Jusqu’en 2010, la collecte de statistiques concernant les échanges de droits étrangers pour l’édition française était un exercice très complexe puisque le taux de réponses des éditeurs s’effondrait année après année. Il en était de même concernant les coéditions internationales.
Depuis 2010, un changement de méthode important a été engagé. Ce sont désormais le BIEF et le SNE – à travers sa Commission internationale – qui sont responsables de ce travail de collecte et de mise en forme des données relatives à cette partie des relations internationales de l’édition française.
Pour cette deuxième année, on observe que le nombre de répondants reste constant à hauteur d’une centaine de maisons d’édition, soit 80% de plus que ce que l’on observait auparavant.
Certes, ce chiffre n’est pas encore satisfaisant ; pourtant, il témoigne d’un effort net des services internationaux des maisons d’édition (tant pour les achats que pour les ventes) pour communiquer des données intéressantes apportant un regard comme une mesure de l’activité internationale du secteur du livre.
En 2010, pour les statistiques relatives à l’exercice 2009, le total des cessions de droits (au sens du nombre de contrats signés) s’élevait à 8 607 titres. Ce chiffre révélait une augmentation de l’ordre de 25% des cessions vis-à-vis de l’année précédente, mais le faible taux des répondants au cours des années précédentes conduisait à cette minoration des résultats et donc les nouvelles statistiques ne faisaient que participer d’une remise à niveau des données.
En 2011, soit pour les données correspondant aux cessions réalisées en 2010, le total des cessions ressort à 9 478 contrats signés, soit une progression en un an de 10,1%.
Quelques éditeurs – particulièrement orientés à l’international avec un nombre important de cessions – n’ont pas été en mesure de répondre à temps à cette enquête. On peut « redresser », en termes statistiques cela signifie corriger les données brutes pour tenir compte de ces incidents de collecte, en s’appuyant sur les chiffres qu’ils ont communiqués l’année précédente, mais également, ceux qu’ils ont indiqués après la clôture de l’enquête, pour aboutir à une estimation du nombre de cessions de droits de l’ordre de 10 000 contrats, soit 16% de progression en un an. Cette donnée est très importante puisque si elle confirme que le français est la seconde langue traduite après l’anglais dans le monde, certes loin derrière les scores de ventes de droits réalisées par les éditeurs anglophones, elle met aussi en évidence la diversité des langues qui accueillent les œuvres publiées par les éditeurs français.
Avec 936 contrats signés vers la langue espagnole (dont 702 avec des éditeurs espagnols, 92 pour l’Argentine et 90 pour le Mexique), ce sont près de 10% des cessions qui concernent cette langue (en un an, le nombre de titres cédés a progressé de 1,7%). Vers l’italien, ce sont 877 contrats signés, soit 17,7% de plus que pour les données relevées en 2009. La langue allemande émerge avec 754 contrats signés (les statistiques de nos confrères allemands font apparaître un chiffre supérieur, preuve s’il en est de l’insuffisance de notre nombre de répondants), ce qui correspond à 14,1% d’augmentation en un an.
Concernant l’Asie, le nombre de contrats signés avec les éditeurs chinois est en hausse (+7,8%) avec la confirmation de la place dominante de la jeunesse (64% des cessions réalisées) ; les éditeurs de Corée du Sud ont, pour leur part, signé 848 contrats (dont 411 en jeunesse) ce qui équivaut à une évolution de 45% en regard de l’année précédente. Vers le japonais, le nombre de cessions s’établit à 203 (dont 42 en sciences humaines et sociales) contre 133 l’année précédente. On ne peut qu’espérer que la prochaine Invitation d’honneur du Salon du livre de Paris du Japon en mars 2012 permettra de retrouver des transactions d’un niveau aussi important qu’il y a dix ans.
Il ne s’agit pas ici de faire un inventaire à la Prévert, mais de rappeler que d’autre langues sont également très présentes dans ce programme de cessions : comme le grec avec 200 contrats signés, le néerlandais avec 574 contrats (à parité entre les Pays-Bas et la Belgique), la Pologne avec 323 cessions, la langue portugaise qui pèse pour 506 cessions (dont 329 pour le seul Brésil), la Russie avec 443 titres cédés, ainsi que la Turquie avec 374 cessions (contre 284 l’année précédente).
Un tour du monde qui plaît, mais un bémol toutefois : le faible chiffre de contrats vers l’anglais, 573 (534 en 2009) dont 265 aux États-Unis.
Concernant les acquisitions, l’enquête fait apparaître un nombre de répondants insuffisant. Les données produites par Electre et la BNF indiquent qu’une dizaine de milliers de titres seraient traduits chaque année vers le français. Dès 2012, l’enquête du SNE portant sur les statistiques nationales intégrera les questions relatives à l’intraduction de telle sorte que les chiffres soient croisés avec ceux des autres bases.
On observe ici que le volume des cessions se situe au même niveau que celui des achats. L’édition française démontre ainsi qu’elle est dans une logique de l’échange et non pas, comme l’affirment trop souvent des confrères d’autres pays, de volonté de vendre plus que d’acheter.