Comptes rendus
Retour sur les rencontres entre éditeurs israéliens et français à l'occasion du Salon du livre de Paris

Quelques semaines se sont écoulées depuis le Salon du livre de Paris où Israël était l’invité d’honneur. Que reste-t-il de la rencontre entre les éditeurs israéliens et leurs homologues français, organisée par le BIEF à cette occasion ?
Pour en savoir plus sur les retombées concrètes de la manifestation et du séminaire qui l’a précédée, nous avons interrogé des éditeurs israéliens présents.
 
Une réflexion approfondie sur un marché du livre très fermé
Les deux journées de séminaire qui se sont déroulées juste avant le salon auront été l’occasion de fructueux échanges sur deux marchés du livre que tout oppose. Pour preuve les exposés introductifs respectifs d’Alain Gründ, président du BIEF, et de Racheli Edelman, présidente de l’association des éditeurs israéliens, qui ont mis en lumière le point de décalage essentiel : la question du prix unique du livre. En vigueur en France depuis la loi de 1981, son application reste de l’ordre de l’espoir en Israël, malgré le combat de certains des acteurs du marché du livre et de l’ambassade de France en ce sens.
 
Mais plus encore, c’est sur leur propre marché du livre que les éditeurs israéliens se disent instruits, un marché privé qui ne leur donne accès qu’à très peu d’informations. Les quelques débats passionnés et sans concession qui ont animé ces rencontres n’étaient pas franco-israéliens mais israéliens, tout simplement.
Notamment lorsqu’il s’est agi de l’édition en sciences humaines. L’exposé de Giora Rosen, des éditions Hakkibutz-Hameuchad, fut en effet accueilli par un vif désaccord du côté israélien. Nombre de ses collègues concernés par la matière, Idan Zivoni des éditions Resling en particulier, n’ont pas apprécié de s’entendre dire que la traduction en hébreu de livres de sciences humaines peinait à atteindre un niveau de qualité suffisant, d’où une stagnation du monde académique. Au contraire, selon ce dernier, Israël connaît aujourd’hui, grâce à des éditeurs tels que Xargol, Nahar, Schocken et lui-même, une véritable renaissance culturelle.
 
La présentation d’Electre et Dilicom, en clôture de ces journées, a fait l’objet d’un accueil quasi unanime par les éditeurs israéliens. Qualifiée de « fantastique et éclairante » par Jonathan Nadav, cette visite a ouvert de « nouveaux horizons » à Shoshana et Reuven Miran. Pour des raisons pratiques, Racheli Edelman se dit davantage intéressée par l’outil proposé par Dilicom. Peut-être une transposition de ces outils verra-t-elle le jour prochainement en Israël…
 
Enfin, l’étude sur le marché du livre en Israël, publiée par le BIEF, la première du genre, est apparue à tous comme très utile. Pour preuve, ces quelques mots de Shoshana et Reuven Miran : « Elle nous a permis de percevoir d’un seul regard tout un monde qui nous était inconnu, malgré le fait qu’il s’agissait de notre pays. En d’autres termes, il nous a fallu nous éloigner jusqu’à Paris pour mieux connaître le monde de l’édition en Israël ».
 
Le séminaire, en plus d’apporter un éclairage sur la situation de l’autre pays, fut l’occasion pour beaucoup de consolider des ententes professionnelles, qui devraient se concrétiser par l’achat ou la vente de droits.
Jonathan Nadav, des éditions Xargol, est ainsi reparti avec de nombreux catalogues et se dit intéressé par l’achat de livres de fiction de nombreux éditeurs allant de Grasset et Gallimard à des maisons plus récentes, comme Zulma.
Racheli Edelman, dirigeante des éditions Schocken, a de son côté d’ores et déjà acheté des droits à des éditeurs français, de même qu’Israël Carmel, des éditions Carmel, qui a acheté les droits d’ouvrages de la collection « Paludes » de Gallimard. Uzi Agassi, de la maison d’édition Even Hoschen, a eu un bon contact avec les éditions Grasset et doit se décider pour la traduction en hébreu de l’ouvrage de Jean Giono, Colline. Il attend de son côté une réponse des éditions Gallimard à propos d’Acteurs, de l’auteur israélien Israël Hameiri.
Shoshana et Reuven Miran, des éditions Nahar, se laissent quant à eux le temps de développer les nouveaux contacts qu’ils ont établis et les idées nouvelles qu’ils ont pu avoir grâce à leur séjour en France.
Moins enthousiaste, Yaron Sadan, de la maison d’édition Am Oved, se dit globalement quelque peu déçu par le séminaire, où il aurait espéré rencontrer davantage d’éditeurs français, mais il aura néanmoins profité du Salon en lui-même et des impressionnantes relations publiques autour de l’événement pour négocier l’achat de quelques titres.
 
Pour tous, le Salon du livre de Paris était un événement inédit, l’immersion dans un univers totalement étranger.
Jonathan Nadav se dit surpris par le Salon, « riche, énergique, plein de vie ». Sa dimension publique et festive contraste avec les foires du livre en Israël, placées exclusivement sous le signe de la promotion, à l’image de la Semaine nationale du livre qui a eu lieu très récemment.
 
Les débats houleux autour de l’invité d’honneur, Israël, fêtant ses soixante années d’existence, et les contraintes liées à une sécurité renforcée semblent n’avoir pas trop affecté la perception de l’événement par les éditeurs israéliens.
Gaëlle Cornibert  -  sept. 2008


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