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Le programme Goldschmidt : 15 ans de traduction franco-allemande

juillet 2015

Ce programme, destiné aux jeunes traducteurs venant de France, d’Allemagne et de Suisse, fête ses 15 ans cette année. Depuis sa création en 2000, 150 traducteurs en début de carrière ont pu profiter des ateliers de traduction qui se déroulent chaque année sous la tutelle de traducteurs expérimentés au CITL, à Arles, et au Literarisches Colloquium, à Berlin. Le programme, parrainé depuis 2007 par l’auteur et traducteur franco-allemand Georges-Arthur Goldschmidt, propose également des rencontres avec des éditeurs, des responsables de droits, des agents et des scouts littéraires en France et en Allemagne, pour que les participants découvrent les structures éditoriales et établissent des contacts professionnels pouvant être décisifs pour la suite de leur parcours.

 

250 auteurs francophones et germanophones passés de part et d’autre du Rhin

Bien identifié par les professionnels du livre français et allemands, le programme bénéficie aujourd’hui d’une certaine notoriété et la liste des traductions publiées par les "traducteurs Goldschmidt" est impressionnante.

Ce sont plus de 100 titres qui ont été traduits de l’allemand vers le français depuis 2006, dont des auteurs classiques comme Rosa Luxemburg et d’importants auteurs contemporains tels Paul Nizon, Hans-Ulrich Treichel ou Ferdinand von Schirach. Dans l’autre sens, plus de 150 auteurs francophones ont été traduits vers l’allemand dont Emmanuel Carrère, Mathias Malzieu, Cécile Wajsbrot, Laurent Gaudé et David Foenkinos, pour n’en citer que quelques exemples.

 

Coorganisé par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ), le BIEF et la Foire du livre de Francfort, le programme Goldschmidt s’est ouvert, en 2012, à la Suisse, avec le soutien de la fondation Pro Helvetia. Ainsi, les traductions des auteurs suisses Lukas Hartmann, Eleonore Frey et Hermann Burger ont été effectuées pendant le programme.

 

Un programme qui fait école

Grâce à ce programme, la traduction n’est plus une activité solitaire. Sa particularité – faire travailler en tandem un traducteur germanophone avec son homologue francophone –, a d’ailleurs fait école. Et la Fabrique des traducteurs au CITL, à Arles, et l’École de traduction littéraire, proposée par le Centre national du livre, s’en sont inspirées, tellement il est bénéfique pour un traducteur d’avoir un collègue de langue maternelle à ses côtés pour pouvoir échanger sur des difficultés et les subtilités de style.

 

La promotion fait aujourd’hui partie du travail

Le programme Goldschmidt a également réussi à sortir les traducteurs de l’ombre. Trop longtemps effacés, ils montent de plus en plus souvent sur scène pour promouvoir leur travail. Depuis plusieurs années, il existe un partenariat avec le stand du CNL au Salon du livre de Paris, où sont présentées les traductions effectuées pendant le programme. Côté allemand, une collaboration a très vite été mise en place avec les stands d’Arte sur les Foires du livre de Francfort et de Leipzig, qui accueillent chaque année les participants du programme pour des lectures bilingues. Cette année, y étaient invités l’auteur est-allemand Clemens Meyer et son tandem de traducteurs franco-allemand, Alexandre Pateau et Sven Wachowiak, pour présenter la traduction du roman Quand on rêvait, qui a connu un énorme succès en Allemagne (Fischer). Meyer y raconte les rêves et les désillusions d’un groupe de jeunes qui vit l’avant et l’après chute du mur dans un quartier ouvrier de Leipzig. Le livre a été adapté au cinéma. Présenté à la Berlinale cette année, le film sortira bientôt également en France.

 

La langue originale étant étroitement liée à une époque et à la culture est-allemande que les deux traducteurs n’ont pas connues eux-mêmes, la traduction, parue en avril 2015 aux éditions Piranha, était un véritable défi. Le BIEF a donc organisé une nouvelle lecture en présence de l’auteur et des traducteurs en collaboration avec la Librairie polonaise (Paris), car il est important que leur travail soit visible également en dehors des grandes foires de Leipzig, Paris et Francfort.

 

Vers un travail scénique

Mais ce sont avant tout les traducteurs expérimentés, qui encadrent les ateliers de traduction à Arles et à Berlin, qui ont fait évoluer le programme Goldschmidt dans ce sens. Grâce à leur engagement, la présentation des textes traduits qui, traditionnellement, clôt le programme a pris aujourd’hui la forme d’une lecture scénique digne d’être présentée à un plus large public.

 

Chose faite pour la première fois cette année grâce au nouveau partenariat avec l’Institut Goethe qui a accueilli les traducteurs dans sa bibliothèque. Cette lecture mise en scène par Yasmin Hofmann et Frank Heibert, tous les deux tuteurs de 2013 à 2015, offrait une excellente occasion de plonger au sein de différents univers littéraires dans les deux langues.

 

D’autres collaborations avec des institutions culturelles seront envisagées pour la suite de ce programme qui, malgré la difficulté de faire passer les littératures germanophone et francophone dans le pays voisin, a réussi à s’y faire une très belle place.


Katja Petrovic
juil. 2015