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Suite au Séjour Perspectives à Athènes, le BIEF publie une nouvelle étude sur l’édition en Grèce

juin 2019

Suite à la fermeture du Centre national du livre grec Ekebi en 2012, il n’existe plus aucune statistique officielle dans le domaine du livre en Grèce après cette date. Face à ce manque de données, il était particulièrement important de compléter les quelques informations disponibles par des entretiens avec des professionnels. Ceux-ci ont été réalisés dans le cadre des premiers Séjours Perspectives à Athènes en janvier 2019 par le BIEF et quatre représentants de l’édition française : Thomas Bout (fondateur de Rue de l’échiquier), Lise Chasteloux (chargée des droits étrangers chez Gallimard), Laurie Jesson (responsable des droits étrangers chez Kaléidoscope) et Maria Vlachou (directrice des droits étrangers chez Humensis). Ces entretiens ont permis de collecter de très nombreuses informations et impressions désormais réunies dans l’étude sur le marché de l’édition en Grèce.

 

Retour de la loi sur le prix unique

La crise économique a évidemment fortement redessiné le paysage éditorial grec avec la faillite d’éditeurs et de libraires historiques et une baisse des ventes inédite. Malgré cela, la chaîne du livre semble aujourd’hui se relever. Le nombre de nouveautés est reparti à la hausse, comme le nombre de traductions. Des maisons d’édition se créent. Des signes positifs sont également observés du côté des pouvoirs publics avec le retour au prix fixe depuis juillet 2018 et l’annonce de la création d’un nouveau Centre national du livre.

 

Des groupes éditoriaux de taille modeste, indépendants et peu spécialisés

Plus de 600 maisons d’édition sont enregistrées en 2017 et la plupart publient moins de dix titres par an. Dans l’ensemble, le chiffre d’affaires des éditeurs grecs est limité puisque le plus grand éditeur, Psichogios, annonce un CA de 13,6 millions d’euros en 2017 : les moyens pour investir sont donc modestes. La majorité des maisons d’édition sont des structures familiales et restent indépendantes les unes des autres. Une autre spécificité : les fonctions distribution-diffusion sont le plus souvent intégrées aux maisons elles-mêmes. Pour les plus petites, la diffusion et le suivi des ventes sont un combat quotidien, en particulier en dehors d’Athènes. Probablement la moitié des librairies ont fermé leur porte pendant la crise. Si cela a concerné en majorité de petites librairies, parfois relativement peu professionnelles, de grandes chaînes comme Eleftheroudakis et Papasotiriou ont aussi été touchées. Aujourd’hui, le secteur est recomposé autour de Public (chaîne sur le même modèle que la Fnac), Politeia, Ianos ou encore Protoporia et une myriade de petites librairies.

 

Production éditoriale de nouveau en hausse

La crise a engendré une très forte baisse de la production éditoriale. La baisse a affecté durement les sciences humaines, les livres illustrés (art, beaux livres, livres pratiques) et les bandes dessinées. Pour la BD, les éditeurs ont particulièrement souffert de la faillite des kiosques – traditionnellement gros vendeurs dans ce secteur. L’économie de ce segment est encore très fragile, malgré le professionnalisme et la passion des éditeurs. En miroir, certains secteurs semblent avoir mieux résisté, comme les romans (plutôt d’auteurs grecs), la poésie ou la jeunesse. L’édition jeunesse est sûrement celle qui est la plus dynamique aujourd’hui, avec une place prédominante de l’album.

 

Tendances éditoriales et place des traductions dans les catalogues

En fiction, éditeurs et lecteurs grecs sont friands de polars et de thrillers notamment scandinaves et anglo-saxons (profilers, serial killers) qui remportent le plus de succès en librairies. Côté non-fiction, on observe un goût prononcé pour les ouvrages d’histoire, notamment sur les périodes de la Seconde Guerre mondiale et la guerre civile grecque. Par ailleurs, la crise a créé un fort intérêt pour les livres sur l’économie, la politique, l’Union européenne et plus largement les ouvrages qui abordent la philosophie politique. Pendant la récession, les éditeurs ont reporté la parution de certaines publications notamment les traductions. Elles restent toutefois nombreuses chez tous les éditeurs et repartent à la hausse. Sans surprise, celles-ci proviennent majoritairement de la langue anglaise, mais les catalogues démontrent une belle attention aux auteurs français – en 2018, 252 cessions ont été réalisées. Répondant à l’intérêt pour les romans policiers, des polars français sont publiés et recherchés par les éditeurs grecs. Les romanciers français, classiques et contemporains, sont également assez bien représentés dans les catalogues ; les contacts directs et réguliers avec les éditeurs, dans certains cas très francophiles, sont évidemment un atout.


Clémence Thierry
juin 2019