Après dix ans d’une santé à faire pâlir d’envie les éditeurs des pays étrangers, le marché du livre suédois a été frappé à son tour par la crise financière mondiale en 2008.
Aujourd’hui, l’édition suédoise traverse une période de transition, particulièrement en termes de distribution. Beaucoup de librairies - les chaînes et les librairies indépendantes - sont à la recherche d’une nouvelle stratégie pour survivre dans un paysage modifié. Je crois qu’un certain nombre d’entre elles, en particulier les petites surfaces, cherchent de nouveaux propriétaires. Et, parmi les éditeurs, on est de plus en plus inquiet des effets à long terme d’un marché du livre avec des magasins moins nombreux et plus petits dans les rues principales.
Un autre aspect important du changement est la présence grandissante des éditeurs dans la vente directe. Bonniers, le plus grand groupe d’édition suédois, possède le site numéro 1 de vente en ligne de livres, Adlibris ; tandis que son principal concurrent, Norstedts, détient plusieurs clubs du livre, ou bokklubbar, et appartient à l’association coopérative KF (Kooperativa Förbundet), elle-même propriétaire d’Akademibokhandeln, une importante chaîne de librairies, et de Bokus, numéro 2 des sites de vente en ligne via Internet. Bokia, la deuxième grande chaîne de librairies, est propriétaire à 40% de la troisième maison d’édition du pays, Natur & Kultur.
Cette forte intégration verticale est nouvelle pour l’édition suédoise et personne ne sait quel en sera l’impact sur le long terme. Il est bon pour l’édition que les librairies aient des propriétaires stables et solides. Mais pour les petits et moyens éditeurs, le fait que leurs clients appartiennent à leurs concurrents complique la donne.
Toutes ces nouvelles stratégies et tous ces nouveaux enjeux n’assombrissent pas totalement les perspectives du livre en Suède.
Le marché de la consommation est fondamentalement fort ; de même que les habitudes de lecture. Et l’usage intensif d’Internet donne une infrastructure solide pour les e-books, les livres audio téléchargeables et les diverses formes d’édition en ligne. Mais ce qui nous attend est probablement un peu chaotique. Il n’y a pas encore d’image claire concernant les droits, la fixation des prix et les canaux de diffusion, mais cela va seulement ralentir, et non interrompre, le développement du numérique.
La récession économique n’a pas été sans effets sur la production des nouveautés. Après un pic en 2007, le nombre des nouveaux livres imprimés a chuté de 15% en 2009 et ce recul s’est poursuivi en 2010. Bonniers et Norstedts ont réduit leurs parutions et il y a un sentiment généralisé d’incertitude sur l’évolution du marché. L’édition a du ressort et plusieurs auteurs délaissés par de grandes maisons sont repris par des éditeurs plus petits. Mais il y a une tendance à la baisse, qui touche en particulier les traductions et l’édition de non-fiction et de livres pour enfants.
Alors que plusieurs des chiffres de ventes de l’édition générale ont régressé ces deux dernières années, une courbe a connu une hausse spectaculaire : celle des exportations. Le produit des droits étrangers a plus que doublé au cours de cette période et il n’est pas difficile d’en connaître le motif. Stieg Larsson, Henning Mankell, Camilla Läckberg, Håkan Nesser et plusieurs autres écrivains suédois, auteurs de thrillers et de polars, ont apposé leur marque sur les listes de best-sellers en Suède et dans d’autres pays.
S’il existait une balance commerciale pour l’édition, elle aurait changé de façon spectaculaire en dix ans. Cela a été une bonne chose pour les éditeurs suédois et pour les heureux auteurs à succès. Tout le monde ne se réjouit pas de cette prédominance du roman policier sur les listes des best-sellers suédois, mais ils apportent de l’argent et des lecteurs nécessaires à l’industrie du livre.
Chiffres clés*
Sources :
« Nordic Book Statistics Report 2009 », produit en collaboration par les associations des éditeurs dans les pays nordiques.
Site internet de Statistics Sweden
European Booksellers’ Federation
Statistiques internationales SNE/BIEF
Fiche établie par Linda Toivio
- Superficie : 449 964 km²
- Population en 2010 : 9,41 millions
- Capitale : Stockholm
- Langue officielle : suédois
- PIB/habitant : 37 249 €
- Chiffre d’affaires total de l’édition (HT) : 680 millions €
- Nombre de maisons d’édition : 250
• dont membres de l’Association des éditeurs : 82
- Nombre de titres publiés par an : 19 829
- Prix fixe : livres imprimés, non ; livres numériques, non
- TVA sur le livre en 2010 : imprimé 6% et numérique 25%
- Salon du livre : Salon du livre de Göteborg tous les ans en septembre
- Nombre de librairies : 400
- Répartition des ventes par secteur (chiffres donnés par les membres de l'Association des éditeurs suédois) :
• Manuels scolaires : 27%
• Non-fiction : 30%
• Fiction : 26%
• Enfance et jeunesse : 11%
• Livres audio : 5%
- Répartition des ventes par canal de distribution (chiffres donnés par les membres de l'Association des éditeurs suédois) :
• Librairies : 29%
• Grands magasins, kiosques : 38%
• Clubs de livres : 6%
• Ventes directes (Internet, etc.) : 21%
• Autres points de vente : 3%
- Droits cédés du français vers le suédois en 2009 : 73
* Toutes les données recensent l'année 2009, sauf si précisé autrement.