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Comptes rendus
20e Foire internationale du livre Abu Dhabi

Des indicateurs positifs
Pour sa 20e édition (mais sa 4e sous une forme internationale), la Foire internationale du livre d’Abu Dhabi a drainé un large public (236 000 visiteurs) et nombre de professionnels arabes et internationaux.
Moderne et confortable, le parc des expositions d’Abu Dhabi a posé ainsi un cadre favorable à la fréquentation, au programme d’animations et aux rencontres professionnelles. Les efforts de présentation faits par une grande partie des exposants (représentant 63 pays) participaient également au professionnalisme ambiant et dénotaient une évolution positive de la foire. L’augmentation notable de leur nombre – 840, soit 30% de plus qu’en 2009 – a sensiblement dynamisé l’atmosphère et les discussions entre professionnels.
 
La présence occidentale était principalement assurée par l’Allemagne, l’Angleterre, les États-Unis, les Pays-Bas, la France et la Suisse (francophone et germanophone). Le monde asiatique était représenté par la Chine, Taïwan, l’Inde, un stand (collectif) de la Corée du Sud, l’Iran et le Pakistan. Enfin, le monde arabe était largement représenté par des exposants émiriens, algériens, marocains, jordaniens, syriens, libanais, égyptiens et saoudiens, principalement.
 
Le BIEF y présentait une sélection d’environ 1 500 titres et une dizaine de professionnels français avaient fait le déplacement, provenant plus particulièrement du secteur de l’édition d’art, d’art de vivre, de BD et de jeunesse : ACR, Auzou, Dargaud-Dupuis-Lombard, Laffont-Seghers-Julliard, Larousse, Musée du Louvre, Thalia. Ils ont été satisfaits de retrouver quelques-uns de leurs interlocuteurs privilégiés et/ou de créer de nouveaux contacts avec les professionnels du monde arabe. Les efforts des organisateurs pour proposer un programme professionnel varié – abordant les thématiques de la littérature et de la poésie, mais aussi de l’édition jeunesse ou de la bande dessinée, genre éditorial qui commence à se faire connaître aux Émirats – a permis d’évaluer les problématiques, les opportunités et les difficultés du marché du livre local et, aussi, de découvrir des interlocuteurs dynamiques de ces secteurs dans l’édition du monde arabe. Divers aspects commerciaux ont également étés discutés : la traduction, la promotion, la diffusion et la distribution. Celle-ci faisant encore défaut aux Émirats, et ce d’autant plus que l’ambition est de subvenir aux besoins de tout un bassin linguistique.

Cette année encore, les autorités émiriennes ont offert aux élèves et étudiants pour 4 millions de dirhams (soit près de 900 000 euros) de bons d’achat sur la foire et encouragé ainsi 225 établissements à participer à la Foire du livre. Ce qui a bénéficié à l’achat sur le stand français de certains livres chers, notamment de droit et d’économie.

La locomotive émirienne
L’intention des Émirats de développer les échanges éditoriaux avec les professionnels arabes, dans le respect des règles déontologiques, notamment celles se rapportant aux droits de traduction et aux contrats de cession, semble commencer à porter ses fruits. À l’aide, notamment, d’arguments tels que la notoriété et les échanges commerciaux qui pourront en découler et d’incitations financières comme les bourses qu’ils octroient. Littérature, sciences humaines et livres jeunesse sont les domaines les plus demandés lorsqu’il s’agit d’ouvrages français.
 
Cette édition de la Foire du livre a clairement montré l’intérêt que portent les Émiriens au livre. S’ils l’utilisent naturellement comme un outil d’instruction, ils l’envisagent également comme un support de communication, d’où la présence, en tant qu’exposants, de plusieurs institutions et ministères émiriens à cette foire : les ministères de l’Intérieur, de l’Environnement et de la Culture et les entités qui en dépendent (Kalima, Qalam, la Bibliothèque nationale). Quasiment chaque ministère a créé une structure éditoriale et ouvre ainsi des portes aux auteurs, illustrateurs et éditeurs qui cherchent à s’associer.
 
