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Portrait et entretien de professionnels

La prestigieuse Librairie du Tiers Monde rouvre ses portes au coeur d'Alger

décembre 2006

« Bienvenue dans votre librairie » : c’est par ces mots inscrits en arabe et en français sur une large banderole à l’entrée du magasin que sont accueillis les clients de la nouvelle Librairie du Tiers Monde. Situé sur la place de l’Émir Abd el-Kader – un emplacement à faire pâlir d’envie tout –, le point de vente a rouvert ses portes le 27 juillet dernier, après plus d’un an de fermeture, en présence de nombreux officiels (dont Khalida Toumi, ministre de la Culture). Une fermeture qui n’avait d’ailleurs pas manqué d’inquiéter les professionnels du livre mais aussi le grand public, tant la crainte était forte de voir cette mythique librairie devenir un fast-food autrement plus rentable.

Comme d’autres points de vente issus de l’ENAL, l’ex-réseau des librairies d’État, privatisé au milieu des années 1990, la Librairie du Tiers Monde avait été reprise par six de ses employés, devenus entre-temps copropriétaires. La spéculation immobilière aidant, on pouvait imaginer une tentation de vendre, une fois expiré le délai de six ans imposé lors de la privatisation.

Dans ce contexte, la reprise de la librairie par les éditions Casbah est venue mettre un terme à toutes les rumeurs. En rachetant l’une des plus prestigieuses enseignes de la librairie algérienne, le patron des éditions Casbah, Smaïn Ameziane, a d’emblée proposé à Abderrahmane Alibey d’en prendre la direction. « C’était même l’une des conditions, affirme-t-il, car la librairie doit beaucoup à son travail et à sa personnalité ». Il se défend par ailleurs de faire de Tiers Monde une simple enseigne des éditions Casbah : « tout au plus, sera-t-on assuré d’y trouver la production Casbah ». Pour le reste, il s’agit bien de défendre le projet d’une librairie générale de référence au cœur d’Alger – une librairie « tout public », précise-t-il en plus.

« Le Salon du livre, ce devrait être toute l’année dans les librairies ».
Pour commencer, il a fallu agrandir et rénover le lieu. Mais si l’ambiance et le décor font la fierté de la nouvelle équipe, l’offre de livres en revanche pose problème. Abderrahmane Alibey fait le constat que plus de 80% de son stock initial était écoulé deux mois après l’ouverture. Bien sûr, la production algérienne est au rendez-vous, mais cela ne suffit pas à alimenter les rayons, et la demande en livres importés se fait pressante. « Depuis l’inauguration de la librairie, nous avons fait cinq commandes de réassort en passant par les importateurs. Mais les contraintes sont lourdes, qu’il s’agisse des délais de livraison ou des prix ».

Abderrahmane Alibey comme Smaïn Ameziane sont désormais convaincus de la nécessité pour eux d’importer directement. En octobre dernier, un voyage à Francfort puis à Paris a été l’occasion de jeter les bases d’une future activité d’importation de livres, au bénéfice de la Librairie du Tiers Monde, « mais aussi des autres librairies » précise Smaïn Ameziane. Abderrahmane Alibey prévoit pour sa part de mettre en place pour la librairie des réassorts réguliers, à raison de deux par mois pour commencer. Il y a urgence à créer un véritable assortiment, au risque sinon de voir tarir l’affluence des premiers mois.

« La librairie algérienne a connu entre 1999 et 2003 – année de l’Algérie en France – une forte dynamique. Depuis, c’est la chute continue. Les libraires sont toujours plus tributaires des importateurs, lesquels ont changé d’orientation et se contentent à présent d’une seule grande opération annuelle, à savoir le SILA. Pour le reste, c’est la pénurie qui prévaut ». Et d’ajouter : « Le Salon du livre, ce devrait être tout au long de l’année… dans les librairies ». Pour l’heure, la Librairie du Tiers Monde demeure ce lieu de rendez-vous culturel qu’elle a toujours été. Les animations y sont nombreuses et très fréquentées. C’est bien la preuve aussi, dit le libraire, que pour le public « l’avenir en Algérie passe par la librairie ».


Pierre Myszkowski
déc. 2006
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