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Compte rendu

29e Rencontre internationale des directeurs de droits : projecteurs sur la France et l'Asie du Sud-Est

décembre 2015

La France, l’Asie du Sud-Est et un point sur l’édition numérique étaient les principaux sujets abordés cette année lors de la 29e Rencontre des directeurs de droits de la Foire du livre de Francfort.

 

Le 13 octobre 2015, 175 d’entre eux venus de 38 pays ont assisté à ce rendez-vous qualifié par Bärbel Becker, directrice des projets internationaux à la Foire de Francfort, de "central" avant l’ouverture de la foire.

 

"It’s easier than you think" : vendre des droits en France est plus simple que l’on ne croit

Les échanges de droits avec la France ont été au cœur des discussions. Deux ans avant l’invitation d’honneur de la France à Francfort, les professionnelles françaises présentes se sont donné pour mission de convaincre l’auditoire qu’il n’est pas si difficile de travailler avec la France et ont remis en question certains clichés.

C’est à travers ses spécificités qu’Anne-Solange Noble, directrice des droits chez Gallimard, a présenté le marché français en introduction. Celui-ci, a-t-elle expliqué à son auditoire étranger, repose sur une forte tradition littéraire qui se traduit notamment par la "Rentrée littéraire", ainsi que par un lien privilégié entre l’éditeur et l’auteur. Ce dernier ne recherche donc pas forcément l´intermédiaire des agents, que l´on compte "sur les doigts d’une main", situation qui explique aussi qu’il y ait relativement peu de "subagents", que l’on compte "sur les doigts de deux mains. Si vous vous sentez plus à l’aise de les utiliser, n’hésitez surtout pas, mais sachez qu’en France, ce n’est pas une obligation si vous préférez le rapport direct avec l’éditeur", a-t-elle indiqué. Par ailleurs, elle a souligné que la loi Lang du 10 août 1981 a permis de préserver l’indépendance des librairies, sauvegardant ainsi les défenseurs de la littérature en traduction et donc de la diversité culturelle.

 

Les best-sellers français sont souvent différents de ceux d’ailleurs mais, s’il est vrai que le marché français est singulier, il n’est pas pour autant difficile d’accès, car il est "particulièrement ouvert à la littérature du monde" et bénéficie d’atouts comme les aides à la traduction et aux librairies. Enfin, Anne-Solange Noble a rappelé qu’il faut de 18 mois à deux ans pour publier une traduction. "C’est donc maintenant qu’il faut développer vos rapports avec la France, invitée d’honneur en 2017 à la Foire de Francfort", a-t-elle conclu dans un esprit de dynamisation des échanges.

 

Rebecca Byers, directrice des droits chez Perrin, l’a relayée dans cette mobilisation. Elle a mis en avant la part des traductions (près de 18% des titres publiés) dans le marché du livre français, deuxième en Europe après l’Allemagne, et cinquième dans le monde avec 4,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. À travers les maisons d’édition et collections de littérature étrangère existantes, parfois spécialisées par région du monde, ce sont près de 40 langues qui sont traduites vers le français. Ce secteur bénéficie aussi du soutien d’institutions comme le Centre national du livre et de prix littéraires dédiés (Femina étranger, Médicis étranger). Enfin, les éditeurs français sont les deuxièmes acheteurs de droits jeunesse après l’Allemagne. "Des libraires enthousiastes, des lecteurs et des éditeurs ouverts d’esprit" rendent le marché dynamique et accessible, a conclu Rebecca Byers.

 

Anne Michel, responsable de la littérature étrangère chez Albin Michel, a ensuite illustré l’ensemble de ces propos de façon plus personnelle par "dix commandements" à suivre pour vendre des droits en France : bien connaître le catalogue de l’éditeur français, donner le plus d’informations possibles sur le livre et son auteur, ne pas essayer de survendre un titre, envoyer un extrait de traduction et accorder du temps pour la réponse. Le lien fort entre l’éditeur et l’auteur étranger publié doit être bien apprécié, et l’option sur les titres suivants du même auteur respectée. Il est illusoire de croire qu’un livre dont l’action se déroule en France se vend facilement, mieux vaut tenir compte a contrario de l’intérêt des lecteurs français pour les singularités des pays étrangers et qu’ils aiment toujours qu’on les surprenne ! Ces conseils devraient éviter ce que d’aucuns appellent le "French Kiss of Death", qui signifie qu’un titre vendu en France ne se vendra pas forcément ailleurs, et vice versa, singularité oblige !

