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« la situation géographique de la Grèce, située à la frontière la plus orientale de l’Europe, et sa position de leader des Balkans devraient lui permettre de jeter un pont entre les deux rives de la Méditerranée ».
Thessalonique ouvre les portes de sa nouvelle foire annuelle

Un triple objectif atteint : les professionnels, le public et l’international
Après une première édition hésitante, cette deuxième édition de la foire du livre de la cité macédonienne qui se tenait sous les auspices du ministère de la Culture grec fut un succès, à la mesure des ambitions de ses organisateurs et de l’énergie qu’ils avaient déployée pour l’inscrire comme un événement majeur de l’édition grecque et commencer à l’internationaliser. La présence de nombreuses personnalités officielles à l’inauguration en était un signe. Pour Catherine Vélissaris, directrice du Centre national du livre grec (Ekebi), initiatrice du projet, « la situation géographique de la Grèce, située à la frontière la plus orientale de l’Europe, et sa position de leader des Balkans devraient lui permettre de jeter un pont entre les deux rives de la Méditerranée ». Cette idée de passerelle se ressentait tout au long de la Foire qui se tenait à Helexpo, non loin du centre de Thessalonique, selon une organisation des stands harmonieuse et ouverte entre les différents exposants, grecs et étrangers, privés et institutionnels, permettant une circulation aisée et une ambiance d’animation permanente.

Les éditeurs grecs (95 exposants en tout) dont plusieurs s’étaient déplacés d’Athènes (où est localisée 82 % de l’édition grecque, 11% se trouvant à Thessalonique et 7% dans le reste du pays) offraient un ensemble diversifié de leur production (plusieurs milliers de titres), à travers la présence de maisons généralistes les plus importantes comme Kastaniotis, Polis, Hestia, Papadopoulos ; aux livres d’artistes qui occupent ici une place particulière, en passant par des maisons spécialisées en art, thème retenu cette année pour un stand collectif.
Mais c’est le secteur jeunesse, auquel un petit hall était consacré, qui a assurément donné ses couleurs à la Foire, avec des spectacles très appréciés des enfants dont les manifestations de joie constituaient un agréable fond sonore. Tout comme la musique d’un orchestre de jazz qui rythmait les pas empressés des professionnels ou plus nonchalants du public thessalonicien venu nombreux le week-end (25 000 visiteurs), plus habitué jusque-là à la foire de juin en plein air, où l’on raconte que les livres exposés sur des tréteaux tout au long de la corniche finissent parfois dans la mer…

Pari tenu aussi pour la présence étrangère – 70 éditeurs venant de 15 pays différents – dominée en nombre par les pays balkaniques bien sûr mais aussi un stand d’Israël, un stand de la Foire de Francfort et de l’Institut polonais du livre, celui de l’éditeur algérien Barzach, celui, remarqué, de Chypre, et encore de Taiwan, de la Slovaquie, d’Arménie, et le stand français du BIEF (auquel s’était jointe l’ambassade de France), le plus important d’entre eux pour l’offre de titres (près de 400 titres provenant d’une trentaine d’éditeurs).

Comprenant de nombreuses tables rondes sur les dernières parutions grecques, des débats avec les auteurs des pays voisins en plein bouleversement, la présentation de quatre marchés du livre (Serbie, Italie, Espagne, France), l’exposition photo « Get caught reading » qui promeut la lecture à travers l’Europe, la participation de TV5, le programme des animations affichait d’ailleurs clairement cette volonté de dialogue.

Une grande implication de la France qui pourrait relancer les échanges
La présence sur place d’une dizaine d’éditeurs français*, invités par le CNL grec et par l’ambassade de France, leur participation active aux débats (Mijo Thomas, gérante des éditions Macula et présidente de la commission art du SNE, a présenté le livre d’art, et Nicolas Jean-Sed, membre du directoire du Cerf, le livre religieux en France) ont montré une grande implication de notre pays dans le soutien à cette foire et aux échanges éditoriaux avec la Grèce, toujours privilégiés.
Mais si, avec 220 titres achetés en 2003, la Grèce reste parmi les pays bons traducteurs d’ouvrages du français, 2e langue traduite après l’anglais, on enregistre une baisse importante de ce chiffre ces dernières années. Ce retrait par rapport à la production française peut aussi être mis en relation avec la situation de l’enseignement du français en perte de vitesse dans la péninsule (voir article ci-dessous).
Viki Perdikomati, responsable commerciale de la librairie Kauffmann, l’un des principaux relais de la francophonie dans le pays, qui assurait le suivi commercial du stand, considère qu’« on ne fait pas assez pour le français en Grèce ». Sur le stand ce sont pourtant plus d’une centaine d’ouvrages qui ont été vendus dans des domaines divers : littérature, livres pour la jeunesse, sciences humaines et livres d’art, dont l’offre importante en écho au choix thématique de la Foire a joué de façon positive sur les ventes (ces deux derniers secteurs représentant d’ailleurs chacun un tiers du chiffre d’affaires de la librairie d’Athènes). Le public a toutefois regretté l’absence de livres de poésie, de bandes dessinées (un salon de la BD française va se tenir à Athènes en septembre), de livres-CD pour la jeunesse, ce qui pourrait être intégré lors de la prochaine édition. Un best-seller français en Grèce : Sibérie m’était contéee de Manu Chao et Wozniak dont 500 exemplaires ont été vendus en un mois chez Kaufmann.

