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Compte rendu

À la découverte de l’édition suisse germanophone

mai 2018

"La production des éditeurs suisses alémaniques m’a totalement échappé à Francfort", explique Benoît Virot, fondateur des éditions Le nouvel Attila. Partant de ce constat sans doute partagé par nombre d’éditeurs français, l’Ambassade de France en Suisse, en partenariat avec le BIEF, Pro Helvetia et l’Association suisse des libraires et éditeurs (SBVV), a organisé deux jours de rencontres pour initier des échanges entre des professionnels du livre français et leurs homologues suisses alémaniques.

 

Un marché d’importation

Le chiffre d’affaires du marché du livre suisse (comprenant la Suisse alémanique, la Suisse romande et le Tessin italophone) s’élève à 700 millions d’euros. 10 000 nouveautés sont publiées chaque année dont la majeure partie en Suisse alémanique qui compte environ 250 maisons d’édition et 350 librairies, selon des statistiques non officielles, précise Dani Landolf, directeur du SBVV. Comme en Allemagne, la distribution est assurée par des grossistes et les éditeurs et libraires sont représentés par une association unique, le SBVV.

 

Selon Dani Landolf, deux aspects caractérisent le marché suisse. Tout d’abord il s’agit d’un marché d’importation avec 80 % des livres vendus provenant de l’étranger, notamment d’Allemagne et de France. "Les grands voisins sont toujours à portée de vue", d’abord pour les éditeurs qui cherchent à exporter, mais aussi pour les libraires qui importent les livres de France et d’Allemagne. Mais, depuis 2011 ces importations posent problème en raison de la baisse de l’euro : le taux de change qui est passé de 1,60 à 1,15 franc suisse  pour 1 euro a engendré une baisse de 20 % du chiffre d’affaires des libraires, et plus d'une centaine de librairies a dû fermer en Suisse alémanique par la suite. Dans ce cas précis, "l’absence du prix fixe en Suisse n’est pas que négative", explique Dani Landolf : elle a permis aux libraires d’atténuer les effets de la baisse de l’euro par l’augmentation du prix des livres, ce qui a été accepté par une partie de la clientèle.

 

"Diogenes… et le reste"

Autre particularité : le très grand nombre de petites maisons indépendantes. "Il y a les éditions Diogenes et le reste", explique Dani Landolf, c’est-à-dire quelques éditeurs de taille moyenne et 80 % de petites maisons indépendantes dont un grand nombre profite des aides publiques mises en place depuis 2016. Le choix des éditeurs suisses alémaniques conviés aux rencontres a parfaitement reflété ce paysage, avec les éditions Diogenes, des maisons de taille moyenne comme Dörlemann ou Nagel & Kimche et de petits éditeurs comme Kommode Verlag, Ink Press ou Edition Bücherlese. Du côté français, les éditeurs et responsables de droits présents à Soleure (Gallimard, Métailié, Héloïse d’Ormesson, Libella, Jacqueline Chambon et Le nouvel Attila) étaient tout aussi représentatifs du paysage éditorial. Tous ont eu l’occasion de présenter leur maison et leur catalogue et de mieux se connaître. "On devrait créer un cercle où chacun s’envoie ses catalogues régulièrement plutôt que d’en faire la moisson à Francfort une fois par an", propose Benoît Virot.

 

L’acquisition des titres germanophones passe par l’Allemagne

Une table ronde était consacrée aux échanges de droits entre la France et la Suisse alémanique. La production de Suisse germanophone est mal connue des éditeurs français, il y a donc peu d’échanges directs avec les éditeurs de Suisse alémanique, à l’exception de grands éditeurs comme Diogenes.

Les éditeurs français s’adressent en général directement aux éditeurs allemands pour acheter les droits des auteurs germanophones publiés en Allemagne, sans forcément distinguer l’origine de l’auteur.

Quant à la réception des auteurs suisses alémaniques en France, "ils ont du succès même s’il n’est pas facile de publier des auteurs germanophones", remarque Nicole Bary, directrice de la collection Bibliothèque allemande aux éditions Métailié qui publie plusieurs de ces auteurs, comme Mélinda Nadj Abonji, Ruth Schweikert ou Roman Graf.

 

Concernant la cession des droits français dans l’ensemble de l’espace germanophone (Allemagne, Suisse et Autriche) "nous travaillons avec les grands et les petits éditeurs, cela dépend de chaque auteur", explique Barbara Angerer, chargée des cessions de droits en langue allemande chez Gallimard. "En revanche lorsque nous cédons un livre français à un éditeur suisse alémanique, nous attendons qu’il le vende non seulement en Suisse mais aussi dans l’espace germanophone."

 

Les aides à la traduction et à la relecture des livres traduits

La traduction a également été abordée lors des rencontres et les participants ont pu découvrir les aides à la traduction du CNL, de la fondation suisse Pro Helvetia (lesquelles sont cumulables) et de l’Institut français. Le programme Goldschmidt pour jeunes traducteurs littéraires venant de France, d’Allemagne et de Suisse a suscité un grand intérêt chez les éditeurs suisses. Selon la traductrice Marion Graf, la situation des traducteurs en Suisse s’est beaucoup améliorée ces dernières années car ils bénéficient de plus en plus de visibilité. Il reste pourtant difficile pour un traducteur suisse de travailler pour un éditeur français ou allemand en raison de l’écart de rémunération entre les pays. Des aides proposées par Pro Helvetia ont été présentées, dont le mentorat permettant à un jeune traducteur de réaliser sa première traduction sous la houlette d’un traducteur confirmé ou les subventions accordées aux éditeurs pour le travail de relecture d’une traduction.

 

Les Journées littéraires de Soleure, un festival à découvrir

Le choix d’organiser ces rencontres dans le cadre des Journées littéraires de Soleure, qui ont fêté leurs 40 ans cette année, a été apprécié. Ce festival est non seulement une vitrine pour les auteurs suisses mais aussi pour les auteurs français et francophones invités. Afin de poursuivre la découverte de l’espace germanophone, de futurs échanges entre professionnels français et autrichiens ont été évoqués.


Katja Petrovic
mai 2018
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