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Comptes rendus
La France invitée d'honneur à la Foire internationale du livre de Séoul

Cela fait trois ans que les organisateurs (KPA – Korean Publishers Association) de la Foire internationale du livre de Séoul ont intégré à leur programme l’invitation d’un pays. Après la Chine en 2008 et le Japon en 2009, c’était au tour de la France d’être l’invité d’honneur de ce salon.

Cette invitation, une belle opportunité pour les éditeurs français de développer leur travail en Corée du Sud, était très attendue, non seulement des professionnels de l’édition coréenne mais également du public, avide d’être au plus près de la culture française.

Un marché d’acquisition en évolution
C’est sur un espace de 420 m², partagé entre les partenaires de cette opération (l’ambassade de France, le Centre culturel français, CulturesFrance, le Centre national du livre, la librairie Kyobo et le BIEF), qu’ont été présentés plus de 2 000 ouvrages français, recouvrant l’ensemble des secteurs de l’édition française. La commercialisation du stand avait été confiée à la librairie Kyobo, qui proposait pour le public non seulement des livres en français mais également les livres d’auteurs français traduits en coréen.
Pas de répit pour les nombreux éditeurs français qui ont fait le déplacement, enchaînant rendez-vous sur rendez-vous avec les éditeurs coréens ou les agents littéraires. Les impressions de chacun sont très positives, que ce soit pour le livre de jeunesse, la littérature ou l’art de vivre-vie pratique. « C’est la première fois que je me rends à cette foire du livre et je suis très satisfait des rendez-vous pris avec les éditeurs coréens. Les résultats ne vont pas tarder », déclare Stijn Mertens (Ballon Média). « Les Coréens s’intéressent toujours beaucoup à la jeunesse, et tout particulièrement à tout ce qui a un côté “éducatif”. Ils s’intéressent également à la science et aux sciences humaines, mais les ouvrages doivent être assez grand public. Ils expliquent cela par le fait que l’éducation joue un rôle essentiel dans la croissance du pays », ajoutent Sophie Bancquart (Le Pommier) et Anne Vigneau (Belin).
 
Maylis Vauterin (Grasset) constate que « les éditeurs coréens tendent à chercher plus d’ouvrages de fond, que ce soit en littérature (beaucoup de demandes sur des auteurs classiques) ou en sciences humaines, que des livres de circonstance – comme cela a pu être le cas par le passé. Pour la fiction, les prix littéraires restent une référence pour les éditeurs coréens, mais ils ne sont plus des garanties suffisantes. Une autre tendance intéressante, car nouvelle, est la recherche d’auteurs ayant publié plusieurs œuvres, avec le souhait de les suivre ».
De son côté, Sherri Aldis (Le Chêne) précise qu’« il y a de plus en plus d’éditeurs intéressés par l’art de vivre et encore plus par l’art. Il y a plusieurs maisons d’édition spécialisées désormais dans l’art, et on relève une tendance claire à vouloir comprendre l’art occidental ».
 
L’agente littéraire Léa Oh, qui travaille régulièrement avec les éditeurs français, vient de créer sa propre agence, Milkywood Literary Agency. « Le nombre de contrats entre la France et la Corée est en augmentation constante. La production des éditeurs français de livres de jeunesse apparaît diversifiée et est très reconnue (nombreux prix à la Foire du livre de Bologne) par les éditeurs coréens ».

(Voir plus loin les impressions détaillées d'éditeurs participants.)

« Lire la France »
C’est dans le cadre du programme des manifestations autour de « Lire la France » que, en partenariat avec l’ambassade de France en Corée du Sud, le BIEF a proposé des rencontres professionnelles qui se sont déroulées sur une journée et demie. Après un panorama de l’édition coréenne et française, des interventions croisées de professionnels des deux pays ont abordé entre autres les enjeux du numérique (Virginie Clayssen, Éditis), le livre de jeunesse en France (Sophie Giraud, Hélium), les grandes tendances de l’édition en sciences humaines et sociales (Hugues Jallon, La Découverte), le livre d’art et d’art de vivre (Sherri Aldis, éditions du Chêne, EPA).
 
Avec de nombreuses interventions, des rencontres avec les lecteurs, des séances de dédicaces, les auteurs français invités furent très présents lors de cette édition, tels Sophie Audouin-Mamikonian, Stéphane Dovert, Christine Jordis, Marc Lévy, Martin Page, Hervé Tullet et Bernard Werber, très sollicités également par l’ensemble des médias.

