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Compte rendu

59e Foire internationale du livre de Belgrade : un accès privilégié aux lecteurs

décembre 2014

La Foire s’est tenue du 26 octobre au 2 novembre 2014 sous la coupole du traditionnel Parc des expositions de Belgrade.
Elle accueille chaque année environ 150 000 visiteurs qui viennent parcourir les 900 stands d’exposants – dont environ 50 stands d’éditeurs étrangers.

 

Le BIEF disposait d’un stand de 45 m², tenu en partenariat avec l’Institut français de Serbie et la librairie Delfi sur un espace européen (EUNIC) où l’on pouvait également retrouver le Goethe Institut, le British Council, le Forum culturel autrichien et l’Instituto Cervantes.


Pour la première fois cette année, l’espace EUNIC avait été déplacé du hall 4 vers le hall 2, celui-ci davantage fréquenté par le public serbe, car il accueille un grand stand de l’une des deux principales chaînes de librairies, Delfi qui propose pendant la durée de la foire d’importantes remises.

De plus, le hall 2 était en très grande partie occupé par l’imposant stand de la Chine, invité d’honneur de la Foire cette année.


Les thèmes majeurs de la foire
D’après plusieurs éditeurs serbes consultés, cette invitation d’honneur, avec la présence d’une importante délégation d’éditeurs et d’auteurs chinois, reflète effectivement une montée d’influence de la Chine dans l’édition serbe. Les aides publiques chinoises octroyées aux éditeurs serbes qui traduisent depuis le chinois sont importantes, et de plus en plus d’éditeurs se penchent ainsi sur les catalogues de leurs homologues chinois.

 
Les éditeurs serbes s’intéressent également beaucoup à la production éditoriale française, notamment en BD, jeunesse et sciences humaines et sociales. Selon Sonja Filipovic l’Institut français de Serbie reçoit 30 à 40 demandes d’aides par an, émanant des éditeurs serbes pour des traductions d’ouvrages français, et parvient à satisfaire ces demandes à hauteur de la moitié environ. Ces aides concernent majoritairement des ouvrages de SHS, plus difficiles à faire exister sur le marché serbe que des ouvrages de littérature ou de jeunesse. Parmi les derniers titres français traduits – ou en cours de traduction - ayant reçu une aide de l’Institut français, notons par exemple : Le Phénomène érotique de Jean-Luc Marion, Éloge du théâtre de Laurent Badiou, Le capital au XXIe siècle de Thomas Piketty, ou encore Anthropologie de la globalisation de Marc Abeles.

 

Une autre thématique, très développée lors de cette foire, fut le centenaire de la Première Guerre mondiale. Une table du stand français était entièrement consacrée à une sélection de titres sur la Grande Guerre, plusieurs éditeurs ayant ainsi pu choisir de mettre en avant leur production relative à cette période historique.


Le rôle commercial de la foire
La Foire du livre de Belgrade est un moment capital pour les éditeurs serbes, concernant la commercialisation de leurs ouvrages.
En effet, outre les deux chaînes de librairies, Delfi et Vulkan, les points de vente se font rares.
 
Et l’une comme l’autre étant également des éditeurs, respectivement éditions Vulkan et éditions Laguna, la place accordée aux autres éditeurs dans les rayons de leurs points de vente n’est donc pas toujours évidente. Encore moins pour des titres à rotation plutôt lente qui, au milieu des articles de papeterie et des bibelots parfois très présents dans ces commerces, ne sont pas très bien mis en valeur.


Ainsi, certains éditeurs serbes expliquent réaliser jusqu’à près de 50% de leur chiffre d’affaires durant la semaine de la Foire du livre. C’est un moyen pour eux d’avoir un accès privilégié aux lecteurs et de faire également des ventes directes auprès des institutions ou bibliothèques. Le salon est donc un lieu très fréquenté par les directeurs de maisons d’édition qui enchaînent les rendez-vous professionnels, surtout d’ordre commercial.

 

Le public serbe attend souvent, quant à lui, le moment de la Foire de Belgrade pour faire ses achats de livres pour l’année. La "journée des familles" voit par exemple affluer un très grand nombre de visiteurs, qui repartiront pour beaucoup avec des caddies pleins de livres.


Il existe donc une forme de "concurrence" entre les ventes en librairie au fil de l’année et les ventes durant le salon, où d’ailleurs les exposants sont aussi bien des éditeurs que des libraires, chacun vendant, ainsi, les mêmes titres (en partie au moins) et rivalisant sur le niveau des remises accordées. Hors foire du livre, les éditeurs moins grand public que Laguna, comme Paideia, Albatros ou Clio, sont dans l’obligation de promouvoir au maximum leurs ouvrages et leurs auteurs : ils multiplient les signatures, les conférences et les "petites foires" au sein des universités du pays.


En effet, la Serbie compte à peine 7 millions d’habitants, et les éditeurs impriment à un tirage minimum de 1 000 exemplaires, quelquefois 500. Il faut donc redoubler d’effort pour "mettre les livres sous les yeux des lecteurs". D’autant que l’éclatement du marché "yougoslave" a rendu plus difficile d’accès les territoires croate, bosniaque et monténégrin du fait d’une volonté politique forte de différenciation linguistique.


Claire Mauguière
déc. 2014