Salvador Garzon : Le marché du livre français dans les différents pays d’Amérique du Sud est constitué par les livres d’enseignement de la langue (FLE), la littérature en format de poche, les sciences humaines, les livres illustrés et les livres de référence. Les guides de voyage édités par Michelin en espagnol et en anglais sont très appréciés, de même que les méthodes Assimil avec la base d’apprentissage en espagnol et en portugais.
Les livres français ont eu leur heure de gloire dans les années 1960-1990. Depuis 1990, les différentes crises économiques, politiques et sociales, dans tous les pays d’Amérique latine, ont provoqué un tassement et même, dans beaucoup de ces pays, une chute de la présence du livre français.
Les livres français ont toujours occupé une place importante dans l’imaginaire et la réalité des élites latino-américaines. Depuis l’ouverture vers les pays de l’Est, la France s’est beaucoup désengagée vis-à-vis de l’Amérique latine qui elle, au même moment, a déplacé son intérêt culturel et économique vers les États-Unis.
En Argentine, la crise de 2001-2002 a signifié le moment le plus critique de cette chute. Durant cette période, la suppression de toute garantie Coface a obligé les clients libraires et distributeurs à payer les livres à l’avance. Depuis 2004, les relations commerciales se sont normalisées. Cependant, nous n’avons pas pu retrouver la situation d’avant la crise et avons perdu la présence de livres français dans plusieurs librairies.
Le BIEF : Pourriez-vous dresser le portrait des libraires avec lesquels vous travaillez ?
S. G. : Au Brésil comme en Argentine, au Mexique comme au Chili, et au Venezuela comme au Costa Rica, les librairies françaises représentent l’aspect le plus visible de la présence du livre français dans ces pays. Les librairies internationales constituent le deuxième niveau de clientèle. Et elles prennent de plus en plus d’importance.
Je cite ici les chaînes de librairies comme El Ateneo en Argentine, Gandhi au Mexique, Cultura et Travessa au Brésil, etc. Avec ce réseau, le livre français est présent dans les aéroports, ainsi que dans les villes les plus importantes de chaque pays.
Notre troisième réseau est formé par les distributeurs des livres d’enseignement du français, des livres illustrés et des ouvrages en format de poche.
Nous travaillons aussi avec des bibliothèques qui, du fait de leur structure juridique, ne peuvent pas travailler avec les librairies ou commissionnaires locaux.
Le BIEF : De quelle façon pourrait-on renforcer la visibilité du livre français dans cette zone ?
S. G. : Si nous voulons faire perdurer – voire augmenter – la présence du livre français dans tous ces pays, nous devrons :
- permettre à nos clients l’utilisation des bases de données qu’ils pourront insérer dans leur site internet, de façon à ce que tout Brésilien, Mexicain ou Argentin par exemple, puisse acheter grâce au web d’une libraire de son pays n’importe quel ouvrage, que le livre soit ou non présent dans la librairie locale. La base Electre serait idéale, à condition qu’elle soit à un prix plus accessible, tenant compte des potentialités économiques de ces libraires ;
- adapter l’offre des ouvrages français. L’économie du livre étant une économie de l’offre, nous devrions augmenter la présence sur le terrain de tous les principaux éditeurs et distributeurs. Notre société a engagé un collaborateur et créé un bureau au Brésil, qui suit particulièrement les pays du cône sud de l’Amérique latine. Mais nous constatons que nous sommes pour ainsi dire les seuls à visiter le réseau des librairies latino-américaines. Je trouve dommage que les clients ne reçoivent pas d’autres visites commerciales. Aucun libraire ou distributeur ne peut travailler avec une partie de l’édition française seulement. En représentant le CELF, nous ne pouvons pas toujours offrir à nos clients les conditions commerciales dont ils auraient besoin. C’est pourquoi nous représentons des distributeurs et des éditeurs en direct, ce qui nous permet d’offrir des conditions adaptées à nos clients.
Dans ces pays, les distributeurs et éditeurs ne sont pas concurrents mais complémentaires. En effet, ce qui compte, c’est que l’offre soit adaptée le mieux possible à l’intérêt du libraire et du client final.
Enfin, le BIEF pourrait prévoir une action sur 3 ans, en vue de former une nouvelle génération de libraires – de librairies françaises ou de départements français de librairies internationales –, avec une intervention dans l’un ou l’autre des pays, et une autre à Paris.