Maisons d’édition ayant fait le déplacement : ACR Éditions, Éditions Auzou, Ballon Média, Belin, Éditions du Chêne, La Découverte, Gallimard Loisirs, Grasset, Hélium, Larousse, Nathan, Éditions Le Pommier, Presses de Sciences Po, Ricochet, Rue du Monde, Sarbacane, Univers Poche. Uni-Presse était également représentée.
Christine Karavias
 
 
Impressions des éditeurs
 
Sherri Aldis, directrice internationale des éditions du Chêne :
« Les éditeurs coréens sont ouverts et enthousiastes par rapport aux livres illustrés français ».
« C'était la première fois que je me rendais en Corée et j'étais à la recherche de contacts directs avec les éditeurs et agents ainsi que d'une compréhension accrue du marché, à travers des visites en librairies et sur la foire. Le fait que la France était le pays invité d'honneur cette année a grandement facilité cette démarche.
J'ai été frappée par l’animation qui régnait sur le stand. Visiblement, les Coréens sont très intéressés par la production éditoriale française. Les secteurs les plus porteurs sont évidemment la littérature, les sciences humaines et surtout la jeunesse (qui représente à elle seule 50% des contrats de cession de droits français), mais il y a de plus en plus d’éditeurs intéressés par l’art de vivre et encore plus par l’art. Il y a plusieurs maisons d’édition spécialisées désormais dans l’art, et on relève une tendance claire à vouloir comprendre l’art occidental.

En librairie, la plus grande partie est destinée à la jeunesse (c’est le rayon que l’on trouve en arrivant !) et il y a de grands rayons de livres en anglais. Les livres illustrés sont répartis entre les rayons art et art de vivre/cuisine. La plupart des livres de cuisine sont sur la gastronomie locale ou asiatique. Il y a une grande créativité dans la production éditoriale illustrée, que l’on voit surtout s’exprimer dans les livres pour enfants mais qui peut expliquer en partie l’engouement pour l’art.

La production éditoriale est importante aussi dans le domaine de la religion. Il y a eu une forte progression du secteur depuis 2008, notamment les livres sur le christianisme (85%). Il y a eu plus de 2 000 titres publiés dans cette catégorie en 2008.
En Corée, il est souhaitable de passer par une des agences – très compétentes – pour faciliter les échanges. Les éditeurs sont ouverts et enthousiastes par rapport aux livres illustrés français et c'est un marché assez mûr pour créer des relations fortes et fructueuses » .
 
Maylis Vauterin, droits étrangers, Grasset :
« Peu de marchés offrent des débouchés aussi intéressants pour la fiction littéraire en Asie ».

« C’était la première fois que je me rendais à la Foire de Séoul. Nous travaillons la majorité du temps avec des agents mais, de temps à autre, en direct avec des partenaires qui le souhaitent (Minumsa, par exemple).
Il me semble que les éditeurs coréens tendent à chercher plus d’ouvrages de fond, que ce soit en littérature (beaucoup de demandes sur des auteurs classiques) ou en sciences humaines, que des livres de circonstance – comme cela a pu être le cas par le passé. Pour la fiction, les prix littéraires restent une référence pour les éditeurs coréens, mais ils ne sont plus des garanties suffisantes. Une autre tendance intéressante, car nouvelle, est la recherche d’auteurs ayant publié plusieurs œuvres, avec le souhait d’un suivi des auteurs.

La Corée est un marché important pour Grasset, avant tout pour ses romans littéraires, mais également pour ses livres jeunesse, en particulier illustrés, ou ses romans pour les adolescents.
J’ai pu rencontrer des partenaires en sciences humaines que je ne rencontre jamais dans les foires internationales (Moonji, Greenbee…) et nouer des contacts fructueux pour des projets d’envergure. En littérature, j’ai senti que les débouchés étaient plus réels auprès des petites, voire très petites, maisons d’édition que des grosses maisons qui, sans le dire explicitement, m’ont donné l’impression, pour certaines, de geler leurs achats. J’ai trouvé preneur pour des ouvrages atypiques – et, notamment, des essais littéraires un peu décalés – auprès de ces nombreuses petites maisons inventives. En jeunesse, avec un léger ralentissement, le secteur est à mon sens en train de redémarrer avec beaucoup de curiosité pour toutes sortes de graphismes.

Étant donné la baisse du nombre de contrats avec la Corée en 2009, j’ai trouvé plus que jamais utile de pouvoir échanger avec les éditeurs coréens sur la manière dont la fiction littéraire française était reçue : les difficultés, mais aussi les surprises que réserve ce marché pour des ouvrages littéraires. Il me semble que peu de marchés offrent des débouchés aussi intéressants pour la fiction littéraire en Asie ».
 
Sophie Bancquart, directrice générale du Pommier et Anne Vignau, responsable des droits étrangers chez Belin :
« Nous commençons aussi à prospecter pour acheter des ouvrages coréens à traduire, et non plus seulement à leur vendre nos ouvrages ».
« Nous travaillons beaucoup avec la Corée, mais c’était la première fois que nous venions à Séoul. Au Pommier, nous avions déjà eu une fois l’occasion de vendre une collection à des éditeurs en direct, mais c’est tout. Nous travaillons généralement avec des agents, trois notamment, qui, en principe, ne nous demandent pas d’exclusivité et travaillent souvent avec les mêmes éditeurs. Mais il y en a plusieurs autres. Ces agents sont très dynamiques et, s’ils sont le plus souvent des « scouts » pour les éditeurs coréens, ils interviennent aussi comme agents pour nous vendre les titres coréens.
Notre objectif en venant -outre le fait que nous étions invitées !- était d’y voir plus clair dans le marché coréen et dans les raisons qui font qu’ils s’intéressent à nos livres de jeunesse. Mais aussi de voir s’il y avait pour nous des opportunités de traduction de leurs livres et, enfin, de mieux développer les cessions d’ouvrages de sciences ou de sciences humaines pour adultes. Pour Le Pommier, la Corée est le meilleur client pour les cessions de droits.
 
