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Compte rendu

Premiers retours sur les marchés du livre danois et finlandais

décembre 2021

23 & 30 novembre 2021

Suite aux Séjours Perspectives à Helsinki et à Copenhague ayant permis à une délégation de six professionnels français de découvrir les marchés du livre finlandais et danois, le BIEF a organisé deux tables rondes, accessibles à l’ensemble de ses adhérents, afin de partager leurs impressions. 


La première table ronde s’est tenue sur l’édition en Finlande. Elle a réuni Mathilde Barrois, directrice des droits étrangers chez Gallimard Loisirs, Thomas Guillaume, responsable des droits étrangers aux éditions Stock, et Florence Pariente, agente à Ttipi Agency. Leurs impressions et rencontres nourriront l’étude sur le marché du livre finlandais qui sera publiée par le BIEF en janvier. Voici déjà quelques éléments d’analyse de ce marché :

 

Un marché concentré et difficile d’accès


"Je noterai deux spécificités du marché finlandais : une grande concentration autour de trois groupes et la place très importante du livre audio", explique Thomas Guillaume. "Il est difficile d’exister en tant que petite entité, sauf si la maison d’édition est ultra spécialisée", précise Mathilde Barrois, et Florence Pariente souligne "la qualité du lectorat et le bilinguisme du marché" avec deux éditeurs publiant en suédois, à destination de la minorité suédophone de Finlande. 


La fiction et la non-fiction en traduction dominées par l’anglais et le suédois


"En fiction, les romans littéraires sont compliqués à vendre, les recherches des éditeurs s'orientent principalement vers les thrillers, souvent issus des pays nordiques. En non-fiction, les éditeurs sont davantage à l’affût de la narrative non-fiction et des true crimes. Pour vendre des droits français il faut avoir du matériel en anglais, des cessions à l’étranger (notamment en Scandinavie, avec un gros plus pour la Suède) et céder les droits audio streaming", témoigne Thomas Guillaume. 


"L’illustré : la concentration du marché complique la vente de droits"


"Nous n’avons qu’une poignée d’interlocuteurs possibles dans les domaines du livre pratique et les beaux livres sont assez peu développés. Les éditeurs d’art sont souvent très petits et n’ouvrent pas leur catalogue aux achats internationaux. Les éditeurs finlandais ne sont pas toujours faciles à contacter mais néanmoins très ouverts une fois la relation créée. Trouver le bon livre, pour le bon interlocuteur, au bon moment, n’est pas chose aisée, mais la mission n’est pas impossible non plus. Il faut persévérer", conseille Mathilde Barrois. 


La bande dessinée dominée par les magazines Disney 


"En jeunesse et en bande dessinée, le plus surprenant c’est l'immense popularité de Donald Duck. En illustré les éditeurs se concentrent fortement sur la création locale, et on est surpris de ne pas voir en librairie les titres anglo-saxons comme les documentaires Quarto. Vendre des droits est donc une tâche ardue car les grands succès des éditeurs sont finlandais. En roman jeunesse, ils se tournent exclusivement vers les Anglo-Saxons et, dans une moindre mesure, vers les Suédois. 


Pour tirer son épingle du jeu il faut avoir une traduction de son titre en anglais, être prêt à céder les droits audio y compris streaming même en illustré, avoir des prix compétitifs en coédition, choisir de préférence des titres en petite enfance, des formats novelty qu'ils ne pourraient pas imprimer tout seuls, et à l'avenir des documentaires illustrés qui commencent seulement à se développer", résume Florence Pariente. 


Une deuxième table ronde a été consacrée à l’édition au Danemark 


En septembre, Céline Charvet, directrice éditoriale Jeunesse chez Casterman, Sophie Langlais, agente chez BAM, et Sarah Larsen, assistante de direction et droits étrangers aux éditions Vigot Maloine, se sont rendues à Copenhague. 

 

D’après leurs expériences sur place, le marché du livre danois se caractérise par "une absence de prix unique du livre, un prix moyen élevé (entre 30 et 35 euros) et un bouleversement des pratiques de lecture par le streaming audio qui représente, sur certains segments (policier, romance), 30% voire plus des revenus des éditeurs", comme le résume Sophie Langlais. De son côté, Sarah Larsen a observé "un marché de petite taille mais dynamique qui va plutôt bien malgré la pandémie, grâce aux ventes en ligne et aux formats digitaux auxquels le lectorat danois est déjà habitué." 

 


Un intérêt pour les voix marginalisées et engagées en fiction

 

"Si le lectorat danois est très 'anglo-saxonisé' il garde tout de même un attrait pour la littérature francophone, en particulier quand elle s’intéresse aux voix jusqu’ici marginalisées (Naomi Fontaine, Faïza Guène, Mahir Guven) et à l’analyse des transfuges de classe (Annie Ernaux, Édouard Louis)", précise Sophie Langlais. "Pour vendre des droits, il faut disposer d’un maximum d’éléments traduits en anglais et écouter les éditeurs sur leur expérience du streaming audio pour adapter au mieux les clauses contractuelles sans léser les intérêts des auteurs/éditeurs français", conseille l’agente. 

 

Une demande de très beaux livres à collectionner et à offrir


Concernant les livres non-fiction illustrés et non-illustrés, Sarah Larsen précise qu’il existe actuellement "une forte concentration autour de la publication de livres dont les ventes sont déjà assurées grâce aux auteurs ou personnalités médiatiques déjà bien connus du public danois. Ce marché est donc assez homogène et il est difficile d’y intégrer des ouvrages d’auteurs étrangers. Pourtant, une nouvelle tendance autour des beaux livres émerge. De plus en plus d’éditeurs remarquent qu’avec le remplacement des livres fabriqués pour des budgets modestes par le format numérique, il y a une demande croissante pour de très beaux livres à collectionner et à offrir. Ces éditeurs peuvent désormais s’investir dans des projets plus élaborés, avec des matières de qualité et donc à un prix de vente 'éditeur' plus élevé. Ces maisons (d’art, de gastronomie, d’architecture et de photographie) sont plus ouvertes aux ouvrages étrangers."


Propos recueillis par Katja Petrovic