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Le dialogue franco-roumain

Organisée conjointement par l’Institut culturel roumain et l’ambassade de France en Roumanie, une rencontre entre éditeurs roumains et français s’est déroulée les 19 et 20 novembre 2007 en amont de la Foire de Gaudeamus.
 
Les représentants de six maisons d’édition françaises – Gallimard, Actes Sud, Denoël, Le Seuil, Fayard, Stock – et la traductrice Laure Hinckel étaient venus échanger avec leurs homologues roumains de Polirom, Humanitas, Est, Trei, Art... une bonne occasion pour que se rencontrent en direct des personnes qui travaillent parfois ensemble depuis quelques années, sans se connaître.
La rencontre a débuté par une présentation de l’édition en France, par Jean-Guy Boin, qui a rappelé que le livre est la première industrie culturelle du pays, devant le cinéma et le disque, et qu’en dix ans les ventes du secteur ont augmenté de 45%, tandis que les publications connaissaient une hausse de 83%.
Alexandru Calinsecu, professeur à l’université de Iasi et journaliste, a de son côté dressé un panorama de l’édition en Roumanie, en l’absence actuelle d’outils statistiques et de données fiables. En complément, le service culturel de l’ambassade de France avait réalisé un long travail de prospections, d’analyses et d’entretiens sur le sujet, qui a pu être distribué aux éditeurs présents.
Odile Serre, directrice éditoriale au Seuil (l’éditeur de Norman Manea), a évoqué la présence des auteurs roumains traduits en France, à un rythme constant mais faible de six à sept publications par an : Cartarescu (Denoël), Mihail Sebastian (Stock), Gabriela Adamesteanu (Gallimard), Dan Lungu (Chambon), Florin Lazarescu (Éditions des Syrtes)… La présence du livre français traduit en roumain est plus forte et en croissance : environ 300 titres sur un total de 11 000 publications annuelles.
La Roumanie apparaît ainsi comme le premier pays d’Europe centrale en termes d’achats de droits français en 2006 (source : Centrale de l’Édition).
 
L’après-midi du 19 novembre fut consacré à une rencontre entre écrivains roumains : Ana Maria Sandu, Ion Manolescu et Annie Bentoiu étaient censés faire entendre des voix littéraires roumaines encore méconnues en France. Mais la forme choisie – faire parler des écrivains de leurs propres écrits à de potentiels éditeurs étrangers, plutôt que des critiques littéraires, par exemple – a rendu l’exercice incertain car, on le sait, les créateurs ne sont pas toujours les mieux placés pour décrire leur ton et leur univers.
L’éditeur Samuel Tastet (éditions Est) et Anca Baicoianu, éditrice chez Polirom, les ont relayés pour exprimer que « ce sont des voix qui osent, qui travaillent sur l’identité comme sur la langue et, même si elles utilisent le "je" comme narrateur, elles ne sauraient être réduites à l’autofiction, un genre qui ne s’exporte pas très bien ». Face à ces écueils, une lecture finale d’extraits aurait pu livrer aux auditeurs un peu de l’essence des livres de ces trois écrivains.
Gageons que le professionnalisme et la curiosité des éditeurs français donneront lieu à des contacts plus constructifs dans les prochains mois. D’autant plus qu’un catalogue présentant une vingtaine d’auteurs roumains (dont Ana Maria Sandu et Ion Manolescu) et des fragments traduits a été réalisé et remis à chacun des invités à l’occasion de ces rencontres.
Le modérateur a ensuite abordé le sujet des prix littéraires, synonymes en France des meilleures ventes, dont on pourrait regretter l’absence en Roumanie. Olivier Rubinstein, directeur des éditons Denoël, a relativisé le mythe d’une France où les auteurs vivraient riches et heureux : 80% des premiers romans en France se vendent à moins de 1 000 exemplaires, seulement 20 000 personnes (sur une population de 66 millions d’habitants) constituent le noyau dur des lecteurs. Les très grosses ventes occasionnées par certains titres – L’Élégance du hérisson de Muriel Barbery ou Les Bienveillantes de Jonathan Littell, par exemple – ne représentant qu’une part infime de la production littéraire française, a-t-il rappelé.
 
Les tables rondes du mardi 20 novembre ont été consacrées aux programmes d’aide de la France et de la Roumanie, mis en place par l’Institut culturel roumain (ICR) et l’ambassade de France. Les modules de l’ICR, présentés par la responsable du Centre du livre de l’ICR (créé il y a six mois), développent deux programmes d’aide à la traduction : TPS et « 20 auteurs ». L’ICR vient de lancer le programme « Publishing Romania », qui offre un financement aux revues européennes souhaitant publier des articles sur la culture roumaine.
Parallèlement, l’ICR organise à Mogosoia des sessions de cours destinées aux traducteurs étrangers. Laure Hinckel, traductrice française, a souligné l’importance des résidences de traducteurs, en France comme en Roumanie, qui permettent de suivre au plus près les évolutions constantes de la langue.
Les différentes formes de soutien français, exposées par le Bureau du livre de l’ambassade de France, comprennent, quant à elles, un programme d’aide à la publication qui finance chaque année une partie de la traduction et de la publication d’une cinquantaine de titres d’auteurs français, ainsi que des bourses de séjour à la traduction et des invitations d’auteurs français.
La rencontre s’est clôturée par une table ronde thématique consacrée à la traduction des jeunes auteurs français et roumains, dont la représentativité dans les deux pays n’est pas égale. La Roumanie souffre d’un manque cruel de traducteurs français. Laure Hinckel, traductrice de Cecilia Stefanescu et de Dan Lungu, est l’une des rares personnes à s’atteler à cette délicate tâche. Sa traduction du succès de Mircea Cartarescu, De ce iubim femeile, est très attendue (parution chez Denoël en 2008).
 
Étude sur le marché du livre en Roumanie
Réalisée par le Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France à Bucarest, cette étude a pour projet d’offrir des éléments d’éclairage et d’analyse sur le secteur de l’édition en Roumanie. Elle s’appuie sur un travail documentaire et des entretiens avec quelques-uns des principaux professionnels.
 
Quelques données extraites de cette étude :
  • 990 éditeurs considérés comme actifs, dont 200 publient plus de 10 livres par an
  • Chiffre d’affaires global du secteur : 50 millions d’euros en 2006
  • 5 grands éditeurs dont le CA est supérieur à 2 millions d’euros : Polirom, Corint, Humanitas, Rao et All
  • 14 000 titres publiés en 2006, avec un tirage moyen de 12 000 exemplaires et une augmentation importante du nombre de titres de littérature
  • le livre pour la jeunesse constitue avec le livre pratique (auto-formation, développement personnel) le secteur le plus porteur
  • les livres scolaires et parascolaires représentent 41% des ventes devant les sciences humaines et sociales(15%) et la littérature (12%)
Fanny Chartres (responsable du Bureau du livre à l'ambassade de France à Bucarest)  -  janv. 2008

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