Une année particulière pour la foire d’Abu Dhabi
Même si les Émirats n’étaient pas fortement concernés par les événements qui agitent le monde arabe actuellement, cette édition du Salon du livre d’Abu Dhabi (15-20 mars 2011) ne pouvait rester hermétique à l’actualité. Aussi, c’est avec moins de professionnels arabophones et moins de visiteurs qu’il a fallu composer cette année.
La liberté a un prix, qui a fortement mis à mal les finances des professionnels du monde du livre arabe. L’annulation de certains salons du livre (Tunis et Le Caire
notamment) a d’abord engendré un réel manque à gagner, à tel point, pour certains, qu’ils n’ont pu se déplacer au salon émirien. Pour ceux qui exposaient, c'est probablement la concurrence de la télévision qui a joué, puisque le public s’est moins déplacé au salon que les années précédentes. Enfin, un mauvais agenda a voulu que les examens trimestriels des classes aient lieu en même temps que le salon, privant ainsi les exposants de leurs clients les plus jeunes, mais néanmoins solvables puisque les autorités émiriennes poursuivent leur campagne de promotion de la lecture et distribuent des bons d’achats à chacune de leur pupille.
Le Focus France a joué son rôle
Les exposants étrangers, en revanche, n’ont pas autant pâti de cette situation que leurs homologues arabophones. Pour la France, qui faisait l’objet d’un focus culturel (la Corée faisant l’objet d’un focus professionnel), ce fut un Salon plutôt bon, qui a permis de sceller un accord de coopération franco-émirien et d’attirer l’attention sur les publications françaises.
La communauté francophone et francophile a largement répondu présente à la participation d’honneur de la France, qui, en plus d’une sélection de 2 000 titres couvrant l’ensemble des thématiques éditoriales, proposait un programme professionnel et culturel varié, et une exposition de dessins et peintures. Le bilan en termes de ventes et de visiteurs sur le stand fut très bon, et l’intérêt des institutions émiriennes portée aux publications françaises plus prononcée que les années précédentes.
Le Salon a d’ailleurs été l’occasion de sceller entre l’ADACH (Abu Dhabi Authority for Culture and Heritage - Ministère de la Culture émirien) et l’Institut Français (anciennement CulturesFrance) un accord de coopération concernant les échanges
culturels franco-émiriens. Cet accord, qui s’inscrit dans la volonté des Émirats de se rapprocher de la Francophonie, vient compléter la coopération culturelle qui existe déjà entre les deux pays avec la création de la Sorbonne Abu Dhabi et du Musée du Louvre.
Faute d’interlocuteurs en nombre suffisant, et limités à deux jours sur la Foire à
cause de la simultanéité avec le Salon du livre de Paris, certains des éditeurs français
présents - ACR, Auzou, Beaux-Arts de Paris, Didier FLE, Gallimard, Le Louvre, Nathan, PUF, Thalia, Vial - apportent un bémol à ce bilan. Pour les éditeurs d’art, la tâche était d’autant plus ardue que la différence entre la culture artistique arabe et européenne reste encore très marquée. Ainsi Violaine Bouvet-Lanselle (éditions du Louvre) a pu établir un contact avec un professionnel du livre d’art syrien et un libanais, mais n’a pas identifié d’éditeur émirien dans ce domaine : « Il y a beaucoup de travail, si tant est que l’on doive leur apporter quelque chose ; mais je pense qu’il faut persévérer », concluait-elle après la foire.
Ce sont probablement les éditeurs jeunesse qui auront le mieux tiré leur épingle
du jeu. Si Aurélia Hardy (éditions Auzou) a perçu un dynamisme moindre pour cette édition - « la situation dans le monde arabe a-t-elle rendu les éditeurs plus prudents ? », elle a toutefois « confirmé sur place quelques contrats dont les discussions avaient commencé…. à Abu Dhabi l’année dernière et rencontré de nouveaux éditeurs fort intéressants. Comme l’année dernière, il a fallu s’adapter au rythme de visites et de discussions des éditeurs du monde arabe et si les deux premiers jours ont été très lents, il a fallu courir dans tous les sens le dernier jour afin de terminer les discussions "sérieuses". Ce salon reste important pour pouvoir rencontrer un maximum d’éditeurs et garder un contact personnel avec eux, petit détail qui prend une importance toute particulière dans cette région du monde… »