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L’édition italienne de livres d’art est incontestablement l’une des plus belles au monde et le contexte du marché italien l’un des plus difficiles d’Europe. Ce contraste explique l’offensive à l’international des éditeurs italiens, qui trouvent sur les marchés étrangers les débouchés et les partenaires qui leur manquent chez eux, dont le marché français.
Rencontres franco-italiennes du livre d’art

Seize maisons d’éditions étaient représentées cette année aux journées binationales du livre d’art.
 
Côté italien : 24 Ore, Alinari, Contrasto, Damiani, Mandragora, Officina Libraria, Franco Cosimo Panini, Postcart, Scalagroup et Ultreya. Côté français : ACR, Diane de Selliers, Flammarion, les éditions du Louvre, Somogy et les éditions du Patrimoine. Des maisons qui reflètent plutôt bien la diversité des acteurs du livre d’art en France actuellement. Les participants italiens souhaitant échanger avec leurs collègues français étaient majoritairement des structures de petite taille, pour certaines exerçant d’autres activités (imprimerie, banque de photographies). Les grosses structures, qui cherchent pourtant régulièrement à se rapprocher des institutions françaises, semblent avoir préféré garder le secret de leur succès.
La concentration du marché est bien l’une des problématiques principales en Italie et fut, après un rappel par Clair Morizet (éditions du Patrimoine) de la genèse du livre d’art en France (depuis son expansion dans les années 70), l’un des principaux points abordés lors de la rencontre.
 
Le livre d’art en Italie : un marché resserré…
En Italie, a-t-il été rappelé au cours de différentes interventions, « les appels d’offres pour les catalogues d’exposition sont des labyrinthes, à la différence de la France, qui fonctionne de façon plus transparente » (Mandragora), « le marché italien est dénué de soutien public » (Officina Libraria), « les conditions de collaboration avec les musées sont drastiques, seuls les très gros éditeurs peuvent les suivre » (Damiani). Autant de raisons qui expliquent qu’une seule et même poignée d’entre eux – Giunti, Electa, Skira – publie les catalogues d’exposition et puisse bénéficier de leur succès. Car l’Italie ne déroge pas à la règle : les ventes de livres d’art se concentrent essentiellement sur ces catalogues d’exposition, les monographies de Taschen et les albums avec peu de texte.
 
Par ailleurs, le marché italien possède deux caractéristiques presque antinomiques : une forte régionalisation et une importante concentration, celle-ci ayant débuté dans les années 1990.
Même écueil pour la diffusion, pour laquelle les acteurs sont très peu nombreux. Ainsi, le groupe Messaggerie, qui est également propriétaire des équivalents italiens de Dilicom et Prisme, travaille à l’échelle nationale, tandis que 3 ou 4 plus petits se cantonnent à l’échelle régionale. Outre ce morcellement, les diffuseurs représentent principalement les éditeurs du groupe éditorial auquel ils appartiennent. Il en est de même pour le dernier maillon de la chaîne, la librairie : Feltrinelli (le plus grand réseau de librairies), Mondadori (qui possède 70% des librairies de musée) et Rizzoli accordent la part du lion à leurs filiales.
 
…où il faut trouver des débouchés
Dans ce contexte, il est difficile pour un éditeur de petite ou moyenne taille de se faire une place. Néanmoins, chacun œuvre à sa solution : développement de leurs propres librairies et de leur lieu d’exposition (comme Mandragora) ; rapprochement avec la presse afin de bénéficier de leur réseau de distribution étendu (comme Scalagroup) ; publications pour le marché étranger (et non plus national). Comme Damiani, qui, grâce à son intégration verticale de l’édition à l’impression, propose des collaborations financièrement avantageuses aux galeries d’art et aux musées américains. Car si l’âge d’or des préachats par les banques italiennes est révolu depuis 5-6 ans, semble-t-il, les partenaires américains pratiquent encore de la sorte. Il est donc fréquent que les éditeurs publient, en nombre d’exemplaires, 5 à 6 fois plus en anglais qu’en italien. Leurs partenariats avec les Français les amènent également à publier beaucoup dans notre langue. En librairie, les publications bilingues ou en langue anglaise permettant de toucher un plus large public, cette particularité du livre d’art est quasiment préconisée.
 
Si les remarques des professionnels italiens sont les mêmes que celles des Français au sujet de l’évolution du lectorat et de la production, les regrets s’expriment fortement du côté romain concernant les contraintes qui brident leur marché : concentration, régionalisation et absence de soutien des pouvoirs publics. « Les musées n’ont plus d’argent, ni pour entretenir ni pour éditer », déclare Paola Gallerani, d’Officina Libraria, et cela se traduit aussi par moins de 14% des musées ayant un espace de commercialisation de livres (selon l’ISTAT, l’Institut des statistiques italiennes).
 
L’édition italienne de livres d’art est incontestablement l’une des plus belles au monde et le contexte du marché italien l’un des plus difficiles d’Europe. Ce contraste explique l’offensive à l’international des éditeurs italiens, qui trouvent sur les marchés étrangers les débouchés et les partenaires qui leur manquent chez eux, dont le marché français. En une quinzaine d’années, ils sont ainsi devenus d’importants partenaires des institutions publiques françaises.
Laurence Risson  -  juil. 2011
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