Le secteur de l’édition au Vietnam est public. Ce n’est que depuis 2005, avec la rectification de la loi sur l’édition, que des entreprises privées sont autorisées à avoir une activité éditoriale. Cette ouverture aux acteurs privés s’est faite dans la foulée de l’adhésion du Vietnam à la convention de Berne en 2004.
56 maisons d’édition publiques et une cinquantaine de sociétés éditoriales privées, contribuent fortement au développement du secteur. La jeunesse représente 12% des titres produits, dont le nombre est passé de 1 000 titres publiés en 1995 à près de 3 000 en 2009.
Une production ouverte aux traductions
L’édition de jeunesse* au Vietnam est dominée par les livres illustrés (80% de la production globale, dont une majorité de mangas et comics) et les traductions (70-80% environ). Celles-ci représentent une gamme diversifiée de formats et de styles graphiques et se révèlent d’une gestion plus simple pour l’éditeur : réalisation rapide, vente mieux assurée grâce au succès acquis auparavant à l’étranger. Les traductions prennent source dans des langues très diverses : anglais, certes, mais aussi français, espagnol, allemand, italien, suédois, chinois (Chine et Taïwan), coréen, japonais. Ces trois dernières langues connaissent une montée en puissance associée au tirage colossal des mangas et comics. L’importance accrue des traductions chinoises peut s’expliquer non seulement par des affinités culturelles, mais aussi et surtout par des à-valoir plus abordables.
L’acquisition de droits de traduction du français vers le vietnamien (41 titres de jeunesse parmi les 114 titres acquis en 2009) peut concerner des ouvrages de non-fiction à vocation pédagogique – comme les collections « Mine de rien » de Catherine Dolto (Gallimard Jeunesse) ou « Philozenfants » d’Oscar Brenifier (Nathan) – ou, en fiction, des auteurs comme Daniel Pennac ou Susie Morgenstein.
Qui sont les principauxéditeurs jeunesse ?
On compte 19 éditeurs publics dotés d’un catalogue jeunesse. La concurrence vient désormais du privé. La vingtaine des éditeurs de ce secteur à exercer une activité forte ou identifiable s’intéressent à tous les âges et à presque tous les genres. Leur dynamisme crée une compétitivité grandissante parallèle au développement du secteur. Le top trois – hors le scolaire qui est, depuis toujours, l’apanage des éditions Giao Duc – comprend Kim Dong, Tre, First News-Tri Viet, suivis de Nha Nam, Dinh Tiet, Dong A.
Kim Dong, maison d’édition publique « historique » fondée en 1957, réalise le plus gros chiffre d’affaires de l’édition hors scolaire. Elle a publié en 2009 quelque 1 600 titres (14 millions d’exemplaires), avec un tirage moyen de 8 700 exemplaires. Une bonne santé qui repose en partie sur les commandes gouvernementales. Sa production, auparavant exclusivement littéraire, couvre aujourd’hui tous les sujets touchant à la vie des enfants/adolescents (sciences, art, civilisation, savoir-vivre, connaissances générales). Parmi ses nombreux best-sellers, on peut citer la série Doraemon, vendue à 40 millions d’exemplaires, et la série des 45 tomes de Kaléidoscope, qui atteint un tirage total de 2 millions d’exemplaires, un record pour une création nationale.
Dans le catalogue de Tre, maison publique généraliste fondée en 2007, on dénombrait plus de 1 000 titres publiés en jeunesse en 2009, soit 68% du total des titres parus, avec un tirage moyen de 2 200 exemplaires pour les nouveautés. Les publications de Tre couvrent tous les champs de la jeunesse et toutes les tranches d’âge. La maison pratique également une politique de promotion de la production nationale, en soutenant des prix littéraires et en créant des séries sur l’histoire et la culture vietnamiennes. Elle publie la plupart des créations de l’auteur à succès vietnamien Nguyen Nhat Anh. Et, forte d’un vaste réseau de correspondants à travers le monde, elle détient les droits de titres tels que The World Is Flat (Thomas L. Friedman), Harry Potter, la saga Twilight.
Les autres maisons d’édition de jeunesse importantes, toutes privées, ont été créées aux alentours des années 2004. Nha Nam offre un catalogue jeunesse exclusivement littéraire de 150 titres. La maison Thuong Huyen, qui a publié 150 titres en 6 ans, est fortement tournée vers la fiction vietnamienne ou étrangère, mais s’oriente aussi vers les livres d’éducation et de savoir-vivre, et depuis peu, vers la littérature policière (avec la série sur le chien détective Scooby-doo).
Créé en 2005, Dong A s’est s’imposé comme l’éditeur privé des livres d’illustration. Sa ligne éditoriale couvre aussi la littérature générale, vietnamienne et étrangère, les sciences pratiques, les atlas, etc. Long Minh, âgée d’à peine deux ans, se fait d’ores et déjà connaître par un catalogue didactique et scientifique de 70 titres environ. Dinh Ti, Huy Hoang, Tan Viet offrent une large gamme de livres illustrés, à tendance éducative sachant répondre aux besoins utilitaires des parents. Dinh Ti semble être le seul éditeur privé ayant réussi à se faire diffuser jusque dans les régions les plus reculées du pays. Le département jeunesse, tout récent, d’Alpha Books publie déjà une quarantaine de titres illustrés. L’éducation est le point fort du catalogue, mais s’ouvre également à la littérature et à des séries d’illustrateurs de renom (Petit-Bond de Max Velthuijs, Blue Kangaroo d’Emma Chichester).
Les meilleures ventes en jeunesse présentent des spécificités communes, mais nuancées selon les genres : un prix de vente abordable, des illustrations abondantes et de couleurs vives, des thématiques en rapport avec la vie quotidienne, des sujets « utiles », un succès international garanti, l’humour, etc. La lecture utilitaire est une tendance très forte, notamment pour ce qui concerne les plus jeunes, puisque décidée par les adultes. Cette réalité oriente nettement les choix des éditeurs.