Comptes rendus
Rencontre des Éditeurs d’Afrique francophone subsaharienne

Huit éditeurs représentant cinq pays d’Afrique subsaharienne (Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire, Sénégal et Togo) se sont retrouvés à Dakar les 28 et 29 novembre pour débattre de la place de la littérature dans leur production et de la question des auteurs. Cette rencontre, lancée par le BIEF et à laquelle participait Jean-Michel Ollé, directeur éditorial pour Hachette Livre International, constituait la première étape d’un cycle dont le principe était de proposer un programme de séminaires, à raison d’un ou deux par an, où seraient abordés les différents aspects du métier d’éditeur en Afrique.

Comment définir une ligne éditoriale ?
Comment exercer son métier d’éditeur dans le domaine de la littérature en Afrique ? Quels critères privilégier dans le choix des auteurs à publier ? Surtout, quel doit être le rôle de l’éditeur en Afrique pour promouvoir la littérature ? Publier les bons auteurs pour pouvoir les faire lire, sans aucun doute ! Mais pour Christiane Ekué, des éditions Graines de pensées, basées à Lomé : « Toute la difficulté est de repérer ces bons auteurs pour pouvoir ensuite les accompagner ».
En rappelant, comme Marcelin Vouda des éditions Clé à Yaoundé, les multiples propositions qui submergent les éditeurs, les projets dits de circonstance répondant aussi à la nécessité économique de publier des ouvrages de commande (l’exemple fréquent de tel haut fonctionnaire, également auteur, qui souhaite se faire publier) et la richesse d’un patrimoine littéraire qu’il ne faut pas laisser à l’abandon (il y aurait, aux dires des participants, quantité de manuscrits non publiés, y compris venant des grands noms de la littérature africaine !), tous les éditeurs présents ont dit la difficulté pour eux de définir une ligne éditoriale cohérente !

Il faut ici rappeler la très grande fragilité de ces structures éditoriales, à l’exception peut-être des maisons filiales d’Hachette (les NEI en Côte d’Ivoire et NEAS au Sénégal). L’environnement économique (dont participe aussi l’absence d’un circuit du livre véritablement structuré) rend difficile les investissements et les équipes sont aujourd’hui encore trop restreintes. Le travail d’éditeur est bien souvent le seul fait du patron, donc du chef d’entreprise, ce qui le rend du coup moins disponible pour suivre l’éditorial au sens strict. C’est d’ailleurs pourquoi la directrice des éditions Afredit à Yaoundé, Simone Edzoa, préfère se définir comme une « logisticienne de la publication ». Laquelle se montre très inventive dans cette fonction. Pour preuve, elle a fait de sa maison d’édition un espace de rencontres pour des associations de lecteurs et s’appuie sur le travail de repérage de ces associations pour décider de publier tels livres, par exemple une collection de contes contemporains en langue bamoum, ajoutant ce mot d’ordre en guise de ligne éditoriale : « On veut faire des livres populaires ». C’est aussi la ligne que se sont fixé les Nouvelles Éditions ivoiriennes en lançant, sur le modèle des éditions Harlequin, la collection de littérature populaire « Adoras », qui comporte aujourd’hui quelque 70 titres… à succès.
 
Pour Jean-Michel Ollé, cette littérature populaire est sans doute l’une des voies à explorer et pourrait nourrir aussi des projets de coéditions. En s’inspirant, pourquoi pas, des expériences menées à travers les nombreux ateliers d’écriture, lesquels illustrent la vitalité de la création en littérature, comme en a témoigné au cours de ce séminaire l’écrivain Ricardo Montserrat, venu pour animer un de ces ateliers dans le cadre de la Fête du livre de Saint-Louis du Sénégal.
Pierre Myszkowski  -  janv. 2009

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