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L’édition de littérature marocaine d'expression française, quelques éléments de réflexion

mars 2017

Une récente étude du Conseil économique et social sur la situation de la culture au Maroc révèle que le budget du ministère de tutelle ne dépasse pas 72 millions de dollars, soit 0,25% du budget de l’État, que l’on peut comparer aux 258 millions alloués en Algérie et aux 112 millions en Tunisie, soit respectivement 0,5% et 0,7% du budget de l’État.

 

Les Marocains lisent peu, les espaces dédiés à la lecture sont rares et, souvent, mal gérés. De fait, le royaume compte 71 centres de lecture et seulement 624 bibliothèques publiques.

 

La littérature marocaine d’expression française a connu trois grandes périodes. La première, de l’époque coloniale ou postcoloniale, a donné de grands noms tels que Driss Chraïbi avec Le passé simple, Ahmed Sefrioui avec La boîte à merveilles, et d’autres encore devenus des classiques.

À leur suite sont apparus de nouveaux écrivains tout aussi éminents, édités et publiés en France, comme Mohammed Khaïr-Eddine, Abdelkébir Khatibi, Tahar Ben Jelloun, etc.

 

De nos jours, la littérature, qui était une affaire de spécialistes, s’est démocratisée. Des enseignants du français ont écrit des romans sur les difficultés de leur parcours professionnel, sur des thématiques liées à l’immigration, aux boat-people – qu’on appelle au Maroc les "Harragas". La liberté d’expression étant de mise, une littérature sur le bagne de Tazmamart, les années de détention de ses prisonniers puis leur libération s’est développée. Outre les six titres parus sur ce bagne secret, plus de dix titres ont pour sujet l’incarcération : La prisonnière, sur la famille Oufkir, ainsi que les récits d’Abdellatif Laâbi, de Jawad Mdidech, d’Abdelkader Chaoui…

 

Aujourd’hui les écrivains viennent de tous bords. Des journalistes romanciers, des femmes non universitaires écrivent sur leur vie ou leur itinéraire professionnel sous forme de récits ; les souffrances des femmes, le radicalisme islamiste, le port du voile sont devenus des thèmes fréquents. Réda Dalil, jeune journaliste, a été récompensée pour ses deux romans ; Maria Guessous a déjà publié quatre romans ; la cardiologue Souad Jami a livré un roman drôle et vivant grâce à ses anecdotes ; Salima Louafa, jeune Marocaine vivant aux Philippines, et Najib Fassi Fihri, homme d’affaires à la retraite, publient aussi leur premier roman.

 

Pour ceux qui auront la chance d’être publiés en France chez de grands éditeurs, leurs livres, présents dans quelques librairies marocaines, ne seront accessibles qu’à une minorité de la population capable de payer un ouvrage entre 250 et 300 DH.

Le prix d’un roman édité au Maroc se situe entre 50 et 100 DH, rarement au-delà. Un courant de publication de littérature marocaine en français éditée au Maroc s’est développé. Ces ouvrages commencent à avoir une existence en France, mais difficilement car les réseaux de distribution de cette littérature sont encore faibles.

 

De nouvelles formes de coéditions franco-marocaines ?

Les coéditions franco-marocaines sont pratiquement inexistantes et peuvent se solder par des échecs. Plusieurs éditeurs marocains, dont Afrique Orient, ont eu des expériences malheureuses. Une réflexion pourrait être menée sur la possibilité d’une coédition de forme nouvelle, différente, où chaque éditeur garderait sa liberté d’action sur son marché avec la volonté de coopérer sur un pied d’égalité.

La période est propice pour ces évolutions : le Roi Mohamed VI a annoncé rechercher une dynamique nouvelle pour redonner aux langues étrangères une priorité, cela après le constat d’effets négatifs dans l’arabisation de l’éducation, et avec la confirmation de la volonté d’ouverture et de tolérance du Maroc.

 

La langue française va revenir en force dans l’école marocaine, un nouveau marché s’annonce donc pour un nouveau public. Nous devons, ensemble, éditeurs marocains et français, nous y préparer.


Jad Hoballah, éditeur aux éditions Afrique Orient
mars 2017
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