 

Concernant la traduction à l’échelle européenne, Jens Nymand-Christensen, directeur général adjoint à la Direction générale Éducation et Culture de la Commission européenne, a conclu cette première partie par la présentation du prix de littérature de l’Union européenne (European Union Prize for Literature). Créé en 2009, il fait connaître de jeunes auteurs hors de leurs frontières et s’inscrit dans le programme de soutien à la culture et à la traduction "Europe créative", doté d’un budget 2014-2020 de 1,46 milliard d’euros*.

 

Marchés du livre en Asie du Sud-Est : quelles approches ?

En introduction de cette seconde partie, Michael Healy, directeur des relations internationales du Copyright Clearance Center (équivalent américain du CFC – Centre français d’exploitation du droit de copie), a fait le bilan de la mise en place et du respect du droit d’auteur à Singapour, en Malaisie, au Cambodge, en Thaïlande, au Vietnam, au Laos, au Brunei, aux Philippines, en Birmanie et en Indonésie, dix pays membres de l’ASEAN. Presque tous ont signé la Convention de Berne et l’Accord sur les ADPIC**, sont membres de l’OMC et ont su en apparence développer une bonne législation pour protéger le droit d’auteur (sauf la Birmanie). Quelques progrès sont faits en Malaisie contre le piratage et en Indonésie, grâce à la Copyright law de 2014, et sont soutenus par la communauté mondiale. Pourtant, seul Singapour est un exemple en termes de respect de la propriété intellectuelle car les ressources financières inadaptées, la corruption, le manque de transparence et la bureaucratie nuisent à l’application des lois dans les autres pays.

 

Pilmoporn Yutsiri, directrice de Turtle Mori Agency (Thaïlande), a présenté le marché du livre en Thaïlande, pays de 66 millions d’habitants, qui réalise un chiffre d’affaires global de 500 millions de US dollars. Sur environ 14 000 titres publiés par an, 40% sont des traductions et le tirage moyen est en général de 3 000 exemplaires. Être conscient des problèmes politiques du pays, se montrer amical et patient et ne pas proposer d’enchères sont les clés pour faire affaire en Thaïlande. En Indonésie, pays-archipel de 17 000 îles et de 250 millions d’habitants, invité d´honneur de la Foire de Francfort cette année, 40 000 titres dont environ 50% de traductions paraissent par an, pour un chiffre d’affaires total de 466 millions de US dollars en 2014. Pilmoporn Yutsiri conseille d’y "trouver de bons partenaires de travail", c’est-à-dire passer par des agents afin de faire face aux différences culturelles et à la bureaucratie.

 

Le marché du livre en Malaisie, qui compte 30 millions d’habitants, dont la production représente 20 000 titres par an pour un chiffre d’affaires de 335 millions de US dollars, a été présenté par Linda Tan Lingard, directrice de Yusof Gajah Lingard Literaty Agency. C’est un pays jeune où la littérature, la religion et les langues sont les principaux secteurs éditoriaux. Ce qui peut améliorer les chances de travailler avec la Malaisie : aller rencontrer les éditeurs, notamment à la Foire de Kuala Lumpur, solliciter des agents sur place et "commencer dès que possible" car les opportunités y sont nombreuses.

 

Les perspectives de développement du marché du livre au Vietnam ont été présentées par Dr. Nguyen Manh Hung, directeur de Thai Ha Books. Dans un pays de 93 millions d’habitants, riche de 12 000 librairies où se retrouvent de multiples langues et influences, le marché est en progression depuis dix ans avec 26 000 titres publiés par an, dont 67% de traductions. L’accès difficile au livre hors les villes et une importante censure d’État – chaque livre doit être approuvé par les services du ministère de la Communication avant d’être imprimé – restent deux écueils à connaître.

 

Pour clôturer cette réunion déjà très dense, Adam Silverman, directeur du développement numérique chez HarperCollins, a proposé son point de vue actuel sur le numérique, sujet au cœur des préoccupations des professionnels à l’international. Selon lui, le public acheteur a pris conscience que les livres ont différentes formes, et le numérique fait désormais partie des stratégies d’acquisition de droits. Il permet d’atteindre un nouveau public et de donner de la visibilité à un titre. Adam Silverman a ajouté que HarperCollins propose maintenant un nouveau modèle de diffusion d’e-books, via une souscription à la plateforme de partage de documents en ligne Scribe, et a synchronisé ses publications dans le monde anglophone afin de mieux communiquer à l’international.


Chloé Verdon, Foire du livre de Francfort
déc. 2015
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