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Portrait et entretien de professionnels

Questions à Marc Pedone (Éditions Pedone) et Laurence Leclercq (Dunod) : de quelques atouts de la France en Chine

septembre 2013

Questions à Marc Pedone, directeur général des éditions Pedone

 

BIEF : Les éditeurs de spécialités ne se déplacent pas souvent sur des foires du livre généralistes. Nous sommes donc ravis de votre participation à la Foire internationale du livre de Pékin. Quel premier bilan en faites-vous ?

 

Marc Pedone : J’ai été très impressionné par le dynamisme déployé par nos confrères présents, et particulièrement par les éditeurs de livres pour enfants.

La demande était d’ailleurs forte, surtout en comparaison avec les stands des autres pays occidentaux. Cet intérêt des éditeurs chinois pour l’éducation française des jeunes enfants a sérieusement de quoi interpeller les éditeurs universitaires français, pouvant y voir le ferment d’un intérêt futur pour les sciences humaines, la littérature, la philosophie et plus globalement la culture et la pensée francophone. Les éditeurs universitaires ont une dizaine d’années pour proposer à cette génération future leurs lectures de demain.

 

BIEF : Nombre de professionnels français présents étaient là pour céder les droits aux professionnels chinois. Qu’en était-il pour les Éditions Pedone, étiez-vous là dans une stratégie d’échanges de droits ou d’export ?

 

M. P. : Les éditions A. Pedone sont relativement atypiques en ce qui concerne leur activité à l’export. Avec une politique éditoriale spécialisée dès les années 1860 dans le droit international, elles se présentent plus de 110 ans après comme l’éditeur francophone indépendant de référence pour les juristes internationalistes qui souhaitent écrire en langue française. Or la langue française  partage avec la langue anglaise le statut de langue de travail des Nations unies depuis la conférence de San Francisco de 1944, et donc nombre d’internationalistes, sud-américains et asiatiques notamment, veillent à lire en langue française et, pour certains, à écrire et à être publié chez un éditeur francophone.

 

Dans le temps de la Foire, des rencontres étaient donc prévues avec des professeurs des universités de droit chinois, afin de voir si leur projet d’ouvrage était concrétisable. Ce fut le cas pour l’un d’eux avec qui nous avons signé un contrat d’édition pour un ouvrage en français qui devrait paraitre fin 2014. D’autres projets sont encore à l’étude, au regard de la difficulté d’écriture directement en français et parfois des sujets traités (les droits de l’homme notamment)…

 

BIEF : Avez-vous, à la suite de ce déplacement, des perspectives de collaborations avec les éditeurs chinois ?

 

M. P. : En ce qui concerne les éditeurs chinois, ma présence au Salon m’a  permis d’apprécier concrètement ce que nous apprenait l’étude du BIEF sur le livre en Chine, et notamment le rôle des éditeurs publics et le fonctionnement des habilitations pour  les importations d’ouvrages imprimés par des importateurs privés - un système d’autorisations relativement complexe. De plus le contact et les discussions avec l’attaché culturel de l’ambassade de France en Chine, Nicolas Idier, dont il faut souligner l’action dynamique et efficace pour la culture française, furent très intéressants pour ma connaissance de ce marché.

 

L’ensemble des informations fournies a facilité mes rencontres avec plusieurs de ces éditions publiques, correspondant à ce que nous pourrions appeler en français les presses universitaires, mais nous n’avons à ce jour rien concrétisé. En ce qui concerne le secteur privé, j’ai pris contact avec des importateurs pour envisager ce que pourrait être l’importation plus systématique de nos ouvrages en Chine même si cette activité est déjà fortement remplie par les grandes agences d’abonnement  internationales .

 

La présentation  d’ouvrages d’auteurs chinois que les éditions A. Pedone ont publiés dans les années 1920-1939 ont favorisé  ces contacts, mais l’ancienneté de ces publications démontre combien ces échanges sont à reprendre depuis le départ !

Il faudra sans aucun doute retourner à une prochaine Foire de Pékin.

 

 

Questions à Laurence Leclercq, responsable des droits étrangers chez Dunod

 

BIEF : Quelles sont vos impressions générales sur la foire de Pékin ?

 

Laurence Leclercq : Mon impression générale a été bonne, alors que je craignais que l’éloignement de la foire du centre de Pékin ne desserve la fréquentation des allées et du stand français. Mais non, il fut même parfois un peu difficile d’y circuler car les éditeurs chinois sont venus nombreux.
Lors de nos rendez-vous, ils se sont montrés motivés, demandeurs et curieux de la production éditoriale française en sciences humaines et sociales et en STM. Le bémol concernerait plutôt l’éclectisme extrême des éditeurs rencontrés ; ils construisent moins une ligne éditoriale qu’ils ne recherchent les succès, quitte à s’éloigner de leur production de référence et à rendre leur catalogue moins cohérent. Il nous devient alors plus difficile de bien identifier nos interlocuteurs et leurs besoins, et nous ne pouvons pas vraiment construire une politique de suivi comme c'est habituellement le cas dans les cessions. Et c'est pourquoi il faut impérativement les rencontrer et établir des contacts personnalisés.

 

BIEF : Dans votre catalogue, quels sont les sujets, les ouvrages qui ont intéressé le plus les professionnels chinois ?

 

L. L. : En STM, ils ont montré un fort intérêt pour les sciences ludiques et une vraie curiosité pour l'œnologie et les ouvrages de vulgarisation. En business et management, ils ont confirmé leur attrait pour le luxe, le merchandising et les marques.

En psychologie, c’est vers la collection grand public "Petites expériences" qu’ils se sont tournés, ainsi que vers les domaines de l'enfance, de la pédagogie et, fait plus nouveau, vers la psychanalyse, une notion à laquelle nos confrères chinois étaient jusque-là peu sensibles. Un exemple en est  fourni dans  notre catalogue par Le Moi-Peau de Didier Anzieu, ouvrage de référence dans ce champ en France et à l’international (Brésil, Allemagne, Grèce, Israël, Italie, Japon, Russie, Espagne, Corée du Sud, Suède, Royaume-Uni et Turquie), qui a retenu leur attention, lors de ce salon… À suivre.

 

BIEF : Votre mission vous a-t-elle amenée à développer des relations avec de nouveaux éditeurs chinois ?

 

L. L. : Oui, et c’est évidemment l’objet de ce déplacement. Nous travaillons avec Denise LU de l’agence Divas, mais il reste très important de pouvoir rencontrer nos interlocuteurs chinois qui se déplacent peu, à Francfort ou à Londres. Il me semble qu’avec la Chine, encore un peu plus qu’ailleurs, une fois le contact instauré physiquement, tout semble par la suite bien plus simple. Ainsi, rencontrer les éditeurs chinois à Pékin, dans leur bureau en amont de la foire, ou au cours du salon BIBF est réellement nécessaire et instructif pour une meilleure compréhension du marché chinois et des attentes des éditeurs.

 


Propos recueillis par Christine Karavias
sept. 2013