Le programme de l’OFAJ, organisé conjointement par la Foire du livre de Francfort et le BIEF, s’est établi depuis l’an 2000 comme un tremplin pour les jeunes traducteurs littéraires français et allemands.
Il leur offre la possibilité de s’informer sur les structures éditoriales, de travailler à la traduction de textes et d’établir des contacts professionnels décisifs pour la suite de leur parcours, lors des rencontres entre participants, éditeurs et responsables de droits à Paris, Francfort et Berlin. Et, pour la première fois cette année, également à Hambourg, Marseille et Arles.
Côté français, nous étions heureux de faire connaître ce programme aux éditions Agone, aux éditions de la Nuit, à l’Écailler du Sud, aux éditions Philippe Picquier et aux éditions Fondeurs de briques, une petite maison récemment créée à Arles. Nous étions heureux également d’accueillir à Paris le parrain du programme, l’auteur et traducteur Georges-Arthur Goldschmidt, dont nous avons fêté cette année les 80 ans, entre philosophes, écrivains, traducteurs, organisateurs, partenaires et anciens participants du programme.
Lors du séminaire d’ouverture à la Société des Gens de Lettres, Georges-Arthur Goldschmidt a évoqué ses débuts de traducteur et ses échanges avec Brigitte Grosse, traductrice en allemand de ses romans et essais. Il évoqua aussi son étonnement lorsqu’il découvrit qu’il n’était pas le seul à retraduire Le Procès de Kafka : son ami le traducteur et éditeur Bernard Lortholary avait reçu la même commande d’une autre maison d’édition.
Un moment fort avant de se lancer dans la difficile entreprise qu’est la traduction littéraire. D’autant plus que le traducteur travaille seul. Et rares sont ceux qui ne souffrent pas du Höhlenmenschensyndrom, ce « syndrome de l’homme des cavernes », comme le nomme si bien Brigitte Grosse. Et justement, l’une des particularités du programme consiste à interrompre ce mode de vie solitaire. Les participants ne se quittent plus pendant deux mois et demi, habitent et travaillent ensemble durant les deux ateliers de traduction qui se déroulent au Literarisches Colloquium à Berlin puis au Collège International des Traducteurs Littéraires à Arles (CITL), sous la direction des traductrices réputées Brigitte Grosse et Isabelle Kalinowski.
Le choix des textes de cette 9e édition, qui revient aux participants, sont d’une grande qualité littéraire, dont le niveau des jeunes traducteurs a su rendre compte, ainsi que leur lecture seul, à deux ou à trois voix dans la belle bibliothèque du CITL.
Nous espérons que ces romans rencontreront prochainement un nouveau public, avec leur publication dans l’autre pays, pour que le programme Georges-Arthur Goldschmidt puisse également servir de tremplin à la littérature française en Allemagne, et vice versa.
Questions à : Vibeke Madsen
Responsable des droits étrangers chez P.O.L, reçoit régulièrement les traducteurs allemands du programme Georges-Arthur Goldschmidt.
BIEF : En quoi consistent ces rencontres ?
Vibeke Madsen : Les jeunes traducteurs allemands arrivent dans mon bureau et je leur présente des livres que j’ai choisis, dont je crois possible la traduction et qui me semblent susceptibles d’intéresser les éditeurs allemands comme Berlin Verlag, Rowohlt, Hanser ou Claassen…
Après leur avoir demandé si d’autres livres ou d’autres auteurs les intéressent, je leur distribue les livres retenus.
BIEF : Un bureau plein à craquer de livres, dont beaucoup ne sont pas encore traduits… Pour les jeunes traducteurs allemands c’est effectivement une mine. Mais que vous apporte cette visite ?
V. M. : Si, après une lecture, des traducteurs ont envie de réfléchir autour d’un projet de traduction, ce ne peut qu’être positif pour les échanges, car les rapports qu’ils entretiennent avec les éditeurs allemands sont forcément différents des miens, traduction à l’appui.
Sur le long terme, je les tiens au courant des nouveautés qu’il serait bien de traduire en langue allemande.
Et puis, de temps en temps, ces rencontres avec les jeunes traducteurs allemands aboutissent à des traductions réelles. Ils commencent à traduire des extraits et parfois ils trouvent des éditeurs, soit seuls, soit avec mon aide. Ce programme peut donc déboucher sur un échange de droits entre la France et l’Allemagne.
Tel fut le cas pour La langue d’Anna de Bernard Noël, qui a été publié par Matthes & Seitz, et pour Fever de Leslie Kaplan, paru chez Berlin Verlag. Je suis très heureuse que Sonja Fink ait eu le prix André Gide pour la traduction de ce dernier titre.
BIEF : Ce programme, qui s’adresse aux jeunes traducteurs en début de carrière, existe depuis 9 ans et nous constatons que les participants sont de plus en plus professionnels. Quelle est votre impression ?
V. M. : Je ne lis malheureusement pas du tout l’allemand et ne peux pas en juger moi-même. Mais le fait que ce prix ait été attribué à l’une des participantes du programme en atteste. La participation à ce programme est forcément quelque chose de précieux à mettre sur son curriculum vitae. Quand on se présente auprès d’un éditeur qu’on ne connaît pas.
L’OFAJ fête ses 45 ans
Dans le cadre de son 45e anniversaire, l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) invite du 5 au 8 juillet 2008 à Berlin une centaine de jeunes de 16 à 30 ans, Français et Allemands, ainsi que des acteurs confirmés des échanges de jeunesse, à sa conférence « Retour à l’avant-garde – opportunités et perspectives des échanges franco-allemands ».
Au cours des 45 dernières années, ce sont 8 millions de jeunes, qui ont pu, grâce à l’OFAJ, se rencontrer et mieux connaître la culture et la langue de l’autre. Fort de ce succès, l’OFAJ souhaite préparer pour l’avenir les activités d’une rencontre internationale de la jeunesse : concevoir de nouveaux programmes, s’adresser à de nouveaux publics, trouver de nouveaux modes de communication et de nouveaux partenaires… Les résultats de la conférence seront publiés et disponibles à l’automne 2008.