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Comptes rendus
Séminaire de Buenos Aires : à la rencontre des libraires des antipodes

La Foire du livre de Buenos Aires a été l’occasion pour le BIEF de réunir, en partenariat avec l’AILF et le CNL, quinze libraires d’Amérique latine qui diffusent du livre français. Soutenue par le ministère français des Affaires étrangères et l’ambassade de France en Argentine, cette rencontre avait pour but d’examiner les pistes de travail et les mesures pouvant contribuer au maintien et au renforcement du réseau des librairies françaises en Amérique latine.
 
Le contexte de la foire a été choisi pour permettre aux libraires des différents pays de mieux connaître les productions éditoriales sud-américaines en général et d’y retrouver certains de leurs partenaires commerciaux. Le BIEF y proposait, par ailleurs, une sélection d’ouvrages français sur un stand tenu par un responsable de la librairie de Buenos Aires Las Mil y Una Horas. Cette Foire internationale, permettait de cerner l’environnement spécifique du livre latino-américain dans lequel s’inscrit le commerce du livre français.
 
Durant trois jours, quinze libraires venant du Mexique, du Chili, de Colombie, du Brésil, du Costa Rica, d’Uruguay, de Bolivie et d’Argentine se sont livrés à un exercice d’analyse sur la situation du livre français, ses publics et les perspectives pour les librairies qui le diffusent. Comme souvent lors d’une telle rencontre, l’exercice s’apparentait aussi à une forme de catharsis, tant ces libraires qui vendent du livre français aux antipodes se sentent isolés.
 
Croiser les regards
L’originalité de cette rencontre vient d’abord de ce qu’elle a permis de croiser et de nourrir les regards entre des libraires du sous-continent. Parfois concurrents, mais plus souvent seuls représentants du livre français dans leur pays, l’occasion n’est pas fréquente pour eux d’élargir leur vision au niveau de leur profession et, sans doute, de relativiser leur situation.
L’autre point fort de ces journées a été le témoignage de Philippe Goffe, libraire en Belgique et vice-président de l’AILF, venu présenter la production française en littérature, en sciences humaines et en jeunesse. La perspective apparaissait tout autre pour un libraire « du Nord », dont le métier consiste à filtrer la « surinformation » et à la contextualiser dans un marché donné. L’information qui arrive aux libraires à travers le continent sud-américain ne peut qu’être partielle, marquée par le décalage dans l’espace mais aussi dans le temps. À charge pour eux de sentir ce que la production actuelle en langue française peut représenter pour eux et pour leur public.
 
« Dans les librairies hispanophones et lusophones, constate Philippe Goffe, on ne peut qu’être frappé par la présence très forte, dans le domaine des sciences humaines, des auteurs français, signe de l’importance d’une pensée qui a marqué l’histoire intellectuelle du cône sud de l’Amérique. L’enjeu pour ces mêmes libraires aujourd’hui est de marquer que cette pensée est encore en mouvement ; et parfois dans les marges de l’édition, notamment en matière de critique sociale, secteur qui trouve un fort écho en Amérique latine… En matière de littérature, celle où s’opère la création, l’approche est forcément impressionniste et relève de la subjectivité du libraire. Cela est encore plus vrai quand le temps n’a pas encore permis d’établir une distance entre ce qui se fait en France et ce qui peut compter pour le public d’un pays non francophone ».
 
La rencontre a également permis de formaliser entre confrères les difficultés et les appréhensions liées à l’avenir de la librairie française en Amérique latine. Les sujets de l’installation de nouveaux acteurs commerciaux, la concurrence d’Internet et l’inévitable arrivée du numérique ont notamment été largement abordés. C’était aussi l’occasion de confronter les points de vue de libraires aux profils différents, comme par exemple au Brésil entre librairies « traditionnelles » – la Librairie Leonardo da Vinci à Rio ou la Librairie française à Sao Paulo – et ce qui fait figure de nouveaux commerces du livre : Travessa, Martin Fontes…
 
La terre d’Amérique échappe moins que d’autres à cette évolution et il importe, pour les libraires, de mesurer les changements qui en découlent dans les pratiques d’achat et de lecture de leur public.
 
Fédérer un réseau
Enfin, il ne faut pas oublier un autre objectif de cette rencontre : fédérer un réseau… Toutes les rencontres auxquelles participe l’AILF ont cette ambition : relier les acteurs d’une région et, si possible dans la durée. Et pour cela, tenter de comprendre les besoins et les problèmes des libraires. Un de ces aspects, longuement évoqué sur place, est celui des frais d’approche, soit la somme des frais de port et d’importation qui grèvent en permanence le prix des livres importés. L’AILF, appuyé par le Cnl, travaille à ce dossier et, à cet égard, sa présence sur le terrain est précieuse.
Au-delà des difficultés rencontrées, est apparu le sentiment de pratiquer un métier bien à part, aux multiples enjeux – dans sa triple dimension commerciale, culturelle et sociale – à l’intérieur de la francophonie. Une appartenance à une communauté qui se trouve renforcée par l’attention que manifestent les pouvoirs publics français à la librairie française dans le monde – illustrée ici par la présentation de Natacha Kubiak des dispositifs d’aide proposés par le Cnl à leur destination : une reconnaissance de ce métier, d’une identité de la librairie française ou francophone.
 
À en juger par l’intensité des échanges, la question de la définition du métier de libraire dans des pays où la place de la culture est de plus en plus disputée, est d’une redoutable actualité. Être libraire français ou francophone est aussi une manière de prendre part à ce débat.
Pierre Myszkowski (BIEF) & Philippe Goffe (Librairie Graffiti, Waterloo)  -  juil. 2011
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