L’objectif d’internationalisation de la Foire d’Abu Dhabi a été affirmé avec force par les organisateurs depuis trois ans. Et ceux-ci s’en sont donné les moyens en s’associant avec la Foire du livre de Francfort. En 2009, on recensait 550 exposants étrangers, provenant de 54 pays, sur un total de 637 exposants.
Les éditeurs français ont été curieux de cette ouverture et seront présents sur le stand collectif du BIEF pour la 3e année consécutive en 2010.
Alain Gründ, directeur des éditions Gründ jusqu’en 2008, président du BIEF, est convaincu de l’importance de cette participation à la foire de l’émirat, à laquelle il s’est rendu l’année dernière. Il s’en explique.
BIEF : Pourquoi aller à Abu Dhabi ?
Alain Gründ : On trouve à Abu Dhabi un climat favorable pour des relations avec l’étranger. C’est la seule zone de paix et d’absence d’extrémismes au Moyen-Orient, dont les gouvernants pensent que le maintien de cette situation dépend du développement de l’instruction et du niveau d’éducation de la population.
Ensuite, c’est un pays prospère, grâce aux revenus du pétrole - mais qui souhaite étayer sa réussite économique sur un environnement culturel solide. D’où par exemple le projet de construction du Louvre d’Abu Dhabi, ou l’implantation de la Sorbonne depuis 2006, et, d’une façon plus générale, l’existence de partenariats avec des pays étrangers…
C’est dans ce contexte que se développe la Foire du livre, à un moment aussi où le secteur de l’édition au Liban, leader jusque-là au Moyen-Orient, se trouve fragilisé par les problèmes politiques que traverse le pays. Et où l’Egypte a vu son rôle dans cette zone s’affaiblir, à cause des grandes difficultés économiques qu’elle connaît. Il s’ensuit des transferts de savoir-faire vers Abu Dhabi.
Par ailleurs, la foire d’Abu Dhabi est une foire à taille humaine, tout comme la ville qui l’abrite, aux portes du désert, et d’où se dégage une idée d’harmonie, différente du gigantisme du voisin Dubaï, auquel l’émirat a dû venir en aide récemment, comme on le sait.
BIEF : Quelles cartes à jouer pour l’édition française ?
A. G. : Je dirais qu’il y a trois situations propices pour développer des échanges.
Rappelons-le, de nombreux francophones sont installés à Abu Dhabi. En plus de la communauté d’expatriés, parmi les 4 millions d’immigrés que compte la population, il y a de nombreux Palestiniens et Égyptiens, francophones ou francophiles. Cela explique en partie l’ouverture de l’annexe de la librairie de Renata Sader à Abu Dhabi, pôle français incontournable dans les émirats arabes unis, qui propose un très large choix d’ouvrages en français.
Mais c’est aussi, vu la prépondérance accordée à l’instruction et la jeunesse de la population, un marché des droits potentiels dans ce qui s’y rapporte, non négligeable. Il y a en effet une forte demande pour les ouvrages d’enseignement et les ouvrages pour la jeunesse. La production dans ce dernier secteur est quasi inexistante à l’heure actuelle dans le pays. Et là, la réputation –et la réalité- de l’édition française d’être à la fois de qualité et accessible à un grand public la rend particulièrement attractive. Les éditeurs français qui ont déjà participé aux éditions précédentes sont revenus avec des contrats. En s’appuyant parfois, il faut le souligner, sur des programmes d’aide à la traduction efficaces provenant d’institutions ou de fondations privées et la remise de prix littéraires en langue arabe, destinés à rendre ces échanges réciproques.
Le gouvernement d’Abu Dhabi vise aussi le long terme, à travers une plus grande professionnalisation des acteurs existants, voire la création d’un pôle d’édition local, s’appuyant sur des actions de formations. Et ce dans un contexte d’une édition privée et libre.
En effet, l’émirat, qui accueille juste avant la foire le 7e Symposium de l’UIE sur le droit d’auteur, doit répondre, pour ce faire, à ces critères de garantie de la liberté de publier et de l’indépendance du secteur de l’édition vis-à-vis de l’État.
Le nombre important de tables rondes, de débats, de rencontres professionnelles traitant du droit d’auteur, de la traduction, du piratage, des droits liés à l’édition électronique attestent en tout cas d’une large volonté de dialogue.
On pourrait dire en conclusion que l’un des objectifs de l’émirat est d’être une tête de pont dans la région, un espace de regroupement de l’édition arabophone, grand ouvert sur l’étranger.
Pour être à l’écoute de la transformation intellectuelle dans cette région du monde, il faut y aller « physiquement ». Les émiriens ont une bonne image de la France, à laquelle nous allons ajouter ainsi la réalité de nos compétences propres.