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Le Maroc à livre ouvert à Livre Paris 2017

mars 2017

C’est la première fois qu’un pays d’Afrique et du monde arabe, donc également un pays du Maghreb, est l’invité d’honneur de Livre Paris. Le Maroc a depuis longtemps été candidat à Livre Paris, comme beaucoup d’autres pays. Le ministère marocain de la Culture, les éditeurs, des amis du Maroc ont toujours œuvré dans ce sens. Une opportunité s’est présentée cette année lorsque le Syndicat national de l’édition (SNE) et les organisateurs de Livre Paris ont pris contact avec le ministère de la Culture à Rabat en le sollicitant pour faire du Maroc l’invité d’honneur 2017 du Salon. Ce qui a été fait.

 

La présence marocaine à Paris souhaite refléter tout d’abord sa littérature, sa production intellectuelle, faire mieux connaître ses auteurs et ses éditeurs. Mais c’est également le Maroc dans son ensemble que nous voudrions présenter à Paris : un Maroc ouvert, transparent, décomplexé. Un Maroc dans sa diversité et sa pluralité, dans ses réalisations et ses aspirations, dans ses avancées et ses hésitations. "Maroc à livre ouvert"est la thématique retenue pour cette présence marocaine à Paris et en France. Au-delà de l’accroche, il s’agit d’une invitation à venir voir, entendre et échanger avec ce Maroc et ses invités, de manière franche, amicale et ouverte.

 

Louis Aragon disait : "La littérature est une affaire sérieuse pour un pays, elle est, au bout du compte, son visage." Force est de constater que le patrimoine littéraire marocain des six dernières décennies se caractérise par une profusion et une effervescence étonnantes. Les esthétiques et les thématiques abordées sont variées et ont évolué au fil du temps, suivant en cela l’évolution du pays. Au récit autobiographique du début a succédé la critique sociale et politique des années 1970-1980. La littérature carcérale connaîtra son essor avec la fin des années de plomb à l’aube de ce siècle. Suit alors une génération d’écrivains qui vont délivrer la littérature marocaine de plusieurs tabous. Aujourd’hui, nous assistons à l’émergence de nouveaux et nombreux talents qui entretiennent un lien étroit avec la société qu’ils décrivent sur un ton réaliste décapant qui n’enlève rien à la qualité du style de leur écriture. Il est à noter que les écrivains marocains de la diaspora ont eux aussi accompagné ces évolutions.

Le choix des auteurs invités – en tout 34 romanciers, essayistes, auteurs pour la jeunesse – est toujours délicat, compliqué et difficile. C’est un exercice où, au final, on produit toujours de la déception et de la frustration. À commencer pour soi-même. Parce que, en fin de compte, la question "Pourquoi lui et pas moi ?" sera toujours posée.

Comment cette liste d’auteurs s’est-elle construite ? Le commissaire d’une telle invitation se doit de fixer des critères objectifs pour l’établir. Pour ma part, j’ai pris en considération la notoriété de certains de nos grands écrivains tout en faisant de la place à de jeunes plumes, à l’origine parfois d’un seul ou deux romans. Des écrivains auteurs de fiction, mais aussi des intellectuels dans différents champs de la connaissance. Je me devais ensuite de tenir compte de la diversité linguistique de notre pays et de la parité hommes-femmes. Les auteurs marocains de la diaspora devaient aussi être présents, de même que les Français du Maroc ou encore les lauréats de prix nationaux et internationaux, etc. Il fallait également prendre en considération la participation des auteurs à d’autres salons et foires. L’actualité de publication et de parution a été aussi l’une des conditions retenues.

Il a donc fallu choisir une trentaine de noms en respectant tous ces critères. Un véritable casse-tête, surtout que vous y ajoutez forcément une dose de subjectivité, ce que je revendique et assume pleinement.

Il est à noter qu’à cette liste viendront s’ajouter d’autres invités du Pavillon Maroc.

 

Je suis ravi qu'une journée de rencontre professionnelle entre éditeurs marocains et français soit organisée avec le BIEF, en amont de la manifestation, le mercredi 22 mars. C’est dire l’intérêt mutuel que l’on porte à l’évolution de nos industries du livre. J’espère que les éditeurs prendront conscience de l’importance de ces rencontres parce que, au final, c’est ce qui restera, au-delà du caractère après tout éphémère d’un salon du livre. C’est aussi une attente du public qui subit un prix du livre français inabordable pour l’extrême majorité des lecteurs. Ce qui est dommage pour la diffusion et le rayonnement de l’édition française.

 

Ce n’est pas la première fois que des rencontres de ce type ont lieu. Ce n’est pas pour autant que les choses avancent comme on le souhaiterait, aussi bien au niveau de la cession des droits, de la traduction, que des coéditions. Certes, les deux marchés n’ont rien de comparable. L’édition française est l’une des plus dynamiques et réputées au monde. Sa consœur marocaine est jeune, souffre d’un manque de professionnalisme, d’un lectorat limité, de canaux de distribution et de diffusion parfois approximatifs, voire inexistants à l’international. Cependant, des signes encourageants sont à signaler, notamment grâce au fonds de soutien à l’édition mis en place par le ministère de la Culture, et qui vise la mise à niveau du secteur. Mais il ne faudrait pas tomber dans l’assistanat, et réfléchir rapidement à une politique de soutien de la demande en promouvant la lecture, le livre à l’école, le prix unique du livre, etc.

 

Il faudra par conséquent tenir compte de l’ensemble de ces paramètres pour imaginer les collaborations possibles. Pour accompagner cette dynamique. Dans une perspective à moyen et long terme et avec une stratégie gagnant-gagnant. Il existe des griefs de part et d’autre, ce que je comprends. On peut espérer que ce moment privilégié de rencontre permettra un dialogue constructif.

 

Je forme le vœu, s’il devait rester une seule chose de cette belle manifestation de rencontre entre les lettres marocaines et françaises, de voir se mettre en place un véritable partenariat durable autour de la question de la traduction. Dans les deux sens, cela va de soi. Nous pouvons ainsi imaginer un fonds dédié à la traduction, des bourses attribuées à des étudiants en traduction, des aides à destination des organismes de recherche en la matière, etc. Traduire des auteurs et des histoires, c’est traduire des univers, des imaginaires, des sensibilités. C’est, in fine, donner au public la possibilité de découvrir l’autre, de le connaître, de le comprendre et donc de le respecter. Par les temps qui courent, il s’agit d’une œuvre urgente de salubrité publique.

 

- Younès Ajarraï

 

Younès Ajarraï est le commissaire général du Pavillon du Maroc à Livre Paris 2017. Membre du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), il a coordonné plusieurs colloques, publications et expositions au Maroc et à l’étranger. Il est le fondateur et responsable du Pavillon des cultures arabes au Salon du livre de Genève depuis 2014.



mars 2017