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La relation cultuelle entre la France et l’Argentine a une longue histoire. Il y a dans ce pays une nécessité permanente de lire des auteurs français.
Foire du livre de Buenos Aires : la vocation du livre et de la lecture

Des moments forts entre les écrivains du monde et le public
La ville de Buenos Aires a une vocation de longue date pour le livre et la lecture, on y trouve des centaines de librairies et son industrie éditoriale possède une histoire riche et une vitalité sans cesse renouvelée. Elle fut désignée Capitale mondiale du livre 2011, quant à la 37e édition de son Salon du livre elle avait pour thème­ : Buenos Aires, une ville ouverte au monde des livres.
Les trois premiers jours de la manifestation sont réservés aux professionnels, après quoi, pendant dix-neuf jours, elle ouvre ses portes au grand public. On comptait, cette année, huit pavillons et plus de 1 500 stands. Le public, comme toujours, a répondu présent avec plus d’un million de visiteurs.
 
Des écrivains du monde entier sont venus y donner des conférences : l’Espagnole Rosa Montero, le Zambien Willbur Smith, les Français Jean Echenoz et François Dubet, le Chilien Jorge Edwards et l’Allemand Diedrich Diederichsen, entre autres. L’Américain Bob Stein ainsi que les Britanniques John B. Thompson, Peter Collingridge et George Walkley abordèrent, plus particulièrement, le thème des changements et des nouvelles technologies dans le monde de l’édition.
 
De toutes les présences internationales, celle qui a suscité le plus de remous parmi les éditeurs, les intellectuels et les hommes politiques fut, sans aucun doute, celle de Mario Vargas Llosa, connu pour critiquer depuis de nombreuses années, avec véhémence, la politique du gouvernement en place en Argentine. Le prix Nobel de littérature a fini par donner, dans la salle Jorge Luis Borges, une conférence magistrale qui captiva l’auditoire silencieux, plein de respect et d’admiration envers le grand écrivain.
 
Une opportunité de développement des exportations
Les journées réservées aux professionnels – éditeurs et distributeurs – du vaste marché du livre en espagnol, qui inclut l’Amérique latine et l’Espagne, offrent de nombreuses opportunités aux éditeurs argentins de signer des contrats d’exportation vers les différents pays hispanophones. Leader, jusqu’au milieu des années 1960, de l’édition du livre en espagnol, au cœur à la fois de la promotion des auteurs latino-américains et de la traduction des grands écrivains étrangers, l’Argentine a dû ensuite, en butte à des dictatures sanglantes et à des crises économiques dévastatrices, céder sa place au Mexique et à l’Espagne. Et c’est grâce au rattrapage économique qui suivit la crise de 2001 et à un savoir-faire historique que son industrie du livre a pu revivre et se repositionner sur le marché international.
 
Une part grandissante aux échanges de droits
En ce qui concerne les échanges de droits, la participation d’éditeurs étrangers a pris, ces dernières années, de plus en plus d’importance, avec notamment "La Semaine des éditeurs", inaugurée en 2005 et organisée pendant le salon par la fondation TyPA. Sa responsable, Gabriela Adamo, invite chaque année un groupe d’éditeurs de différents pays – intéressés par la littérature argentine et, plus généralement, latino-américaine – à passer une semaine à Buenos Aires et à mieux connaître le paysage littéraire local. Également directrice de la fondation El Libro, institution responsable de l’organisation du Salon du livre, elle a pour ambition d’y créer un Salon des droits.
 
Les auteurs français sont lus, les éditeurs français sont attendus
La relation cultuelle entre la France et l’Argentine a une longue histoire. Il y a dans ce pays une nécessité permanente de lire des auteurs français. On peut même rencontrer des cas surprenants d’écrivains français célèbres en Argentine avant de le devenir outre-Atlantique comme, par exemple, le philosophe Alain Badiou, dont les livres sont traduits et lus ici depuis bien des années avec grand succès. Par ailleurs, le programme d’aide à la traduction d’auteurs français, mis en place par l’ambassade de France, fonctionne de manière très efficace et permet aux éditeurs argentins de publier non seulement des auteurs confirmés, mais aussi des écrivains moins connus du grand public.

Pour ma part, Libros del Zorzal, la maison d’édition que je dirige, a traduit depuis sa création en 2000 plus de cinquante livres d’auteurs français tels que Françoise Dolto, Alain Badiou, Jacques Rancière, Joseph Kessel, Edgar Morin, Jean Baudrillard, Pierre Bourdieu, Georges Perec, Maurice Blanchot, Paul Virilio, Élisabeth Roudinesco et Jacques Bouveresse, entre autres. Je me rends chaque année à Paris pour participer au Salon du livre, où je rencontre des éditeurs français dont beaucoup sont devenus, au fil des ans, de grands amis. Les éditions Rue de l’échiquier viennent de signer un contrat pour notre livre ¿Cómo es un recuerdo? La dictadura contada por los niños que la vivieron, de Hugo Paredero, un livre important que j’apprécie tout particulièrement.

Je voudrais encourager mes collègues français à nous rendre visite pendant le Salon du livre de Buenos Aires 2012, pour pouvoir établir des contacts professionnels encore plus fluides et directs, ce qui nous permettrait d’approfondir la commercialisation réciproque de droits de traduction. Avec l’apport aussi, depuis un peu plus d’un an, d’un programme d’aide à la traduction d’auteurs argentins – le programme SUR – sérieux et efficace.
Leopoldo Kulesz, directeur des éditions Libros del Zorzal  -  juil. 2011
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