Dans le cadre de son activité (directrice d’Initiative Film), Isabelle Fauvel est amenée à voyager très fréquemment en Europe pour rencontrer des professionnels de l’audiovisuel et, ainsi, promouvoir le potentiel que recèlent les fonds éditoriaux français. Voici un bref panorama de ses dernières expériences à Istanbul, Stockholm, Cannes et Turin.
BIEF : Cela fait 5 ans que vous vous rendez à la Foire du livre de Turin dans le cadre de rencontres professionnelles. Quelle est son évolution ?
Isabelle Fauvel : En l’espace de 5 ans, cet événement s’est fortement structuré dans son offre pour les professionnels de l’audiovisuel, et ce malgré ou grâce à la proximité calendaire du festival de Cannes. Une articulation pertinente se fait entre une programmation de débats et des speed dating bien organisés. Cette manifestation et son évolution témoignent de l’intérêt croissant des deux domaines (audiovisuel et édition) pour la question de l’adaptation.
BIEF : Cette manifestation se targue d’avoir un caractère international. Est-ce le cas ?
I. F. : Est-ce le phénomène de la crise ou pas, il est vrai que cette année nous étions moins nombreux à avoir fait le déplacement. Toutefois, cela n’a pas nui à la qualité des échanges. Les éditeurs européens présents étaient mieux préparés pour évoquer leur catalogue sous l’angle de l’adaptation. Au niveau des professionnels de l’audiovisuel, peu de producteurs italiens mais pas mal de réalisateurs de la région, des professionnels de la zone ibérique et des représentants américains. La Foire internationale du livre de Turin est parfaite pour qui commence à prospecter à l’international. À noter, l’absence curieuse de professionnels de la Suisse, pays pourtant limitrophe de la région d’Aoste.
BIEF : En quoi vous paraît-il nécessaire de se rencontrer dans le cadre de ce genre de manifestation ?
I. F. : Tisser des liens dans le temps est le secret de toute bonne transaction. Certes, proposer des titres traduits dans la langue du producteur ciblé est un vrai plus, mais avoir travaillé suffisamment le relationnel pour savoir les goûts et les attentes sur le long terme de ces contacts est le plus sûr moyen de rendre un livre de son catalogue adaptable. Pour ce faire, il faut multiplier les opportunités. Berlin, Paris, Francfort, Cannes sont en ce sens des rendez-vous incontournables.
Il y en a d’autres. Le Festival du film d’Istanbul organise un programme spécifique « Meeting on the bridge », dans lequel une délégation de professionnels étrangers est mise à l’honneur (cette année, venue d’Allemagne) et où l’on peut évoquer avec les Turcs les projets en cours ou à venir. Ce type d’opération nous écarte des sentiers battus et permet les bonnes surprises. À Stockholm, dans le cadre de mes activités de formation, j’ai pu découvrir des professionnels avides de nouveautés européennes et prêts à s’intéresser aux productions éditoriales d’autres pays. Göteborg est un des lieux culturels où des événements comme la Foire du livre ou des festivals de cinéma à la dimension internationale sont fréquemment organisés.
BIEF : Quelle a été la réception du catalogue audiovisuel du BIEF, « From page to Film », diffusé lors de certaines de ces manifestations ?
I. F. : Très positive, car ce genre d’outil est un chaînon manquant entre professionnels de l’édition et de l’audiovisuel. Il permet d’accéder directement en langue anglaise à un corpus d’histoires et d’avoir les bons contacts efficacement. Il nécessiterait peut-être un préambule plus didactique afin d’en percevoir d’emblée tout le potentiel.
Le « Café audiovisuel » au dernier Salon du livre de Paris : l’adaptation au cœur de l’espace international professionnel
Le Salon du livre de Paris est depuis deux ans le cadre de rencontres transversales entre producteurs de télévision et de cinéma et éditeurs. Ce, grâce à l’initiative de la SCELF, qui a mis en place « le marché de la Scelf », une demi-journée dédiée aux rendez-vous individuels entre éditeurs et producteurs. Le BIEF, pour compléter cette offre, a commandé une étude descriptive sur l’état de l’adaptation audiovisuelle en Europe, qui a été présentée par son auteur, Isabelle Fauvel, lors du dernier « Café professionnel » du BIEF.
Les échanges se sont déroulés dans un contexte convivial, où ont été écartés les clichés qui handicapent la fluidité du commerce entre monde de l’audiovisuel et monde de l’édition. Contrairement à ce qu’on croit, le pitch n’est pas suffisant pour faire comprendre le potentiel d’un livre, il informe du thème et de l’histoire, mais ne peut provoquer à lui seul la prise de décision, une traduction en anglais est un des sésames pour l’international. Ces jeux de transactions sont tout à la fois un mélange de sensibilité humaine et artistique et de desiderata économiques. Le maillage est délicat et nécessite une connaissance des deux parties. Enfin, Jean-Guy Boin, directeur général du BIEF, a rappelé que les éditeurs font de plus en plus le pas de se rapprocher du monde de l’audiovisuel et que le BIEF participe à ce mouvement en proposant des outils collectifs et des rencontres sur ce sujet.