Foire du livre de Francfort 2011, une thématique bicéphale pour la 25e Rencontre internationale des directeurs de droits
La Rencontre internationale des directeurs de droits célébrait le 11 octobre 2011 son 25e anniversaire à la Foire du livre de Francfort, autour d’un thème double : le marché du livre au Brésil et les applications numériques pour smartphones et tablettes (ou « apps »).
Deux sujets qui peuvent d’abord sembler éloignés, mais qui ont néanmoins un point commun : ils constituent deux marchés émergents auxquels les professionnels du livre sont désormais amenés à s’intéresser d’un peu plus près. David Bowers (vice-président chargé du développement aux Presses universitaires d’Oxford) animait cette année encore la manifestation, qui a recensé près de 270 participants venus de 35 pays.
Le marché du livre au Brésil : opportunités et enjeux
Avec plus de 196 millions d’habitants et une industrie du livre en pleine croissance, le Brésil attire désormais l’attention des éditeurs et des agents à l’étranger*. Pour la seule année 2010, près de 21 000 titres ont été publiés au Brésil, dont environ 4 900 traductions. L’industrie du livre brésilienne pèse désormais 600 millions de dollars (US$) et a observé une augmentation de 13% de ses ventes pour 2010. Cette évolution devrait se poursuivre, notamment grâce à l’émergence d’une classe moyenne brésilienne désireuse de s’éduquer, a affirmé Tomás da Veiga Pereira, cofondateur des éditions Sextante – actuellement l’une des trois plus grandes maisons d’édition au Brésil. Lors de son intervention, l’éditeur a ainsi passé en revue les récentes évolutions connues par le pays et leurs répercussions sur le marché du livre. Dans les années 1980 et 1990 – avec une économie en berne et des taux d’inflation record (80% par mois jusqu’à la mise en place du plan de sauvetage économique en 1994) –, le livre était encore un objet cher, réservé à une élite riche et cultivée, concentrée dans les grandes villes. Avec le début des années 2000, des best-sellers tels que le Da Vinci Code (2004) se vendent désormais à des millions d’exemplaires. Cet incroyable changement d’échelle a eu pour conséquence de faire baisser le prix moyen du livre et de le démocratiser : « Aujourd’hui, un livre au Brésil coûte en moyenne 11 US$, soit environ le prix d’une place de cinéma ».
Comme l’a démontré Lucia Riff – première agente littéraire brésilienne et fondatrice de l’Agence Riff à Rio de Janeiro –, l’introduction en 1998 d’un programme national d’acquisition pour les bibliothèques a fortement contribué à insuffler un nouvel élan à l’édition brésilienne (163 millions de livres ont été achetés en 2010 dans le cadre de ce programme). De nouvelles lois et programmes nationaux incitent en outre à la création de projets culturels (les livres sont notamment exempts de TVA au Brésil, tout comme le papier utilisé pour les produire). L’édition brésilienne pourrait-elle perdurer sans ces lois et programmes incitatifs ? Lucia Riff et Tomás da Veiga Pereira ont ici unanimement souligné la nécessité de continuer à développer les canaux de vente et les réseaux de distribution.
Eduardo Blücher (Blucher Publishing) a dressé quant à lui un panorama de l’édition scientifique et technique au Brésil. Ce secteur représente 22% du marché brésilien en termes de ventes. Avec une augmentation significative du nombre d’étudiants ces dernières années et le récent lancement du programme Pronatec – favorisant l’accès aux études et à la formation professionnelle –, il est amené à s’accroître dans les prochaines années. Eduardo Blücher note cependant les dangers du photocopiage et du piratage numérique, qui constituent « une réalité du marché ». Si l’offre numérique est actuellement quasi inexistante, l’arrivée du Kindle et d’e-books en portugais – prévue pour 2012 – risque de changer la donne. Eduardo Blücher recommande de « penser hybride », en combinant l’offre papier à une offre numérique.
Livres numériques enrichis et « apps » : quelles problématiques pour l’édition ?
Comme a pu le faire remarquer Leslie Hulse, en charge des développements numériques chez HarperCollins aux États-Unis, les nouveaux supports (tablettes numériques, iPhones…) ont entraîné un changement des pratiques de lecture. Les évolutions récentes permettent désormais d’effectuer de plus en plus de choses sur un même support. Le livre numérique enrichi permet ainsi l’accès à des contenus complémentaires, tels que des fichiers audio ou vidéo, des cartes, des photos, des interviews… Par des exemples issus du catalogue HarperCollins, Leslie Hulse a su montrer un éventail des possibilités qu’offre le numérique, notamment pour la mise en valeur de contenus pédagogiques ou en matière de littérature jeunesse. Mais l’« app » peut également devenir un outil marketing, en tant qu’interface entre un auteur et ses lecteurs : plusieurs auteurs à succès de la maison bénéficient ainsi de leur « app », permettant de partager des contenus dynamiques (YouTube, Facebook et Twitter, etc.).
L’année passée, HarperCollins a ainsi développé et publié 71 « apps », générant plusieurs millions de dollars de revenus – même si Leslie Hulse rappelle que le développement de ces applications reste onéreux et que « le plus grand défi est de ne pas y perdre sa chemise ».
Marcella Berger, vice-présidente chargée des droits dérivés chez Simon & Schuster, nous a ramenés alors à la « dure réalité », en rappelant les problèmes juridiques posés par les adaptations numériques que sont les « apps » et les livres numériques enrichis. En effet, détenir les droits numériques d’un livre ne signifie pas nécessairement que l’éditeur en possède les droits dérivés pour son adaptation. Marcella Berger cite à cet égard l’exemple de J. K. Rowling, qui n’a pas cédé les droits d’adaptation à son éditeur, préférant développer par ses propres moyens le site Pottermore, où elle vend directement livres numériques et applications. La question des droits reste un problème central à prendre en compte dans l’estimation du coût global de la production d’une « app » ou de toute autre forme d’adaptation numérique – travail impliquant déjà développeurs, graphistes, ergonomes, ingénieurs du son… Si la rentabilité de ces adaptations numériques doit être évaluée « avec précaution », Marcella Berger y voit également l’opportunité d’atteindre de nouveaux lecteurs et d’élargir le marché.
Lasse Korsemann Horne, éditeur en charge des développements numériques chez Lindhardt og Ringhof (filiale du groupe danois Egmont), soulève également la question des coûts engendrés par le développement des « apps ». Il fait remarquer que le cofinancement de ces applications permet de minimiser les risques et les coûts, tout en soulignant que leur développement n’est pertinent que pour les livres à succès – les revenus générés par les « apps » étant à ce stade trop minimes. Plutôt que d’investir dans le développement de nouveaux produits peu rentables, celui-ci préconise l’achat et la vente de licences de produits numériques existants entre éditeurs du monde entier.
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Claire Vital
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janv. 2012
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