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« Depuis 2000, date de l’arrivée en version chinoise du magicien Harry Potter, la Chine a amorcé des évolutions dans l’appréhension des livres pour enfants. »
Foire internationale du livre de Pékin 2009, une cure de jeunesse

Une cure de jeunesse
 
Nul besoin de remède de la médecine traditionnelle chinoise pour dynamiser les échanges entre éditeurs de jeunesse chinois et français ! Pour preuve, le séminaire professionnel organisé par les services culturels de l’ambassade de France en Chine en collaboration avec le BIEF, qui inaugurait la 16e édition de la Foire du livre de Pékin.
Ces débats ont permis de réunir une vingtaine de professionnels, qui ont rappelé à grands traits les réalités et les caractéristiques des deux marchés et abordé le potentiel exponentiel des échanges en la matière.
Depuis 2000, date de l’arrivée en version chinoise du magicien Harry Potter, la Chine a amorcé des évolutions dans l’appréhension des livres pour enfants. Mme Cao Min, directrice du département « Petite Enfance » des éditions Jieli, a montré d’une façon plus générale comment la pénétration de la production occidentale sur
le marché chinois avait modifié la perception des besoins et des désirs du lectorat. En Chine, le livre pour enfant a d’abord essentiellement des vertus éducatives : il doit être le prolongement de la pédagogie utilisée dans le cadre scolaire. Par la diversité des illustrations, la variété de la narration et des thèmes et les jeux de styles des ouvrages à l’occidental (les jeux de mots sont fréquents, le ressort de l’humour est souvent utilisé…), les éditeurs chinois ont pris en compte la notion de « plaisir ». Comme le précise Miao Wei, directeur de la section jeunesse de China Children Press et Publishing Group, on exploite aujourd’hui la veine de « la littérature jeunesse non utilitariste ».
Autre phase de modernisation du marché en Chine : l’importance de la stratégie marketing. Les prescripteurs sont les parents et la communication sur ces publications jeunesse est faite pour eux. Xiao Liyuan, de China Peace Publishing House, précise que pour la sortie du Petit Nicolas en langue chinoise, ils ont demandé, pour faire connaître le personnage, qu’un spécialiste de la littérature jeunesse écrive une série d’articles. On ne lésine pas sur les moyens. Pour le lancement de la version junior du « National Geographic », l’éditeur n’a pas hésité à solliciter Barack Obama, lors de sa venue officielle à Pékin, pour qu’il assiste à la soirée de lancement ! Le jeune lectorat potentiel (jusqu’à 14 ans) est estimé à 251 millions d’enfants. Capter leur attention et les fidéliser est le meilleur moyen d’assurer la pérennité d’une collection.
 
Dans ce contexte, les éditeurs chinois sont intéressés par les productions françaises : soit pour s’inspirer de certains concepts et l’adapter aux attentes locales, soit pour intégrer à leur catalogue des albums aux univers variés et à l’illustration soignée. La qualité apportée à la fabrication des livres crée une émulation chez les éditeurs chinois qui utilisent du papier de qualité et une impression haut de gamme. C’est non seulement une question de valorisation de leurs livres sur un marché très concurrentiel, mais c’est aussi le meilleur moyen de lutter contre la pratique du piratage, qui inonde le marché d’exemplaires de mauvaise qualité. La dizaine d’éditeurs jeunesse présents (Ballon Media, Casterman, Dargaud, Auzou, Actes Sud, Rue du Monde, Sarbacane, Bayard, Hatier, Hemma) n’ont pas cessé d’avoir des rendez-vous sur l’espace professionnel du BIEF. La qualité des échanges et leur fréquence faisaient oublier le contexte de récession dans lequel se déroulait cette édition de la Foire internationale du livre de Pékin. Cet événement, au fil des ans, est une étape majeure pour les échanges de droits de traduction. La délégation française, hors éditeurs jeunesse, a pu le constater. Univers Poche, Présence du Livre français, Dunod et Michelin (bien implanté en Chine) ont poursuivi leur travail de prospection amorcé dès 2005, date des « années croisées France-Chine ».
L’an prochain, le BIEF, en lien avec les services culturels, proposera un séminaire pour les éditeurs de littérature. Ainsi, en quatre ans, un cycle de tables rondes professionnelles thématiques aura été réalisé afin de favoriser les collaborations des éditeurs des deux pays.
 
Je remercie Zhang Yan, du bureau du livre de l’ambassade de France, des informations qu’elle m’a transmises pour la rédaction de cet article.
 
 
Impressions
 
« Depuis notre première participation à la Foire internationale du livre de Pékin, nous avons beaucoup développé notre département jeunesse ainsi que le département international, qui fait partie intégrante du développement de la maison.
Cette année, nous avions très bien préparé la foire en amont et nous comptions une soixantaine de rendez-vous. Respecter des créneaux horaires n’est pas vraiment chinois, mais l’engouement des éditeurs chinois pour les livres jeunesse est impressionnant. Toutes les maisons d’édition souhaitent avoir un département
jeunesse. J’étais surprise de constater que même les éditions universitaires ou technologiques – que je n’aurais pas pensé prospecter ! – s’intéressaient à nos livres : albums, livres éducatifs… Les éditeurs chinois m’ont paru plus intéressé par des formats que par des types d’illustration. C’est à peine s’ils regardaient les grands albums – à quelques exceptions près –, trop chers à produire. En revanche, la plupart des demandes se concentraient sur des collections de petit format carré. Il faut toutefois reconnaître que les illustrations trop élitistes, voire abstraites, ne leur “parlaient” pas. Après la foire, une quinzaine d’éditeurs ont vraiment prolongé l’intérêt qu’ils avaient manifesté à la foire. Aujourd’hui, je suis toujours en négociation sur plusieurs projets. Cela prend un peu de temps, car j’essaie de travailler en coédition ; et les éditeurs chinois ne sont pas habitués à ce genre de collaboration. Mais je suis assez confiante.
La Foire de Pékin fut incontestablement un très bon cru. Exposer sur le stand du BIEF fut également très positif, car il drainait un public important attiré par la notoriété du livre français. De plus, le séminaire franco-chinois sur le livre jeunesse organisé par le BIEF et l’ambassade avant la foire nous a particulièrement bien préparés aux attentes des éditeurs chinois. Nous reviendrons en 2010 à Pékin ! »
 
Aurélia Hardy, responsable des droits étrangers aux éditions Auzou
 

« Ce séminaire a permis de présenter de nouveaux produits jeunesse mettant à l’honneur, notamment, de petits éditeurs : Alain Serres, directeur de Rue du Monde, Frédéric Lavabre, directeur de Sarbacane, et Johanna Brock-Lacassin, directrice des droits étrangers pour les éditions Actes Sud, Le Rouergue et Thierry Magnier, avaient fait le déplacement. Il est encore tôt pour vraiment prendre la mesure des retombées de cette foire – et les échanges avec les éditeurs chinois peuvent parfois être longs –, mais l’intérêt chinois pour les ouvrages français a été confirmé. Ainsi, Sarbacane a déjà signé un album avec Beijing Lighbooks et le groupe Actes Sud est revenu avec trois nouveaux contrats, suite à son séjour à Pékin. Il ne reste plus qu’à suivre ces nouvelles collaborations qui tendent à fructifier. »
 
Elsa Misson, services culturels de l’ambassade de France en Chine
Sophie Bertrand  -  janv. 2010


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