Articles

Imprimer Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn

Compte rendu

Un programme d'échanges franco-chinois à Paris

décembre 2015

Au lendemain de la Foire du livre de Francfort, les représentants du China Welfare Institute (CWI) sont venus à Paris pour un programme de deux jours d’échanges avec des professionnels de l’édition jeunesse.

 

Avec en introduction une présentation du secteur du livre en France par Jean-Guy Boin, directeur général du BIEF, il s’est poursuivi par des séances de travail avec des éditeurs et responsables de droits au BIEF ou dans les maisons d’édition elles-mêmes. Tous les types de maisons – de celles rattachées à de grands groupes à de petites structures – étaient représentés.

 

M. Kan, secrétaire général du CWI et directeur de la maison d’édition CWI Publishing House, située à Shanghai, était accompagné (entre autres) des deux éditrices Doris Huang et Cao Ying. Ils ont été impressionnés par la variété et la qualité de la production française, ont pris quantité de photos et sont repartis avec des "échantillons". Ils ont également pu présenter une sélection de leurs titres dont certains ont remporté des prix en Chine, et pour lesquels certains éditeurs français ont également demandé des copies. À suivre…                                          

                

 

Questions à M. Kan, directeur de China Welfare Institute Publishing House

 

BIEF : Pourriez-vous nous présenter la maison CWI ?

 

M. Kan : China CWI Publishing House est née de la fusion de Children’s Epoch Magazine House et de China Welfare Institute Publishing House, fondées respectivement en 1950 et 2007. Son activité s’exerce dans les domaines de l’édition de presse et de livres. S’étant donné pour mission d’ "apporter aux jeunes les valeurs les plus importantes", la maison a édité et produit plus de 800 livres de domaines divers, tels que l’éducation préscolaire, la littérature pour la jeunesse, le savoir scientifique.

 

Fondée par Mme Soong Ching Ling, présidente honoraire de la République populaire de Chine, le China Welfare Institute se consacre à des projets concernant la santé et le bien-être, l’éducation et la culture, des femmes et des enfants.

 

BIEF : En ce qui concerne les traductions, quels genres de livres recherchez-vous ?

 

M. K. : Je suis attentif aux ouvrages qui considèrent les relations humaines (dans la vie de famille notamment), à ceux qui rendent compte de l’expression artistique et culturelle contemporaine aussi bien que classique à des albums qui portent une dimension universelle, et à toutes les formes de pop-ups créatifs.

Nous recherchons des titres aux caractéristiques françaises marquées, qui font écho à leurs singularités culturelles, des livres grand public, comme les dictionnaires des chefs-d’œuvre, des poèmes, de la musique, etc., mais aussi des livres de savoir avec de bons outils pédagogiques.

 

BIEF : Pourquoi tant d’achats de droits de livres pour la jeunesse français par les éditeurs chinois ?

 

M. K. : Selon moi, il y a plusieurs raisons à cette attractivité. La France représente une diversité culturelle (en dehors des pays anglophones). La littérature française et sa tradition créatrice ne peuvent qu’enrichir les livres pour enfants. Les éditeurs français sont à l’avant-garde de la publication d’albums originaux, de littérature pour la jeunesse et de pop-up books, et nous avons des choses à apprendre de leur expérience et de leurs réalisations.

La France joue un rôle prédominant dans la promotion de la littérature pour la jeunesse à l’international, et les éditeurs de ce domaine participent activement aux échanges multilatéraux.

Nos collègues français aiment beaucoup leur métier. Des responsables éditoriaux aux responsables de droits, tous sont les meilleurs promoteurs de leur production !

Les livres français sont très attentifs aux niveaux de développement des enfants, d’où leur bonne appréciation par les parents chinois.

 

BIEF : Quelles sont les autres occasions de rencontrer des partenaires français ?

 

M. K. : En dehors de mes déplacements à l’étranger, je les rencontre dans les grandes foires internationales. Récemment, c’est le monde de l’édition française qui est venu à Shanghai, un mouvement accentué par la tenue, dans cette ville, de la Foire pour la jeunesse et par leur présence dans le "fellowship". Ce programme leur permet de nouer des contacts directs avec des éditeurs et des libraires.

 

BIEF : Avez-vous été satisfaits de ces journées passées avec les professionnels français ?

 

M. K. : Oui, très satisfaits. Avoir eu l’occasion en si peu de temps de communiquer de façon rapprochée avec une vingtaine d’éditeurs français s’est montré vraiment efficace et fructueux. Et je pense que les maisons françaises participantes ont eu le même sentiment… Nous avons été impressionnés, redisons-le, par leur passion pour leur métier, mais aussi par une bonne perception du créneau qu’ils occupent sur le marché.

Les thèmes abordés dans les livres pour enfants sont riches, les éditeurs choisissent souvent l’originalité comme critère, tant dans les albums que dans les livres à lire et les pop-ups, ce qui est d’ailleurs la marque de fabrique et l’atout français sur le marché.

Le BIEF joue un rôle important dans le développement des coopérations internationales des éditeurs français. Mon attente par rapport à ce programme de rencontres, proposé par le BIEF, est de permettre de construire à terme une plateforme permanente de dialogue entre éditeurs, professionnels des droits français et chinois, avec le soutien d’autres éditeurs de Shanghai et de leur association. Et je suis certain que les relations s’installeront dans la durée et déboucheront sur des partenariats concrets.

 

J’aimerais évoquer deux autres sujets. Lors de mon séjour parisien, j’ai posé la même question à différents éditeurs : "Est-ce qu’en France aussi les enfants ont tendance à utiliser des supports électroniques de plus en plus tôt ?". "Oui !" fut la réponse unanime. Pourtant, j’ai pu observer que mes collègues français travaillaient patiemment et inlassablement à des ouvrages papier. Ils se donnent aussi pour rôle de faire lire au-delà des attentes des consommateurs, qui après tout ont besoin des éditeurs pour cela.

 

Je voulais parler aussi de la place particulière des albums sans texte, qui permettent aux enfants et aux parents de "partager une histoire à égalité". Et j’ai été impressionné par ce qui se fait dans ce domaine en France ; en Chine, nous devons les importer.

La lecture de La Chasse de Margaux Othats en a encore été pour moi un bel exemple. À l’aide de croquis rapides, d’images répétées légèrement modifiées, l’histoire raconte le courage et la persévérance du jeune protagoniste, seulement avec des images !

 


Propos recueillis par Catherine Fel, remerciements à Doris Huang pour sa collaboration.)
déc. 2015
Précédent Suivant