Par rapport à la jeunesse, les éditeurs coréens s’intéressent particulièrement à tout ce qui a un côté « éducatif ». Intérêt marqué aussi pour la science et les sciences humaines, pour autant que les ouvrages soient grand public, répondant, d’après eux, ainsi à la fois au rôle essentiel joué par l’éducation dans la croissance du pays et à léger retard du niveau universitaire en Corée sur celui de la France ! Ce qui resterait à vérifier.
 
En résumé, la foire nous a semblé très dynamique – quoique peu internationale –, nous devons toutefois préciser que nous n’avons pas eu le temps de parcourir la foire dans son ensemble… Une nouvelle tendance se dessine pour nous : nous commençons aussi à prospecter pour acheter des ouvrages coréens à traduire, et non plus seulement à leur vendre nos ouvrages ».
 
Sandrine Boisard, responsable des droits étrangers aux Presses de Sciences Po :
« Les éditeurs coréens s’intéressent à des sujets de société abordés sous un angle original ».

« Cette année, le Salon international du livre de Séoul, organisé par la Korean Publishers Association, a accueilli la France en tant qu’invité d’honneur. La très bonne organisation de la foire (l’accès, l’accueil, l’exposition des éditeurs, les informations sur la localisation des stands) a permis d’avoir un aperçu général de l’édition coréenne et de découvrir la production de chaque exposant, tout cela dans un cadre professionnel et convivial. De plus, l’ambassade de France et le BIEF ont offert à la vingtaine d’éditeurs présents un espace facilitant les rendez-vous.
Les Presses de Sciences Po ont eu l’honneur d’être invitées au Salon du livre de Séoul. C’est la première fois qu’un représentant des Presses de Sciences Po faisait le déplacement en Corée. Peu présentes pendant quelques années sur le marché international, les Presses de Sciences Po développent à nouveau des partenariats avec les éditeurs étrangers. La Corée est donc pour nous un marché à redécouvrir et la Foire du livre de Séoul une précieuse occasion de comprendre le marché du livre coréen et de rencontrer des agents. En cela, la rencontre professionnelle franco-coréenne autour de l’édition de sciences humaines, a apporté des éléments d’information sur l’industrie du livre de sciences humaines en Corée qui m’ont été utiles pour mes rendez-vous.
J’avais deux impératifs : mieux cerner les attentes des éditeurs et leur donner l’occasion d’avoir accès à l’ensemble de notre catalogue. Dans un premier temps, j’avais donc pris rendez-vous directement avec les éditeurs coréens. Sans réponse de leur part, j’ai surtout rencontré lors de mon séjour les principaux agents littéraires à même de prospecter nos titres. Même si l’essentiel du marché est porté par une grosse production en jeunesse, beaux livres et livres pratiques, les éditeurs coréens s’intéressent à des sujets de société abordés sous un angle original. Une opportunité pour certains de nos titres.
Un gros travail de suivi et d’information régulière sur nos publications doit être fait pour maintenir les contacts pris lors de la foire ». 
  
Hélène Clastres, directrice des droits internationaux chez Gallimard Loisirs :
« Le salon confirmait bien la qualité de production de l'édition coréenne ».

« Ce déplacement sur le salon de Séoul était l'occasion d'explorer le marché coréen des beaux livres, des livres d'art et des guides de voyage, que nous prospectons à travers des agents mais vendons peu en Corée, alors que Gallimard y vend une grande partie de sa production de littérature et jeunesse. Le salon en lui-même était intéressant et confirmait bien la qualité de production de l'édition coréenne, ainsi que l'importance de l'éducation et des livres jeunesse. Il est dommage que certains grands éditeurs aient boycotté le salon, mais une visite en librairie m'a permis de voir l'offre des livres sur place dans les secteurs qui m'intéressent, et c'était très révélateur.

Les contacts ont été de bonne qualité en général, avec des rendez-vous plus approfondis que lors des foires de Francfort ou Londres. J'ai trouvé des interlocuteurs avec un niveau de français ou d'anglais excellent, curieux, avides de discussions sur nos méthodes de commercialisation, nos avancées dans le domaine des droits numériques, et très ouverts sur nos productions, même si certains contenus restent trop spécifiques pour leur marché, même si la coproduction reste un obstacle pour eux car, souvent, ils préfèrent adapter les formats et rester maîtres de la fabrication. Nous travaillons sur des collections à long terme ou sur des titres chers, les retombées ne seront donc pas immédiates, mais nous avons de nombreux projets en évaluation, ce qui est déjà une grande avancée. Un seul regret : il est dommage que le séminaire consacré aux livres illustrés n'ait pu accueillir des intervenants coréens, et que les participants coréens soient si peu nombreux pour un véritable échange franco-coréen ».
Christine Karavias  -  juil. 2010
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