La 25e Foire internationale de Jérusalem s’est tenue du 20 au 25 février à l’International Convention Center. 1 200 éditeurs venus du monde entier y représentaient 40 pays. Le BIEF y a organisé un stand présentant près de 2000 titres (dont les ouvrages faisant partie des « Foires du monde »).
Antoine Gallimard, président de la maison éponyme, a rencontré les autorités israéliennes et les éditeurs israéliens pour évoquer la question de la fixation du prix du livre, sujet en débat en Israël depuis de nombreuses années. Il a également participé à une conférence, en présence de 250 personnes, portant sur le centenaire de sa maison. Jean-François Colosimo, président du Centre national du livre, a rencontré plusieurs acteurs de l’édition israélienne et exposé les dispositifs d’aide qu’offre le Cnl.
Le lundi 21 février, une rencontre a réuni des éditeurs israéliens pour une présentation du secteur de l’édition en France, ainsi que pour une intervention de Christophe Guias, directeur éditorial chez Payot-Rivages, sur les grandes tendances de l’évolution de la recherche et de la production éditoriale dans le domaine des sciences humaines et sociales depuis une vingtaine d’années. Il nous livre ses impressions.
Impressions
« Heureux, ému, honoré, le petit éditeur qui foule pour la première fois le sol du pays du Livre. Frappé aussi, presque cruellement, par la puissance, les chantiers innombrables, l’époustouflant taux de croissance, les cohortes de touristes hallucinés, les confrères comme assoiffés de sciences humaines, les voix russes ou allemandes – et, partout, l’emprise américaine. Et nous ? Nous, ce serait la French Theory. Notre vitrine, nos lumières exportées. Mais la French Theory, telle qu’elle est fantasmée, est morte. Elle est morte avec Barthes renversé par une camionnette ; avec Foucault emporté par le sida ; avec Derrida dévoré par un cancer ; avec Deleuze suicidé ; avec Lacan – morte... (On pardonnera la grossièreté du propos).
La French Theory ne produit plus de french theory, mais des cultural studies, des gender studies, des postcolonial studies qui – ironie de l’histoire – viennent, importées par le biais des traductions en langue française, ici, en France, éclairer, nourrir nos propres débats. Alors ? Alors, s’il n’y a plus de French Theory, il y a le subtil Pierre Bayard (Comment parler des livres qu’on n’a pas lus), le créatif Christophe Dejours (Travail vivant), le profond Georges Didi-Huberman (Remontages du temps subi), il y a Esther Duflo (Lutter contre la pauvreté), Achille Mbembe (Sortir de la grande nuit), Patrice Flichy (Le Sacre de l’amateur), il y a Internet (revues.org, persee.fr, laviedesidees.fr), il y a Olivier Pétré Grenouilleau (Les Traites négrières), Christian Grataloup (Géohistoire de la mondialisation), Marc Abélès (Anthropologie de la globalisation), il y a la foison de nouveaux auteurs et de nouvelles thématiques, il y a la recomposition amorcée, miroitante, dynamique, ouverte, dans l’édition de sciences humaines – et il y a Walter Benjamin, le plus français des philosophes allemands, le traducteur de Baudelaire et de Proust, l’homme-livre, l’homme-frontière, le penseur multiforme du passage et de la porosité, Walter Benjamin qui nous dit peut-être aujourd’hui avec le plus d’acuité ce qu’est notre monde... (On pardonnera cet accès de lyrisme).
Depuis Tel-Aviv, mon hôte d’un soir, traducteur français de Freud, m’a téléphoné dès mon retour. Il m’a dit d’un air entendu : « Je sais qu’il s’est passé quelque chose ». Je suis resté silencieux. Il a poursuivi, troublé : « Vous n’avez pas été indifférent ». Moi, toujours muet. Il a murmuré : « Vous reviendrez ».