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Compte rendu

28e réunion internationale des directeurs de droits à la Foire du livre de Francfort 2014 : le futur au centre des préoccupations

décembre 2014

Dès le début de son intervention, intitulée "Le futur des droits dans un monde de contenu mondialisé", c’est à une évolution probable du marché anglo-saxon que s’est intéressé Richard Charkin. Celui-ci connaîtrait une "surproduction", due à l’essor de l’autopublication, à la baisse des prix et à la concentration des points de vente. Le numérique ayant rendu les frontières de plus en plus poreuses (20% des ventes en Australie proviennent ainsi des États-Unis et du Royaume-Uni), mettant par là même en danger les revenus des éditeurs, il a estimé que ces derniers devaient se tourner vers de nouvelles stratégies. En effet, il sera dans le futur toujours plus difficile de vendre des droits aux éditeurs anglophones et bien plus rare encore de pouvoir diviser ces droits entre les pays anglophones.

 

C’est ce qui motive Richard Charkin en donnant ces conseils draconiens : cesser de s’épuiser à vendre les droits aux éditeurs anglophones, faire traduire les œuvres des auteurs les plus importants en anglais, les publier sur les marchés anglophones et s’en servir pour toucher de nouveaux marchés linguistiques. Selon une adresse directe de Charkin aux participants, c’est la seule manière de sauvegarder "leur principal atout : la relation avec leurs auteurs". Les réactions furent nourries parmi l’assistance, lui reprochant de sous-estimer combien vendre les droits anglais facilite l’accès à d’autres marchés linguistiques.


L’Amérique latine hispanophone : une seule langue, mais des marchés hétérogènes et en croissance

 

Alors que l’espagnol devrait supplanter l’anglais en tant que langue la plus parlée dans le monde en 2020, la seconde partie de la conférence s’est focalisée sur l’Amérique latine hispanophone et l’hétérogénéité de ces marchés. En effet, bien qu’ils partagent la même langue, "nos lectorats n’ont pas toujours les mêmes centres d’intérêt", selon l’intervenante argentine Trini Vergara (présidente de V&R Editoras), "ils n’aiment pas forcément les mêmes auteurs, ne sont pas non plus sensibles aux mêmes graphismes et, surtout, n’utilisent pas toujours les mêmes mots et expressions !"

 

Hugo Setzer (président de Manual Moderno, Mexique) a abordé le marché mexicain en le présentant sous l’angle de l’édition scolaire et STM, domaines de publication de sa maison. L’édition mexicaine est dominée par un petit nombre de grandes maisons d’édition (4%) qui publient 80% des livres vendus. Le gouvernement est un acteur incontournable dans le paysage éditorial : il achète non seulement 39% de la production totale pour distribuer ensuite les livres gratuitement dans les écoles et bibliothèques, mais publie lui-même plus de la moitié de la production annuelle de livres à destination des écoles primaires.

La hausse des ventes numériques (plus 60% en 2012) offre aux éditeurs de STM de nouvelles opportunités. Alors que la production de livres numériques dans cette branche s’est accrue de 200% en 2012, ce secteur génère à lui seul 90% des ventes totales de livres numériques, un pourcentage que Hugo Setzer s’attend à voir croître dans les prochaines années.

 

Toujours à propos du Mexique, Cristobal Pera (directeur éditorial chez Penguin Random House Mexique) a détaillé les particularités structurelles du marché du livre au Mexique. En dépit d’un taux d’alphabétisation très élevé, les Mexicains ne sont pas de gros lecteurs. Les best-sellers étrangers traduits y sont particulièrement populaires, tout comme les livres pratiques de spiritualité et de développement personnel, mais dernièrement c’est la littérature pour les jeunes adultes qui est en forte croissance. Cristobal Pera a évoqué aussi les liens étroits qu’entretient l’édition mexicaine avec l’Espagne : les principales maisons d’édition dépendent des achats de droits de leur maison mère espagnole. La crise en Espagne change cependant la donne et les éditeurs mexicains obtiennent une plus grande marge de manœuvre, en particulier pour les titres de non fiction ou portant sur le Mexique. Par ailleurs, la proximité avec les États-Unis fait du Mexique le leader pour les livres numériques de langue espagnole en Amérique latine, dont les ventes sont encore timides au Mexique (moins de 1%).
 

Maria Villegas (éditrice chez Villegas Editores), de son côté, a exposé les difficultés d’un marché colombien où on lit peu – 1,9 livre par personne et par an – et où le piratage affecte 20% de l’industrie du livre. Elle a cependant souligné la forte croissance du marché du livre, la deuxième enregistrée à l’échelle mondiale après la Chine. En outre, l’État soutient la production éditoriale en supprimant toutes les taxes sur les livres publiés et imprimés dans le pays et en achetant 5 à 10% du total des ventes.

 

L’Argentine se distingue de ses voisins par un atout sur lequel a insisté Trini Vergara : une forte pratique de la lecture. Les ouvrages de non fiction sont les plus populaires, réalisant 60% des ventes. En dépit d’une crise financière qui bloque les relations avec l’extérieur, l’Argentine est, avec 23% des ventes totales, le deuxième marché du livre d’Amérique latine après le Mexique (54%), avant la Colombie (10%). 90% du marché hispanophone regroupe l’Espagne (45%) et ces cinq pays majeurs (45%).


Le marché argentin est marqué par une forte concentration : 60% du marché de l’édition de littérature appartient désormais à des entreprises espagnoles, parmi lesquelles Planeta et Penguin Random-Alfaguara sont responsables de près de la moitié des ventes. Décrivant un "présent compliqué" et un "avenir proche plein de promesses", Trini Vergara a invité l’audience à "ne pas passer à côté" de ce marché.

 

Oscar Castillo Rojas (directeur d’Uruk Editores, Costa Rica) et Salvadora Navas (directeur exécutif d’Anama Ediciones, Nicaragua) ont abordé avec Beatriz Coll, la modératrice, la place des petits pays d’Amérique centrale dans le marché global d’Amérique latine. Souvent assimilés à des satellites des marchés plus importants tels que le Mexique, la Colombie ou l’Argentine, les éditeurs y concentrent plutôt leurs efforts sur le marché local, se portant tout au plus acquéreurs des droits à l’échelle régionale. La conférence a pris fin sur les expériences de Martina Nommel, agente (Martina Nommel Literary Agency, Allemagne et Espagne), et Andrea Joyce (Canongate Publishing, UK), qui ont confirmé l’attractivité de l’Amérique latine, où les tirages sont plus importants qu’en Espagne. Elles déconseillent de proposer des livres trop longs, recommandent de ne pas négliger l’importance des ventes gouvernementales et de ne pas hésiter à vendre les droits séparément pour chaque pays.

 


Mathilde Sommain, Foire du livre de Francfort
déc. 2014
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