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Compte rendu

Échanges et partage d’expériences lors du 7e Fellowship à Paris

mai 2017

Brésilien, Japonais, Serbe, Vietnamien… la diversité était encore au rendez-vous cette année.

 

Traditionnellement, ce programme commence par un tour du monde de l’édition. "En Italie, le marché est en plein chamboulement. Le groupe Mondadori étant devenu trop grand, il a dû vendre des marques, et je ne sais pas comment va évoluer mon travail", explique Giulia Ichino, éditrice chez Giunti. "À présent, c’est la crise, les librairies ferment et ceux qui restent bradent leurs livres." Même constat aux Pays-Bas où, selon Koen van Gulik, éditeur chez Uitgeverij Wereldbibliotheek, "la situation est catastrophique : marché en baisse de 30% entre 2009 et 2015, plus de la moitié des librairies ont fermé depuis dix ans, ce à quoi l’équivalent d’Amazon a réagi en mettant en place un abonnement All you can read permettant de lire tous les e-books disponibles pour 10 euros par mois."

 

État absent, État présent

Et pourtant, le prix unique du livre existe aux Pays-Bas depuis 1923 et la discussion "pour ou contre son instauration" bat son plein en Pologne ou au Brésil. "En Serbie, on en est loin", remarque Ivana Hadzi Popovic des éditions serbes Albatros plus, issues d’une des plus prestigieuses maisons d’édition de l’époque communiste. "Depuis l’éclatement de la Yougoslavie, notre marché s’est énormément réduit et l’État ne nous aide pas du tout." Difficile également d’exercer le travail d’éditeur au Vietnam, surtout pour une maison indépendante telle Nha Nam Publishing, créée en 2005 à Hanoï. "Nous nous battons contre la censure venant des éditeurs étatiques, souvent même après avoir acheté les droits d’un livre. Autre problème, le piratage ou encore l’absence de système de distribution qui nous oblige à créer nos propres librairies", explique Thi Thu Phuong, passionnée de littérature française, qui est venue de très loin pour rencontrer ses homologues français.

 

Rendez-vous B to B et visites de maisons d’édition

Côté français, une cinquantaine de professionnels du livre s’est mobilisée pour échanger avec les Fellows sous différentes formes. À commencer par les rendez-vous B to B entre Fellows, éditeurs et responsables de droits français, pris individuellement à Livre Paris, puis directement dans les maisons d’édition. Le programme était également constitué de visites de maisons d’édition : Albin Michel, Fayard, Gallimard, Grasset, Phébus et Le Seuil, choisis en amont par les participants en fonction de leurs intérêts et de leurs catalogues. "Je n’aurais jamais eu la possibilité de rencontrer autant d’éditeurs français autrement. Ce programme va changer ma vie professionnelle", remarque Ivana Hadzi Popovic.

 

Speed-dating et tables rondes

Cette année encore, les Fellows ont eu l’occasion de découvrir une dizaine d’éditeurs franciliens qui ne viennent pas à Francfort, tels que Thierry Marchaisse, Les Escales ou Le nouvel Attila, sous forme de speed-dating au MOTif. Chaque éditeur d’Île-de-France avait ainsi dix minutes pour présenter sa maison : son historique, son équipe, sa ligne éditoriale et un titre phare. Puis libre choix aux Fellows et éditeurs présents de se rencontrer ensuite lors de rendez-vous individuels.

 

Pour permettre un échange plus approfondi sur des sujets d’actualité concernant le marché du livre en France et à l’étranger, deux tables rondes étaient organisées au Centre national du livre. L’une, en vue de Francfort 2017, sur l’édition francophone en France et dans les pays d’Afrique subsaharienne en présence de l’éditrice togolaise Yasmin Issaka des éditions Graines de pensées qui échangeait avec Philippe Rey, directeur éditorial des éditions Philippe Rey et Laurent Laffont, directeur général des éditions Jean-Claude Lattès sur la question de la coopération entre éditeurs francophones et français. "C’était très intéressant, je ne connais rien à ce marché", constate l’éditrice allemande Sabine Erbrich de Suhrkamp. "Nous publions peu d’auteurs africains en Allemagne et si c’est le cas la couverture du livre ressemble à du tissu africain, c’est agaçant." L’autre table ronde portait sur la commercialisation des livres, en présence d’Oliver Gallmeister, fondateur des éditions Gallmeister et de Philippe Touron, directeur de la librairie Le Divan.

 

En route pour de nouveaux programmes Fellowship

"Très utile, ce Fellowship, je vais essayer d’en créer un à Varsovie", s’enthousiasme l’éditrice polonaise Ela Brzozowska, qui souhaite également inviter des auteurs et éditeurs francophones au Salon du livre de Varsovie, suite à la table ronde sur la francophonie au CNL. "On va essayer de créer des Fellowship dans tous les pays ayant participé à celui de Paris cette année", rajoute Ana Skiendziel des éditions argentines Adriana Hidalgo. "Quel beau projet ! Outre les liens qui se sont créés entre les Fellows et les professionnels du livre français, un réseau amical et très actif s’est mis en place entre les participants eux-mêmes." "Nous allons faire du scouting les uns pour les autres", explique Sabine Erbrich, "à chaque fois que l’on découvre un bon livre, on se passera l’information."


Katja Petrovic
mai 2017
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