Depuis peu, les Émirats ont créé une association d’éditeurs afin de faire partie de l’UIE et d’organiser à Abu Dhabi un symposium deux jours précédant la foire. Présidé par la cheikha Bodour Al Qasimi, leur premier postulat repose sur une différenciation des éditeurs indépendants et institutionnels ; et leur premier chantier porte sur la création d’une institution en charge de la gestion des droits d’auteurs, en partenariat avec l’association émirienne des auteurs (Emirates Writers Union).
Enfin, une plateforme de distribution de livres arabes, créée en Allemagne mais gérée par la société Abu Dhabi Distribution (ADD), a été inaugurée pendant la Foire et devrait être opérationnelle à partir de janvier 2011. Elle utilisera une base de données de 150 000 à 200 000 livres arabes et se destine également à proposer de l’impression à la demande.

Des relais actifs pour le français
Malgré la rude concurrence qui lui est faite par l’anglais, la langue française a plusieurs relais à Abu Dhabi et aux Émirats qui lui permettent d’entretenir sa présence : le Bureau de coopération pour le français de l’ambassade de France ainsi que le Service culturel, les Alliances françaises d’Abu Dhabi et de Dubaï, la librairie Culture & Co (basée à Dubaï mais qui mène diverses opérations de promotion de la lecture dans l’ensemble des Émirats), quatre lycées français (deux à Dubaï et deux à Abu Dhabi) ainsi que la Sorbonne d’Abu Dhabi.

Ces établissements, en plus de l’enseignement du français, offrent un accès libre ou quasiment libre à leur bibliothèque ou médiathèque. Ainsi, la bibliothèque de la Sorbonne, riche de 50 000 titres et 200 abonnements à des revues, poursuit sa dynamique d’acquisition dans le domaine des arts, des lettres et des sciences humaines et sociales, en langue française bien sûr, mais avec des compléments dans les autres langues enseignées (l’allemand, l’anglais, l’espagnol et l’italien). Malgré la censure qui touche certains sujets (la religion, le libertinage), les médiathécaires et les professeurs de la Sorbonne affirment être épargnés et avoir carte blanche pour leur enseignement et les achats d’ouvrages. C’est l’autocensure plus que la censure qui s’opère aux Émirats.

Enfin, le français trouve des relais très actifs parmi les ressortissants libanais installés aux Émirats. À commencer, dans le domaine de l’enseignement, par l’ouverture à Dubaï d’une succursale de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, qui propose des cursus de droit et se prépare à ouvrir une succursale à Abu Dhabi, avec des cursus de traduction français, anglais, arabe. Dans le domaine du livre, rappelons que Renata Sader, la propriétaire de la librairie française de Dubaï, est également de nationalité libanaise et que de nombreux traducteurs et éditeurs sont à l’initiative des échanges qui s’opèrent entre le français et l’arabe.

L’art aux Émirats
Après trois ans d’analyse des ventes de livres d’art et une tentative de réunir les interlocuteurs pour ces ouvrages à cette dernière Foire du livre, il semble clair que l’intérêt des professionnels locaux pour cette thématique n’est pas encore mûr. Plus précisément, il semble qu’il se constitue peu à peu, au fil des manifestations qui ont lieu. Une exposition sur Picasso organisée au Emirate Palace en 2009, par exemple, a connu un franc succès et marqué le début de l’intérêt des Émiriens pour l’artiste. Dans ce contexte, la perspective de l’ouverture du musée du Louvre et du Guggenheim d’ici un ou deux ans est prometteuse pour les acteurs du marché de l’art et des livres d’art. Jusqu’à maintenant, leur prix (qui n’est pas forcément élevé au regard du niveau de vie) reste trop souvent dissuasif, preuve que l’intérêt n’est pas suffisamment vif. Du côté des éditeurs locaux (dont le principal dans cette catégorie est Motivate publishing), la production se concentre sur les thématiques locales – les villes, le désert, la calligraphie – et prend la forme de beaux livres illustrés.

Après quatre années d’une association fructueuse avec la Foire du livre de Francfort, il convient de remarquer que la Foire d’Abu Dhabi a maintenant supplanté celle du Caire.
Elle ne réunit pas seulement les éditeurs arabophones, mais également ceux des mondes asiatique, européen et anglo-saxon qui, globalement, sont satisfaits de leur participation et remarquent son évolution positive. Les organisateurs des stands collectifs chinois et suisse, qui participaient pour la première fois à cette foire, ont été surpris de l’intérêt que suscitaient leurs publications respectives et ont su profiter du programme de traduction « Spotlight on right » proposé par la Foire. Ce programme, mis en place en 2009, sera reconduit au prochain salon, du 15 au 20 mars 2011.
 -  juil. 2010
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