Portrait et entretien de professionnels
L'accueil d'éditeurs étrangers en France

Depuis 2003, le département Formation du BIEF propose chaque année à 4 éditeurs étrangers d’effectuer un séjour de plusieurs mois dans une maison d’édition en France. Soutenu par le ministère de la Culture, ce programme vise à créer et renforcer les échanges entre les éditeurs étrangers et leurs homologues français, avec à la clé des possibilités de coéditions ou de partenariats éditoriaux.

Après l’Algérie et l’Europe (Pologne et Pays-Bas), l’Amérique Latine est l’autre grande priorité désignée à travers ce programme. Pour 2005, une éditrice brésilienne, Florencia Ferrari des éditions Cosac Naify, a été accueillie au printemps, précédant la venue de deux autres éditrices du continent sud-américain : Adriana Astuti, des éditions Beatriz Viterbo, et Paola Moran de la prestigieuse maison Fondo de Cultura Economica.

Florencia Ferrari est l’une des participantes du Programme d’accueil professionnel d’éditeurs étrangers en France (APEF) qu’organise le BIEF. Responsable éditoriale chez Cosac Naify à São Paulo, c’est au sein du service des droits étrangers de la maison Armand Colin qu’elle a complété son expérience d’éditrice dans le domaine de l’anthropologie.

Quelle place occupe votre maison d’édition dans le paysage éditorial brésilien ?
F.F. :
Cosac Naify est une jeune maison d’édition créée il y a six ans. Elle est jeune aussi par la moyenne d’âge de ses employés qui se situe entre 30 et 35 ans, le directeur ayant à peine 45 ans. C’est dans le domaine de l’histoire de l’art et de la critique d’art que cette maison s’est fait connaître, en révélant des artistes contemporains brésiliens. Elle s’est ouverte ensuite à la littérature en utilisant son savoir-faire dans le domaine des beaux livres. En effet, les ouvrages ne se réduisent pas aux textes, ils sont en général illustrés et reliés. C’est ce qui la place aujourd’hui parmi les maisons d’édition les plus cotées au Brésil, en particulier auprès des artistes et des intellectuels, juste après la prestigieuse Companhia das Letras. Outre la littérature, Cosac Naify édite des ouvrages de photographie, mode, architecture, design, cinéma mais également des essais ou de la littérature jeunesse, ce dernier secteur en forte expansion puisqu’il représente plus d’un tiers des titres produits.

Quels titres étrangers publiez-vous ?
F.F. :
Il y a trois ans, nous avons lancé une collection de littérature classique (avec une quinzaine de titres) : « Prose du monde ». Nous avons publié Victor Hugo, Flaubert mais aussi des auteurs contemporains comme Bataille ou Faulkner. Parmi les essais, nous avons édité les Mythologiques de Lévi-Strauss, Sociologie et Anthropologie de Marcel Mauss.

Quelle est votre expérience chez Armand Colin ?
F.F. :
Armand Colin est une maison d’édition beaucoup plus traditionnelle et mieux organisée d’une certaine manière que Cosac Naify, qui est une maison récente. Armand Colin fonctionne plus sur des programmes universitaires que sur la littérature étrangère. J’ai trouvé très intéressantes les réunions commerciales, où les éditeurs présentent les livres aux représentants. J’ai accompagné l’un d’eux chez un libraire, où j’ai pu voir comment le représentant transmettait l’information. Il n’existe pas chez nous un tel système d’échanges entre l’éditeur et le vendeur.

Cela vous a-t-il permis de découvrir d’autres éditeurs pour d’éventuels partenariats ?
F.F. 
:
Oui, j’ai eu l’occasion de rencontrer, en particulier pendant le Salon du livre de jeunesse de Montreuil, de petits éditeurs pour la jeunesse comme Le Rouergue, Autrement… ou de grandes maisons d’édition avec lesquelles certains projets sont nés. Les éditions des Cahiers du Cinéma souhaitent traduire des ouvrages du cinéaste Glauber Rocha dont nous possédons les droits. Nous préparons un ouvrage en coédition avec les éditions de l’Œil international sur la photographe brésilienne Claudia Andujar en France. Un projet également avec la Fondation Le Corbusier qui a programmé une exposition et un ouvrage sur le célèbre architecte à Rio, et enfin un projet avec le Centre Pompidou, avec lequel nous avons déjà coédité un livre d’Amos Gitaï.

- Propos recueillis par Anne Lise Schmitt

 -  août 2005

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