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Depuis près de 15 ans, des libraires du Maroc, du Liban, d’Haïti, du Cameroun, d’Égypte, du Sénégal, du Vietnam ou encore de Pologne, d’Algérie ou du Portugal, ont suivi un des programmes de formation proposés par le BIEF.
L'enjeu de la formation des libraires et des éditeurs francophones au cœur de l'activité du BIEF

La Francophonie représente, depuis plusieurs années déjà, un volet essentiel de l’activité formation du BIEF. Dès sa naissance en 1991, ce qui était alors France Édition inscrivait à son programme des formations destinées aux libraires francophones du Sud. Des libraires avaient pu participer dès les années 80 à des formations, souvent mises en œuvre à l’initiative des Postes dans les ambassades, mais le regroupement de ces actions de formation au sein d’un seul organisme a permis de renforcer leur cohérence, notamment en les rendant complémentaires d’un travail de promotion des éditeurs français.

Pour beaucoup de libraires, formation a pu ainsi rimer avec information sur la production éditoriale française. Cette évolution, qui a fait du BIEF un « centre de ressources » pour nombre de ces libraires francophones dans le monde, a sans doute à voir avec le sentiment d’isolement, pour ne pas dire d’abandon que ressentaient ces libraires d’ailleurs. Et ce sentiment également de ne pas toujours saisir l’évolution de leur relation avec des fournisseurs de plus en plus difficiles à identifier et des circuits de distribution de plus en plus complexes. C’est aussi à la lumière de cette transformation des pratiques de l’édition française, notamment à l’export qu’il faut comprendre l’enjeu de la formation des libraires… et l’ampleur de la tâche.

Depuis près de 15 ans, des libraires du Maroc, du Liban, d’Haïti, du Cameroun, d’Égypte, du Sénégal, du Vietnam ou encore de Pologne, d’Algérie ou du Portugal, ont suivi un des programmes de formation proposés par le BIEF. Des formations sur la vente, la gestion, le classement, l’aménagement, les assortiments, sur Electre et Dilicom. Chacun dira le bilan et la satisfaction qu’il a pu en retirer.

Souvent, ces libraires mettent en avant, à côté des nouveaux acquis, le plaisir de la rencontre, la surprise de découvrir que d’autres libraires vivent les mêmes difficultés, la fierté de se dire qu’on fait le même et beau métier. Mais avec un peu de recul, revient aussi cette impression qu’une fois passé le temps de la formation, le libraire retrouve ce qui le dépasse et souvent le désespère dans cette francophonie du Sud, qui partage bien des maux : la crise économique et le faible pouvoir d’achat des lecteurs, la place toute relative faite au livre dans des sociétés où l’image et les nouveaux médias exercent un attrait synonyme de modernité, les taxes et les obstacles administratifs, la censure, sans oublier l’instabilité politique. Et qui retrouve aussi de l’autre côté, du côté du Nord, des interlocuteurs qu’il ne comprend pas toujours. Où l’on en revient alors à l’indispensable « formation/information ».

Et pourtant, tous ces libraires diront aussi que les choses se mettent en place, et que les bonnes volontés sont là et se font de plus en plus entendre. Du côté des éditeurs et des représentants bien sûr, qui soutiennent la librairie francophone, et pas seulement pour des raisons commerciales ; du côté des pouvoirs publics, à travers ces « dispositifs d’aide » qui font l’admiration dans bien des pays où l’on attend encore la mise en place d’une véritable politique d’appui au livre. À cet égard, l’aide à la librairie du CNL comme les aides au transport de la Centrale de l’Édition, jouent un rôle essentiel sans lequel les actions de formation seraient moins pertinentes. Enfin, du côté des bailleurs de fonds, ministère de la Culture et des Affaires étrangères ou OIF en tête, qui en renouvelant depuis plusieurs années leur soutien financier mais également « moral », reconnaissent la place éminente de la librairie dans l’affirmation des valeurs de la francophonie.

Les choses se mettent en place, même si cela prend du temps. Pour la formation, c’est encore plus vrai. Il faut du temps, des moyens et des hommes. En octobre 2001, une rencontre de libraires francophones s’est déroulée à Beyrouth, à l’initiative de l’Agence de la francophonie, et avec la collaboration du BIEF. Étape essentielle puisque c’est dans le prolongement de cette rencontre qu’est née l’AILF, association devenue depuis le partenaire incontournable du BIEF dans ses actions de formation.

Fort du soutien de l’Agence de la francophonie, qui s’est engagée à accompagner pour la période 2006-2009 les objectifs de l’AILF et du BIEF, en particulier sur le volet formation, un cahier des charges précise les rôles et les missions de chacun. À l’AILF, le travail de liaison sur le terrain avec les libraires, l’évaluation des besoins et l’accompagnement in situ. Au BIEF, la charge de coordonner, dans sa dimension financière et pédagogique, la programmation des actions de formation, naturellement définies en commun. Mais la grande nouveauté consiste d’abord dans l’implication des libraires membres de l’AILF, et en premier lieu les responsables de zone, en tant que formateurs. Bien entendu, ces libraires formateurs connaissent l’environnement des librairies auxquelles ils s’adressent, c’est ici leur point fort, mais viennent de pays voisins, donc ne sont pas en situation de concurrence. Les termes du partenariat étant définis, les premières actions ont pu être menées. Les derniers mois de l’année 2005 ont été riches en réalisations : à Alger, Antananarivo, Beyrouth, et enfin à Dakar, se sont déroulés des séminaires qui ont jeté les bases des programmes de formation à venir, en associant les dirigeants des librairies à une nécessaire réflexion sur la formation, ses enjeux, ses objectifs. Les prochains mois verront les premières sessions de formation se mettre en place sous l’égide de ce nouveau partenariat. Un partenariat que le Salon du livre de Paris permettra de réaffirmer avec force et conviction.

Six ans après la manifestation « 100 libraires du monde », qui avait de manière spectaculaire contribué à mettre en avant des libraires dont on parlait bien peu jusque-là, quatre ans après le colloque de Beyrouth qui a consacré l’existence d’un réseau de libraires francophones, les choses se mettent en place. Les nombreuses tables rondes et rencontres prévues pour le salon mais également tout au long de cette année francophone seront autant d’occasions de le souligner.

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Pierre Myszkowski  -  mars 2006

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