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Portrait et entretien de professionnels

Entretien avec Vera Michalski-Hoffmann, présidente du BIEF

janvier 2014

En 1987, Vera et Jan Michalski, fondateurs de la maison Noir sur Blanc à Lausanne – qui devaient par la suite ouvrir un bureau à Paris – se rendaient à leur premier Francfort avec quatre livres traduits du polonais exposés sur un petit stand. "Pour nous, pas de doute, il fallait y être", raconte Vera Michalski. C’était une façon d’ancrer leur projet à l’international et, plus précisément à ce moment-là, de profiter d’un des seuls moments où les éditeurs polonais se déplaçaient à l’étranger.

Beaucoup sont venus les rencontrer et, pour Vera Michalski, c’était une vraie réussite de se faire connaître et de mieux les connaître. Vingt-six ans plus tard, la littérature étrangère reste un domaine important dans les catalogues du groupe d’édition international indépendant Libella, dont Vera Michalski est la présidente* : notamment dans celui de Buchet-Chastel, qui propose des traductions étrangères d’auteurs emblématiques du monde entier, ou dans celui de Noir sur Blanc, maison dédiée à l’origine aux auteurs des pays de l’Est traduits du polonais, du russe, de l’ukrainien… Mais aujourd’hui les cessions s’y sont développées, aussi bien pour les auteurs de la Collection grise, que Buchet a choisi de relancer, que pour des auteurs de littérature française de Noir sur Blanc qui peuvent connaître le succès à l’étranger. Avant, "on achetait, on vendait peu."

Une évolution de l’activité des droits étrangers, soulignée par Vera Michalski, qui place son entreprise au cœur des échanges éditoriaux et des problématiques qui s’y rattachent, autant dire au centre des préoccupations du BIEF.

 

Élue à la présidence du BIEF en mars 2013, Vera Michalski se réjouit de l’affluence sur le stand du BIEF à la Foire de Francfort, de "la densité des rendez-vous et des échanges qui s’y tiennent", comme signe de ce rayonnement particulier de la France à l’étranger. Parmi les stands collectifs, le stand du BIEF lui semble l’un des plus animés de la foire, en ce qu’il fait la part belle aux éditeurs, à leur production, à leur métier… "C'est tout sauf un stand institutionnel à l’espace vide", on y voit des livres, plein de livres. Le rôle collectif du BIEF est alors pleinement rempli, comme lieu de la diversité éditoriale française. Et c’est ce qui se reproduit au cours de diverses foires comme Pékin ou Séoul, où l’affluence sur le stand français a frappé les esprits.

 

Le BIEF est ainsi comme un écho collectif de "la présence forte de l’édition française à l’international". La langue française, certes loin derrière la langue anglaise, est la deuxième langue traduite dans le monde. Pour la présidente du BIEF, qui voyage beaucoup et parle cinq langues, l’international est un credo. L’acte de publier ne prend peut-être tout son sens que lorsqu’il est synonyme d’être une passerelle "entre les pays francophones, ceux de l’Europe de l’Est et le monde entier avec ses horizons prometteurs…"

C’est dans cet esprit d’ouverture que Vera Michalski a créé en 2007 la Fondation Jan Michalski, du nom de son mari disparu en 2002, qui soutient la création internationale en matière d’écriture et de littérature. La fondation, dont les bureaux sont accueillis par la Maison de l’écriture à Montricher en Suisse, décerne depuis quatre ans un prix littéraire d’auteurs issus du monde entier.

 

Comment aider au maintien de cette position privilégiée ? Comment fidéliser des partenaires étrangers ? En la matière, "en dehors du travail en interne que fait chaque maison", pour Vera Michalski "le BIEF fait ce qu’il doit faire : persévérer dans l’établissement et le renforcement des contacts". Les rencontres professionnelles qu’il organise maintenant régulièrement en sont l’un des moyens privilégiés, il n’est que de voir leur succès auprès des éditeurs participants étrangers comme français.

Même si les éditeurs français ont accru et diversifié le nombre de leurs partenaires étrangers avec des pays entre autres comme la Turquie ou l’Argentine, "qui achète en sciences humaines et en musique sous la forme d’une addition de petits contrats", une autre façon de travailler, précise Vera Michalski, la difficulté de pénétrer le marché américain reste, elle, constante. Et Vera Michalski y voit une logique à une participation accrue des éditeurs français dans l’activité de la French Publishers’ Agency, filiale du BIEF basée à New York, qui réalise une prospection ciblée pour les titres français sur ce marché rétif.

 

Un autre rôle du BIEF, depuis quelques années, est d’organiser ou de participer à des rencontres autour de thèmes d’intérêt général de la profession, comme le fonctionnement de la chaîne du livre en France, notamment dans son cadre législatif et juridique (prix fixe et droit d’auteur), ou l’édition numérique (par exemple il y a peu de temps à Buenos Aires et à Rio de Janeiro). Le BIEF est de plus en plus sollicité par les instances concernées de pays voulant consolider leur marché du livre, la plupart du temps les associations professionnelles d’éditeurs. Ainsi Vera Michalski a-t-elle participé, lors du dernier Salon de Cracovie, à une table ronde sur le projet de prix unique en Pologne. Tandis que Jean-Guy Boin, directeur général du BIEF, était intervenu sur le même sujet quelque temps auparavant à Varsovie, à la demande de l’association des éditeurs polonais. C’est un sujet important pour Vera Michalski, P-D G d’un groupe qui détient la maison Oficyna Literacka-Noir sur Blanc à Varsovie et collabore étroitement avec Wydawnictwo Literackie à Cracovie, et qui précise que "quelquefois les éditeurs polonais n’impriment toujours pas le prix du livre sur la couverture…"

 

Ce sont ces différentes missions que Vera Michalski souhaite voir poursuivre au BIEF. Avec un budget qui reste stable, le BIEF doit continuer ses actions et les renforcer, dans la mesure où certaines nécessitent du temps. À l’image de la politique d’auteurs, recherchée par Vera Michalski dans son activité éditoriale, "le BIEF doit creuser des sillons".

 

 

* Le groupe d’édition Libella regroupe des maisons de littérature française et étrangères, de récits de voyage, d'essais et documents, de musique, d'écologie, de livres illustrés et de loisirs créatifs (Buchet-Chastel, Phébus, Noir sur Blanc, Maren Sell, Les Cahiers dessinés, Le Temps apprivoisé et Libretto), ainsi que la Librairie polonaise située boulevard Saint-Germain à Paris.


Catherine Fel, d’après un entretien avec Vera Michalski-Hoffmann
janv. 2014

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