteurs, plusieurs contrats à très brève échéance et même quelques nouveaux amis."



déc. 2014
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