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Le Centre culturel arabe, un éditeur marocain tourné vers l'international

mars 2017

Tout d’abord librairie, créée en 1956, le Centre culturel arabe a élargi son activité à l’édition à partir de 1976. Initialement, la production était surtout celle de livres écrits en arabe (pour 90% des parutions), le reste étant constitué de traductions vers l’arabe. Longtemps, ce sont les livres de sciences humaines et sociales qui ont dominé, mais l’évolution du marché, moins favorable à ce domaine, nous a amenés à publier de plus en plus de littérature.

Depuis quelques années, celle-ci représente 80% des nouveautés :
deux tiers proviennent des traductions, à part égale, du français et de l’anglais, le dernier tiers étant composé d’ouvrages en arabe classique. Aujourd’hui, le catalogue compte un millier de titres, la maison publie 60 à 70 nouveautés par an et l’équipe est constituée d’une quinzaine de personnes dont dix travaillent au Maroc et cinq au Liban.

 

Un pont culturel entre le Maroc et le Moyen-Orient semé d’obstacles

En 1978, l’entreprise crée une filiale du même nom au Liban, pour des raisons logistiques. L’idée est d’établir un pont culturel en important des livres du Moyen-Orient vers le Maroc et, réciproquement, de distribuer des ouvrages marocains vers cette zone géographique. La diffusion dans le monde arabe se fait depuis le Liban, à travers des foires internationales, comme c’est le cas pour la plupart des éditeurs arabophones, auxquelles s’ajoutent des librairies fidélisées au fil du temps. Enfin, marginalement, quelques clients proviennent du reste du monde (deux des États-Unis, un du Canada…).

 

Au Maroc, la maison assure sa propre diffusion dans les librairies et auprès de la grande distribution (cette dernière étant d’habitude essentiellement alimentaire), mais aussi dans les salons du livre et, naturellement, dans sa propre librairie. Elle assure également la commercialisation d’ouvrages en arabe venant du Moyen-Orient, d’Égypte – depuis peu de temps –, mais également du Liban comme les livres non-scolaires des éditions Hachette Antoine et ceux d’Arab Scientific Publishers, dont ils ont l’exclusivité de la diffusion sur place.

 

Le monde arabe connaît deux problèmes majeurs : le piratage et la censure. Concernant le piratage, il touche d’abord, on le sait, le livre électronique à partir d’Internet. S’il existe des lois de protection des droits, elles ne sont guère applicables. Ainsi tous les livres publiés par le Centre culturel arabe se retrouvent en PDF sur Internet. Et c’est le cas pour tous les éditeurs ou presque. Concernant le piratage du livre papier, il se développe particulièrement en Égypte. Nombre de livres imprimés en arabe sont reproduits quasi à l’identique et sont envoyés dans le monde arabophone. On constate, depuis peu, que ces ouvrages arrivent au Maroc.

 

La censure est un problème réel. Si elle n’existe pas au Maroc, on la rencontre dans pratiquement tous les pays du Moyen-Orient. Lorsque notre maison a décidé de traduire la trilogie Millenium, nous avons voulu la publier dans son intégralité, selon notre habitude, sans supprimer de paragraphes pouvant apparaître "dérangeants" selon certaines cultures. Finalement, le livre a été interdit dans de nombreux pays du Moyen-Orient dont l’Égypte qui est le principal marché et, outre la question de principe, cela a été très pénalisant pour notre activité.

 

La traduction, partie intégrante du catalogue

Notre relation avec les éditeurs étrangers est assez ancienne, nous avons noué avec beaucoup d’entre eux des contacts étroits, et nous nous rendons régulièrement aux foires de Francfort et de Londres. Nos confrères étrangers connaissent notre exigence éditoriale et notre capacité de diffusion dans le monde arabe. C’est, j’imagine, également cette raison qui a récemment conduit Gallimard à nous céder les droits vers la langue arabe de Chanson douce de Leïla Slimani, prix Goncourt 2016.

 

Si un titre nous intéresse et si les droits sont libres (droits mondiaux pour la langue arabe), nous décidons de faire une offre. Comme partout dans le monde, celle-ci est calculée à partir du tirage prévu et du prix de vente envisagé, avec un pourcentage de royalties allant de 6 à 9% selon la notoriété de l’auteur. Un temps de l’ordre de 5 000 exemplaires, le tirage initial est passé depuis une quinzaine d’années à 1 500 ou 2 000 du fait du resserrement du marché. À titre de comparaison, le tirage initial moyen de livres en arabe non traduits est, chez nous, de 1 000 exemplaires.

 

Même si nous commençons à demander les droits numériques, le piratage organisé sur Internet nous conduit à une réelle prudence, comme je l’ai indiqué plus haut.

 

On trouve de moins en moins de traducteurs de qualité. Au Centre culturel arabe, nous travaillons avec cinq traducteurs de différents pays, "qui sont comme de la famille", et nous faisons un travail important de révision de ces traductions.

Dans l’autre sens, nous ne sommes pas encore organisés pour la cession de droits de nos ouvrages, mais c’est bien sûr un objectif à terme.


Haissam Fadel, directeur
mars 2017
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