L’espace de 6 jours, le Salon du livre de Belgrade se substitue aux nombreuses librairies de la ville et de la région. C’est un événement quasi incontournable tant pour le public que pour les libraires et les éditeurs. Selon ces derniers, ils y enregistrent entre un quart et trois quarts de leurs ventes de l’année. La concurrence est donc forte entre les exposants nationaux, chacun profitant de l’événement pour lancer ses dernières publications ou asseoir son identité auprès d’un public curieux et réceptif.
Le Salon du livre de Belgrade ouvre 3 grands halls à ses visiteurs : un, central, pour les éditeurs nationaux, un autre pour les libraires et un pour les exposants internationaux et les professions connexes (imprimeurs, métiers du numérique…). En tout, 800 exposants et 150 000 visiteurs ont pu se côtoyer et partager leur plaisir du livre et de la lecture.
Par sa qualité, le Salon de Belgrade reflète la richesse de la culture littéraire et bibliophile du pays : beaucoup de traductions, des maquettes modernes et des impressions de qualité, des politiques d’auteurs et un lectorat fidèle.
Pour les libraires, l’enjeu du salon est naturellement commercial (rabais intéressants), mais c’est aussi l’occasion de faire ressortir leur professionnalisme en présentant une offre importante de références.
La présence étrangère dans sa diversité
Pour la 55e édition de la manifestation, les organisateurs avaient choisi de mettre à l’honneur la Suède, qui a saisi l’occasion de présenter non seulement ses auteurs de polars, mais également ses auteurs jeunesse.
D’une façon générale, ce ne sont pas les best-sellers anglo-saxons qui sont forcément mis en avant sur les stands, mais plutôt le dernier prix Nobel de littérature ou, très flatteur pour les Français (!), la traduction serbe (en cinq volumes) du Larousse illustré en trois volumes. Celui-ci a fait d’ailleurs l’objet d’une très forte promotion par son éditeur Mono y Manjana.
Même si le cyrillique est l’alphabet officiel en Serbie, une part importante des publications est réalisée en alphabet latin, pour des raisons commerciales évidentes. Cela permet d’exporter en Croatie, notamment, dont la langue diverge du serbe surtout par l’alphabet. Seules les publications pour les enfants (de moins de sept ans) sont systématiquement en cyrillique, l’enseignement de l’alphabet latin se faisant à « l’âge de raison ».
« Les mots français venus d’ailleurs »
Le stand français partageait un espace avec divers instituts culturels (Cervantès, Goethe, instituts grec, italien et autrichien) et exposait environ 1 200 titres de toutes disciplines. Le Centre culturel français et le BIEF avaient choisi, cette année, de faire un zoom sur la linguistique et les dictionnaires. Henriette Walter, pour la linguistique, et Jérôme Robert, pour la partie dictionnaire, ont suscité un vif intérêt et mobilisé un large public, que ce soit lors d’une conférence au salon ou au Centre culturel français. Traducteurs, professeurs et étudiants ont assouvi leur curiosité en découvrant la genèse du célèbre « Robert ».
Henriette Walter et le théâtrologue et écrivain serbe Jovan Ćirilov ont séduit le public lors de leur conférence « L’aventure des mots français venus d’ailleurs », sorte de visite guidée dans les arcanes du vocabulaire français.
Le français suscite encore un intérêt visible auprès du public serbe. La récente initiative du réseau de librairies DELFI d’élargir son fonds aux livres en français, estimant leur potentiel plus important que celui des livres en espagnol, en est la preuve. Le coin français a donc fait sa première apparition au salon, sur le stand de la librairie, associée au BIEF et au CCF pour la commercialisation des ouvrages. Ce partenariat s’est avéré très positif, autant dans la gestion et l’organisation que dans le résultat des ventes. À l’instar de DELFI, Data Status, maison spécialisée dans les ouvrages d’enseignement, d’économie et de médecine, souhaiterait développer son fonds de français avec d’autres ouvrages (principalement en littérature).
La vente des livres pendant le salon a également rendu compte de l’intérêt pour la langue et la culture françaises : dictionnaires, grammaire, apprentissage, traductions, linguistique, mais aussi ouvrages de cuisine (Plato vient de publier la traduction du livre Chocolat édité chez Larousse), sociologie, biographies et histoire sont les thématiques éditoriales, outre la littérature, qui se sont le mieux vendues.
Le livre en Serbie
Des initiatives publiques, comme l’idée de créer un Centre du livre qui encadrerait le secteur, sont actuellement envisagées par le ministère de la Culture serbe. Elles donnent lieu à des discussions avec les éditeurs et les libraires, souvent imbriqués financièrement en Serbie, qui ont décidé, pour l’occasion, de se regrouper en association (SUIK – The Publisher Group – Serbian Publisher and Bookseller Association, www.izdavaci.rs). Si elles ne sont pas toutes approuvées par la profession, elles ont le mérite d’ouvrir le débat. Très au fait de l’organisation du marché du livre à l’étranger, et notamment en France, les représentants de l’association souhaitent en profiter pour réactualiser les lois en vigueur.
L’édition 2010 du Salon fut l’occasion de confirmer le dynamisme du marché du livre en Serbie et de ses acteurs. Volontaires et désireux d’échanges avec l’étranger, les éditeurs et les libraires doivent souvent composer avec une relative faiblesse du niveau de vie, d’où un décalage tant par rapport à leurs homologues étrangers qu’à leurs impératifs économiques. Mais cela ne les empêche pas de poursuivre leurs efforts et de fidéliser un lectorat très friand.