Côté librairies, l’événement dans la foire était l’annonce par le P.-D.G. de la FNAC Denis Olivennes de la prochaine ouverture de magasins de cette enseigne dans le centre commercial de Maroussi, au nord d’Athènes, fin 2005 et à Thessalonique début 2006, et, à terme, d’une dizaine de points de vente dans le pays. « La FNAC en Grèce vendra des livres grecs », a-t-il tenu à rappeler, de même qu’il a rappelé que jusque-là dans les pays d’Europe où elle s’est implantée « la FNAC a plutôt stimulé le goût et la demande pour le livre. »

« Des hôtes invitants et plus seulement invités »
Des doutes ont été émis par certains participants sur une présence internationale sans aucun acteur anglo-saxon ou presque : on a pu voir dans les allées Koukla MacLehose, scout pour la Grande-Bretagne, et son mari Christopher MacLehose, dirigeant d’Harvill Press). Pas de stand italien non plus mais Francesca Sintini, directrice des droits étrangers chez Adelphi, était là aussi pour observer et venir peut-être l’année prochaine grossir le rang des exposants étrangers. Ce n’est pas un hasard si à la suite de la Foire se tenaient deux journées de rencontres sur « les politiques nationales en faveur de l’industrie créative et culturelle du livre dans l’Union européenne élargie », dans le cadre de la politique européenne commune du livre, dont le budget a été confié pour trois ans au CNL grec, et qui réunissaient des fédérations européennes d’éditeurs, de libraires, d’écrivains et de bibliothécaires.
Rappelons par ailleurs que la Grèce est l’un des partenaires de la France, avec la Pologne et l’Allemagne, de stands communs destinés à promouvoir l’édition européenne sur plusieurs grandes foires internationales.

Pour conclure, les Grecs ont montré avec cette foire qu’ils pouvaient être « des hôtes invitants et plus seulement invités ». Thessalonique, deuxième métropole économique et culturelle grecque, a confirmé qu’elle était à présent une importante ville de foire et qu’elle pourrait devenir une importante foire du livre, centrée sur les échanges intraeuropéens et aussi avec des éditeurs des pays méditerranéens. La grande majorité des éditeurs grecs et étrangers présents semblent prêts à jouer le jeu. « C’est un grand pas pour l’Europe et pour la Grèce », déclarait-on chez Patakis.

*Actes Sud, Belles-Lettres, Le Cerf, Éditeurs sans frontières, Gallimard, Macula, Le Seuil, Sabine Wespieser.

- Catherine Fel
 
 
Le français, deuxième langue étrangère enseignée en Grèce
Il existe deux instituts français, celui d’Athènes accueille 1 500 étudiants et plusieurs milliers de candidats aux examens nationaux de français pour étrangers (DELF et DALF), celui de Thessalonique reçoit 500 étudiants. Le Lycée franco-hellénique d’Athènes compte 1 500 élèves. On dénombre 200 000 élèves dans l’enseignement public grec dont 9 000 étudiants. 7 800 écoles privées enseignent les langues étrangères dont 2 000 proposent le français, ce qui représente environ 25 000 élèves. Il est à noter aussi que 2 600 étudiants grecs étudient en France.

L’enjeu de la seconde langue vivante
L’enseignement d’une deuxième langue étrangère est aujourd’hui un véritable enjeu pour l’ambassade de France qui souhaite consolider le statut de la langue française sur toute la chaîne de l’enseignement public (primaire, collège, lycée).

En effet le ministère grec de l’Éducation nationale a récemment pris des mesures pour l’enseignement d’une deuxième langue étrangère obligatoire à l’école primaire, soit l’allemand soit le français, dans 210 écoles publiques pilotes. Cet enseignement sera mis en place à la rentrée 2005 pour deux années expérimentales. Le ministère devrait ensuite étendre progressivement ce projet à l’ensemble des écoles primaires de Grèce. C’est pour l’ambassade de France un enjeu majeur car cette mesure peut permettre au français de retrouver un large public.

Dans la mesure où en Grèce, comme dans tous les autres États de l’UE, il sera bientôt obligatoire d’enseigner deux langues, ce même ministère projette d’imposer une deuxième langue au lycée. Actuellement seul l’anglais est obligatoire. C’est un autre enjeu important car le français n’a pour l’instant qu’un statut de discipline optionnelle.

Toutefois la langue de Voltaire a toutes ses chances car elle reste la mieux placée derrière l’anglais (pour des raisons historiques et d’affinités culturelles). Si le français est déjà en forte concurrence avec l’allemand comme deuxième langue vivante, il ne faut cependant pas négliger la menace de l’espagnol qui va grandissante.

- d’après les informations fournies par Alain Fohr, conseiller culturel

 -  août 2005


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