Bief : Qu’attendez-vous de cette première Foire du livre dans la capitale sud-africaine ?
Vanessa Badroodien : Il faut souligner tout d’abord que cette foire ne sera pas exclusivement tournée vers les affaires, ce sera également une manifestation ouverte au public. Sur le thème « Célébrer l’Afrique », elle entend faire connaître des auteurs et des poètes sud-africains et donner aux éditeurs du monde entier l’occasion d’aborder et d’explorer ce qui est disponible sur ce marché plein de vitalité et en pleine expansion. Son point fort sera de donner à tous ceux qui s’intéressent aux économies émergentes l’occasion de dialoguer et de travailler dans le cadre magnifique de la ville du Cap. En outre, la sécurité politique, garantie par la Constitution sud-africaine qui assure la liberté d’expression, s’ajoute à la diversité des langues et des littératures pour produire un terreau fertile dont profite amplement ce secteur.
Bief : Quels sont les objectifs de cette Foire et ses grandes orientations ?
V. B. : Les objectifs sont multiples. Cela va de la promotion d’une culture de la lecture auprès des enfants et des adultes à la mise en valeur des talents sud-africains, tout en donnant l’occasion au public d’avoir des échanges avec des écrivains. Et, fondamentalement, il s’agit d’installer l’Afrique comme un lieu de sensibilité littéraire. A mesure du développement de la manifestation, ce n’est pas seulement l’intérêt national que nous défendrons, mais aussi la littérature africaine dans son ensemble.
Nous entendons nous adresser à tous les secteurs de l’industrie du livre, faire de cette foire un lieu de négociation des droits commerciaux, de rencontres professionnelles multiculturelles, un carrefour pour les échanges d’idées avec un intérêt particulier pour la coopération sud-sud. Nous souhaitons être un catalyseur et un soutien au développement de l’édition en Afrique.
Bief : Comment espérez-vous attirer les éditeurs internationaux en général, et français en particulier ?
V. B. : Nous avons comme partenaire commercial la Foire du livre de Francfort qui se charge de promouvoir la Foire du Cap en Europe, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Avec une présence dans toutes les grandes foires du livre, nous devrions voir se développer peu à peu l’intérêt international pour l’édition sud-africaine et africaine. L’enjeu est de trouver un équilibre satisfaisant en réalisant une foire du livre réussie sur le plan commercial tout en répondant aux impératifs de développement du pays.
L’édition française a toujours été très présente en Afrique, et nous travaillons avec l’African Publishers Network et auprès des éditeurs d’Afrique francophone pour faire connaître Le Cap.
Bief : De votre point de vue, quel intérêt les éditeurs français ont-ils à participer à cette Foire ?
V. B. : « Avec la fin de l’apartheid, écrivains et artistes de tous horizons semblent avoir perdu leurs inhibitions nées de l’oppression et écrivent davantage de fictions, biographies et essais historiques qu’avant », telle est l’opinion couramment exprimée, renforçant l’idée très répandue que l’Afrique du Sud connaît un renouveau dans l’expression écrite.
Pour les éditeurs sud-africains ainsi que pour tous ceux impliqués dans la promotion de la lecture et de la littérature à travers le continent, l’idée d’une Foire du livre du Cap de dimension internationale ouverte au public et au commerce est extrêmement séduisante. D’un point de vue commercial, l’industrie du livre est au début d’une courbe de croissance prévisible du fait de l’engagement au plus haut niveau du gouvernement sud-africain, augmentant la capacité financière d’un public jusque-là non acheteur, et une célébration renouvelée de la diversité des cultures incitant à faire des achats dans les secteurs des bibliothèques, de l’éducation, de l’université et dans les milieux professionnels.
Les éditeurs de toute l’Afrique souhaitent participer en grand nombre au programme d’animations et d’ateliers de la Foire qui engloberont des domaines divers comme la littérature, le dialogue contemporain, le multilinguisme, la liberté d’expression, le droit d’auteur, le marketing… A nous de le rendre attrayant et instructif pour le public.
En conclusion, j’aimerais préciser que nous avons vendu plus de 70% de notre espace, que l’intérêt des auteurs est phénoménal et que les éditeurs sud-africains sont prêts.
- Propos recueillis par Karen Politis
- Traduction Edith Ochs
10 objectifs pour la Foire du Cap
- Créer un environnement esthétique agréable pour l’exposition et la promotion des livres, des périodiques et les techniques de l’imprimerie,
- Faciliter les échanges commerciaux internationaux et pan-africains,
- Offrir un lieu de rencontre mondial pour des ateliers et des séminaires, la promotion de la lecture et l’échange d’idées et d’informations,
- Apporter un soutien à des événements satellites organisés par divers groupements d’intérêt, centrés sur la collaboration et en faveur des objectifs de la Foire du Cap,
- Offrir un lieu de rencontre pour un large éventail de professionnels à chaque maillon de la chaîne de production du livre, y compris des représentants officiels des gouvernements africains et sud-africain, mais aussi des décideurs,
- Accueillir des auteurs du monde entier,
- Faire connaître des auteurs sud-africains et africains au monde entier,
- Faire découvrir l’Afrique comme lieu de création littéraire,
- Créer un environnement dans lequel l’écrivain et le livre africains puissent être célébrés et soutenus,
- Intégrer à la Foire du Cap un festival littéraire qui célèbre la littérature et les sciences humaines du monde.