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« La population israélienne tend à faire un amalgame entre le politique et le culturel. Ici, les élèves apprennent de plus en plus l’arabe, même s’ils ne le parlent pas ».
Librairie du Foyer à Tel-Aviv : l’enclave francophone résiste

C’est dans un quartier lumineux en plein cœur de Tel-Aviv, que l’on trouve, discrète, la librairie du Foyer, enclave francophone, dont on pense qu’elle est enracinée dans ces lieux de longue date. Pourtant, ce n’est que depuis son rachat par Myriam Ezra en 2001, qui y travaillait depuis 1986, que la librairie est installée ici. À sa création en 1968 par Robert Lavi, un émigré tunisien, elle était située à Dizengoff Center.
 
C’est un espace ouvert sur deux niveaux, avec une offre importante de livres, dans tous les domaines (sauf le scientifique). Au premier étage, consacré au FLE, un professeur de français cherche un manuel pour les Israéliens qui parlent mais ne savent pas écrire le français, tandis que « pour apprendre à lire aux francophones, les ouvrages sont regroupés en bas », indique Myriam Ezra. Ces rayons suivent l’évolution de l’enseignement du français, qui n’a pas vraiment ici le vent en poupe : « Il y a de plus en plus d’écoles qui n’enseignent pas le français », précise-t-elle avec regret. « La population israélienne tend à faire un amalgame entre le politique et le culturel. Ici, les élèves apprennent de plus en plus l’arabe, même s’ils ne le parlent pas ».
 
Hormis ce domaine scolaire, dans lequel la librairie du Foyer joue un rôle de distributeur auprès des écoles, des bibliothèques et d’autres librairies, la plus grande partie de l’offre est constituée par la fiction et la non fiction. Viennent ensuite la jeunesse et la BD, les nouveautés en poche, « les beaux livres sont trop chers ».
En littérature, sont mêlés les auteurs français et les auteurs israéliens traduits en français : Amos Oz, David Grossman, Meir Shalev…
 
Si Myriam Ezra a conçu sa librairie comme une fête pour les yeux, elle aime aussi l’entendre résonner des voix qui viennent parler de leurs livres et débattre de sujets qui intéressent la société israélienne, comme celles de Daniel Sibony « qui articule l’art, la bible et la psychanalyse », de Denise Epstein, de Karine Tuil, de Clémence Boulouque ou de celles qui interprètent des chansons françaises au cours de matinées « appréciées par notre public ».
 
Les animations sont assez nombreuses : participation à Lire en fête, projecteur sur une collection, organisation de signatures pour le public francophone, « constitué, en dehors des Français, de Suisses, de Belges et de francophones d’Europe de l’Est ; les Israéliens viennent plutôt pour acheter un cadeau ».
 
Les meilleures ventes sont, international oblige, Le Petit Prince et L'Etranger, puis les livres de Romain Gary, de Marek Halter, d’Élie Wiesel, Une Suite française et Les Bienveillantes. Cette année, la « rentrée littéraire a suscité plus d’intérêt avec les ouvrages de Philippe Claudel, Amélie Nothomb, Yasmina Reza, ou encore Les Disparus de Daniel Mendelsohn : « Notre public est très bien informé de ce qui se passe en France ».
 
Pour relayer encore mieux cette information, un site de la librairie a été créé depuis deux ans.
 
Myriam Ezra garde, elle, toujours le contact avec les éditeurs français, en venant chaque année au Salon du livre de Paris. À son tour d’amener un peu d’Israël en France et de continuer, lors de l'invitation exceptionnelle d'Israël au salon de Paris, de s’affirmer comme l’une des figures importantes au carrefour des deux cultures.
 
Catherine Fel  -  avr. 2008

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